Six instituts nationaux
Dans cet entretien, la ministre précise, notamment, que le CNRS sera réorganisé en six instituts nationaux, dont les directeurs seront nommés par le ministère, après un appel à candidature international. « Notre recherche souffre d’une organisation complexe et d’un morcellement de ses forces » déclare-t-elle, ajoutant : « nous avons identifié six domaines où le CNRS exerce un leadership et qu’il a vocation à coordonner sur le plan national : mathématiques, physique, chimie, sciences de l’ingénieur, sciences humaines et sociales, écologie et biodiversité ». Ces six instituts créés au sein du CNRS s’ajouteront aux deux déjà existants en physique nucléaire et en sciences de l’Univers. Objectifs annoncés par le gouvernement : « améliorer les partenariats », « donner plus de cohérence à la politique nationale de recherche » et « utiliser plus efficacement les moyens ».
Les sciences du vivant et de l’informatique écartées
En revanche, les sciences du vivant, qui représentent 23% des effectifs du CNRS, et celles de l’informatique ne seront plus pilotées par l’organisme : « dans ces secteurs, le CNRS a toute légitimité pour mener une recherche d’excellence, mais il ne s’impose pas comme le coordinateur national unique », estime Valérie Pécresse. Ainsi le CNRS devra travailler dans le cadre d’un « pilotage conjoint » avec l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), l’Institut national de recherche agronomique (Inra), le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et l’Institut National de Recherche en Informatique et en Automatique (INRIA). Une réorganisation qui vise à « décloisonner » et à « simplifier » le système de recherche en France, selon Valérie Pécresse.
Colère et inquiétude chez les chercheurs
Une annonce qui a immédiatement suscité de vives réactions parmi les syndicats de chercheurs. D’abord c’est la méthode employée par la ministre qui a été critiquée. Dans un communiqué en ligne du Syndicat national des chercheurs scientifiques (SNCS), Jacques Fossey, administrateur du CA du CNRS a fait savoir : « En tant qu’administrateur du CNRS, je m’élève contre ces méthodes où tout est entériné par le gouvernement avant même que nous nous réunissions ». Ensuite, c’est le contenu même de la réforme qui divise : « créer six instituts en éliminant les sciences du vivant et de l’informatique c’est tourner le dos à l’histoire du CNRS : les sciences du vivant ne se limitent pas à la recherche médicale qui est plutôt du ressort de l’Inserm, et l’Inria qui est traditionnellement plutôt orienté vers tous les aspects numériques de l’informatique, ne peut assurer l’interdisciplinarité nécessaire aux sciences de l’informatique » explique Philippe Blache, directeur du Laboratoire parole et langage (CNRS-université de Provence).
Moins de recherche fondamentale ?
Pour Martine Pinçon-Raymond, de la section « Physiologie moléculaire et intégrative » du département sciences du vivant du CNRS, ce plan de réforme est « dramatique pour la recherche fondamentale ». « Confier la recherche fondamentale du CNRS à l’Inserm ou à l’Inra, qui sont tournées vers la recherche appliquée, n’est pas possible. C’est d’autant plus dramatique que les sciences du vivant fonctionnent très bien au CNRS. Tout se passe comme si les politiques actuels souhaitaient présenter des résultats scientifiques à leurs électeurs, dans la durée de leur mandat » regrette la chercheuse, ajoutant que cette démarche « marchande » et à « court terme » va à l’encontre de la recherche : « c’est comme si dans les années 1950, les politiques avaient refusé que les chercheurs travaillent sur le laser ! » ironise-t-elle.
En attendant, le syndicat national des chercheurs scientifiques a invité « la communauté universitaire et scientifique à réagir avant que l’irréparable soit fait par ce gouvernement » et l’association « Sauvons la Recherche » appelle tous les personnels et les usagers de l’enseignement supérieur et de la recherche à marcher le 27 mai 2008 dans toutes les villes de France, pour une manifestation baptisée « Academic Pride ».

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