par Alain Madelin
Jusqu'à présent, le sentiment communautaire était motivé par des considérations culturelles et s'inscrivait dans le cadre d'un territoire. L'Internet, par sa dimension planétaires permet à des communautés virtuelles transnationales de se constituer autour d'intentions communes. Les communautés virtuelles d'intention permettent ainsi à des hommes et à des femmes repartis sur l'ensemble de la terre de se regrouper autour d'affinités communes (culturelles, philosophiques, sociales, politiques...). Ces communautés pourront ensemble dialoguer, échanger, tisser des solidarités, inventer de nouvelles pratiques politiques, construire des projets.
Les communautés virtuelles répondent ainsi à une aspiration profonde des jeunes générations : construire un lien social qui ne soit pas surdéterminé uniquement par des considérations ethniques, territoriales, institutionnelles, hiérarchiques, mais qui repose sur des valeurs et des centres d'intérêt commun. D'aucun objecteront, avec raison, que les communautés virtuelles ne sont rien d'autre que la transcription électronique des appareils politiques au sein desquels des gens, autour d'un projet commun, se rassemblent, dialoguent, agissent et font preuve de solidarité... Certes, l'Internet reprend en les modernisant les fonctions de socialisation et d'échange des mouvements politiques, mais en y rajoutant un élément fondamental : l'interactivité, l'instantanéité et l'absence de hiérarchie. La notion de réseau se substitue à la notion de pouvoir.
Ce faisant, les communautés virtuelles inventent ce que Pierre Levy qualifie de "nouvelle forme d'opinion". En effet, la domination des médias de masse, comme la radio ou la télévision, sur le débat public tend à exacerber et à pervertir la notion même d'opinion publique. Ainsi, les dérives de la télé-spectacle par l'amplification et l'effet de réaction qu'elle provoque dans l'opinion empoisonnent le fonctionnement démocratique.
En inventant un média interactif au sein duquel n'importe quel individu peut agir instantanément en participant aux débats et/ou en créant et diffusant une ressource éditoriale, l’Internet permet aux citoyens de passer du statut de téléspectateur à celui de télé-acteur.
En permettant à des individus de se regrouper au sein de forum de discussion, l'Internet permet à l'opinion publique ou plutôt aux opinions publiques de trouver un cadre, un espace d'expression où elles peuvent en toute liberté participer à la construction du débat démocratique.Les communautés virtuelles qui se tissent tout au long de l'iInternet sont donc autant d'agoras électroniques où se forgent en réseau les concepts clés de la civilisation du savoir. L'Internet lève donc l'hypothèque organisationnelle qui pesait sur ce vieux rêve libéral qu'est la démocratie directe et participative. L'Internet en général et les communautés virtuelles en particulier constitue ainsi une révolution majeure pour les partis politiques qui devront intégrer les nouvelles technologies de l'information non seulement dans leur fonctionnement interne, mais aussi et surtout dans la perception qu'ils se font des débats publics.
Qui suis-je si je ne participe pas ?
Saint-Exupéry
Internet ouvre la voie à la modernisation de la vie démocratique en offrant aux citoyens une meilleure connaissance et une meilleure utilisation de leurs droits politiques.
Internet, c'est le moyen à la fois le plus rapide, le moins cher, et le seul qui soit vraiment interactif - en attendant la généralisation de la télévision numérique interactive — pour l’information et le dialogue entre les citoyens et leurs représentants.
Plus encore, grâce à la révolution technologique des Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication (NTCI), les individus ont désormais la possibilité de contrôler directement l'action des élus et de soumettre instantanément leur avis isolément ou au sein de groupes de pression. L'ultime étape de ce changement dans la manière de vivre la politique au quotidien devrait conduire à l'instauration et à la généralisation du suffrage électronique (prochain article netrévolution 8).
"l'enjeu posé par les NTIC, le passage d'une société pyramidale à une société en réseaux, implique un changement de rapport au pouvoir". Joël de ROSNAY
Internet constitue un formidable outil pour encourager et aider chaque citoyen à être partie prenante dans les affaires publiques et régénérer ainsi le processus démocratique.
Les implications d'Internet sont multiples.
De la nouvelle économie à la nouvelle
politique... Dans la vie politique d'abord. Les partis politiques s'emparent progressivement de ce nouveau moyen
de communication et d'action en passe de devenir un relai interactif pour leur propositions et leurs réflexions. Ce sont alors autant de possibilités pour l'internaute citoyen-électeur de mieux
connaître les candidats pour lesquels il sera amené à voter, pour l'internaute curieux de aller à la découverte d'autres idées ou encore pour l'internaute sympathisant de suivre la vie du
mouvement et d'y participer...
Vers la e-démocratie Dans la vie démocratique
ensuite. La volonté des citoyens est forte de mieux comprendre les processus de décision. Ainsi dans un premier temps, Internet permettra d'accroître l'information sur les affaires publiques et
les lois qui régissent la vie de la Nation, préparant et facilitant ainsi le débat démocratique. Mais cette volonté ne s'arrête pas là. Les citoyens veulent aujourd'hui davantage influer sur ces
processus, davantage se faire écouter, et il est évident qu'Internet est l'un des moyens qui pourraient contribuer à leur donner satisfaction, en leur permettant de
- participer à des consultations publiques, à des forums de discussion
- de se former en groupe de pression pour mener des actions de "lobbying", de lancer nouveaux mouvements de protestation politique, d'intervenir auprès des élus avant le vote d’une loi.
- initier des propositions de loi émanant des citoyens eux-mêmes.
Au-delà de ces actions à l'initiative des citoyens, on peut imaginer que le mode de gouvernement évolue vers un processus plus délibératif passant par une plus grande implication et consultation des citoyens.
Pas question pour autant de tomber dans l'écueil de la démocratie -ou plutôt de la dictature- d'opinion, des agrégats de points de vue. La réflexion, les expertises restent indispensables. Internet ne se conçoit pas comme une alternative à la représentation des citoyens mais comme une nouvelle forme de participation permettant une représentation plus authentique.
Le e-citoyen de demain est bien parti pour imposer une refonte des modes d'action et des processus de décision aux gouvernements, aux parlements, aux administrations (prochain article netrévolution 9).
De plus en plus de sites parlementaires donnent ainsi au public la possibilité de participer au processus démocratique
d'élaboration de la loi. En Nouvelle-Zélande par exemple, le citoyen internaute trouve par exemple une fiche qui lui explique comment soumettre une proposition ou une
contribution.
Le site web du parlement de Catalogne, democracia.web, permet aux citoyens dans sa première section, " parlement on line ", de proposer des amendements aux projets et propositions
de loi, qui viennent enrichir le travail des groupes parlementaires.
The Democracy Network (DNet):
vers un guide de l'électeur internaute ?
Intervention de William DUTTON, Annenberg School for Communication, extrait du colloque organisé par le Sénat, "Les parlements dans la société de l'information" (1999)
Vers un cinquième pouvoir ?
La campagne pour les élections présidentielles aux Etats-Unis est plus que jamais marquée par l'irruption d'Internet. Le réseau des réseaux s'est transformé en vaste champs de bataille où s'affrontent partisans démocrates et activistes républicains. Les candidats en course pour la Maison blanche exploitent le potentiel et la force de frappe de la Toile. Véritable machine de guerre électorale, Internet permet aux prétendants de déployer une stratégie de séduction directe, efficace et à moindre coût.Pour en savoir plus
Troisième Global Forum, organisé par l'OCDE,
l'ONU et la Banque mondiale (mars 2001). A quelles conditions les technologies de l’information et Internet appliquées à l’administration peuvent-elles être un instrument de progrès civique,
économique et social ; comment les pays peuvent-ils et doivent-ils les utiliser en vue de la croissance et du développement des peuples.
Les Etats dépassés par Internet, Guy Sorman, Le Figaro, 21 juillet 2000
La société de l’information au XXIe siècle : enjeux, promesses et défis Joël de Rosnay Cité des Sciences et de l'Industrie, Paris Novembre 1999
"Demain l'internet" : la chaîne Level 3
propose des interviews vidéo de penseurs contemporains sur la nouvelle économie ; nous vous invitons à écouter les conférences de Philippe Manière (Internet, la première révolution industrielle démocratique) et d'Henri Lepage ainsi que la
table ronde en présence d'Alain Madelin autour du thème "Demain l'internet".
Le site du programme d'action gouvernemental pour la société d'information
Des pyramides du pouvoir aux réseaux de savoirs, rapport du sénateur René Trégouët
L' Etat et les nouvelles technologies de l’information, liste des rapports, études, documents ou articles édités par la Documentation Française.
"Les parlements dans la société de l'information" (1999), Actes du colloque organisé par le Sénat
Démocratie et Internet : illusion, espoir ou réalité
? 9èmes Rencontres de l'Observatoire des Télécommunications dans la Ville, février 2000.
Compte rendu du 1er Forum mondial de la Démocratie Electronique
La société de l'information locale et régionale, Congrès des Pouvoirs Locaux et Régionaux de l'Europe - Conseil
de l'Europe (juin 1999)
Democracies Online "Promoting online civic participation and democracy efforts around the world through information exchange, experience sharing, outreach, and
education."
Quelques exemples d'initiatives locales avancées :
CVF : California Voter Foundation
edemocracy : UK Citizens Online Democracy (UKCOD)
Minnesota E-Democracy
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