Je ferai paraître en septembre un ouvrage d’un chercheur américain appelé Paul Driessen. Son objet se trouve explicité par le sous-titre : « Peurs vertes, morts noires », qui complète le titre : « L’impérialisme écologique ». Le texte vient expliciter une réalité de plus en plus flagrante : pendant qu’ici, dans les pays riches, nous cédons à des lubies et à des phobies plus ou moins ridicules au nom de la défense de l’environnement, ces lubies et ces phobies tuent dans les contrées les plus pauvres.
Au nom du refus des biotechnologies agricoles, on a condamné, voici quelques années, des populations à mourir de faim juste à côté d’entrepôts où étaient stockées des denrées agricoles porteuses de l’immense péché d’avoir été génétiquement modifiées. Parce que des charlatans avaient décrété que le DDT était mauvais pour la santé de quelques espèces animales, on a interdit son usage, ce qui a entraîné une recrudescence de paludisme qui a condamné à mort des millions de gens.
Parce que des gens sans scrupule ont répandu l’idée qu’il existait un réchauffement global découlant des activités humaines, on a interdit l’accès à l’électricité à des populations qui n’ont eu, dès lors, accès ni à la réfrigération des aliments, ni à des instruments de cuisson ou de chauffage modernes. Au lieu de leur fournir des moyens optimaux, on leur a proposé des cellules photovoltaïques totalement insuffisantes, voire des éoliennes comme on en plante ici ou là dans les campagnes européennes, tout en sachant fort bien qu’elles ne pourront jamais fournir qu’une quantité infime des besoins énergétiques concrets tout en tuant des milliers d’oiseaux (qui, soudain, comptent fort peu).
Tandis que nous continuons à nous agiter pour lutter contre le réchauffement en ignorant presque totalement le rôle des radiations solaires dans les fluctuations du climat, il semble, sans que cela soit dit en dehors de quelques cercles d’initiés, que le climat soit en train de se refroidir, avec de multiples conséquences que, bien sûr, les spécialistes patentés (à ne pas confondre avec les ânes qui, eux, sont bâtés et infiniment plus inoffensifs) n’ont su prévoir.
Une quantité croissante de terres agricoles se sont trouvées, en parallèle, détournées de leur rôle initial qui était de produire des aliments pour les êtres humains, et ont été consacrées à produire les ingrédients nécessaires aux « biocarburants » dont nul n’a besoin puisque la terre continue à regorger de pétrole et continuera à en regorger jusqu’au moment où existeront les moteurs de l’après-pétrole.
Les résultats attendus commencent à devenir visibles et le seront de plus en plus. Les prix de denrées agricoles que la production et les terres détournées vers les « biocarburants » avaient déjà orienté vers une forte hausse voient cette hausse s’exacerber avec des successions de mauvaises récoltes dues à des gelées inopinées ou à des inondations inattendues. Des « émeutes de la faim » surviennent au sein de populations qui n’ont effectivement plus les moyens de s’alimenter.
Ceux-là même qui ont créé le problème vont s’employer à lui trouver des réponses et, s’obstinant à ne pas regarder le problème en face, apporteront des réponses inadéquates. On va beaucoup parler dans les mois à venir d’aides alimentaires d’urgence, de raréfaction des ressources, de plans pour les pays pauvres élaborés sous l’égide des Nations Unies. On va parler du « dérèglement climatique » où on verra une variante du réchauffement (à la lutte contre lequel on consacrera encore des sommes immenses). Nul ou presque ne dira que le climat fluctue sans cesse, et que l’intelligence de l’être humain a été, au fil des siècles, ce qui lui a permis de s’adapter à ces fluctuations tout en faisant des gains de productivité immenses. Nul ne dira qu’il faut jeter dans le magasin des accessoires ineptes et criminels tout le secteur des biocarburants, cesser de pervertir de multiples façons les marchés agricoles, en finir avec le criminel principe de précaution pour en revenir à ce qui nous a donné les merveilles de la chimie, de la biologie et de la physique modernes grâce auxquelles nous sommes aujourd’hui six milliards sur cette terre.
Nul ne dira que les biotechnologies sont, pour la production alimentaire dans les pays les plus pauvres, une piste infiniment plus féconde que l’écologisme – ce qui n’est pas très difficile !

Au cours de la prochaine décennie, les prix des produits agricoles « resteront en moyenne plus élevés à moyen terme que pendant la décennie écoulée », même s’ils devraient diminuer progressivement par rapport aux niveaux record atteints ces derniers mois. Les plus durement touchés seront les populations pauvres, acheteuses nets de denrées alimentaires.
Selon le rapport « Perspectives agricoles (2008-2017) » de l’Organisation de Coopération et de développement Economique (OCDE) et de l’organisation de l’ONU pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO), présenté hier par les deux organisations, la récente flambée des prix est notamment due à une météo défavorable, à la faiblesse des stocks mondiaux et à la production de biocarburants.
Dans la mesure où les stocks ne devraient pas se reconstituer rapidement, « à l’avenir, tout choc au niveau de l’offre, fortement probable compte tenu de la fréquence accrue des sécheresses, pourrait déterminer une nouvelle hausse des prix » précise Jacques Diouf, directeur général de la FAO.
Les prix devraient augmenter de 10 à 50 % selon les produits
Si certains facteurs sont ponctuels, les prix élevés du pétrole, le changement des régimes alimentaires (consommation de viandes dans les pays émergents notamment), l’urbanisation, la croissance de la population mondiale, la croissance de la production de biocarburants ou encore la spéculation sur les marchés sont des facteurs structurels qui devraient maintenir les prix à un niveau élevé. Selon les projections du rapport, les prix, par rapport à la décennie passée, devraient augmenter de 10 % pour le riz et le sucre à 50 % pour les huiles végétales.
Le rapport souligne que, si les prix élevés seront bénéfiques à « beaucoup de producteurs agricoles dans les pays développés comme dans les pays en développement », « bon nombre d’agriculteurs des pays en voie de développement ne sont pas reliés aux marchés sont peu susceptibles de bénéficier de la montée actuelle des prix ».
Le protectionnisme n’est pas une solution
Pour Angel Gurria, secrétaire général de l’OCDE, « sur le court terme, la meilleure solution est l’aide alimentaire et l’assistance humanitaire pour éviter la famine ». « Sur le moyen terme, il est nécessaire d’améliorer le pouvoir d’achat des acheteurs les plus pauvres », notamment en investissant pour améliorer la productivité des exploitations agricoles des pays les plus pauvres. Selon lui, « l’utilisation des organismes génétiquement modifiés offre également un potentiel qui pourrait être davantage exploité ».
Par ailleurs, Angel Gurria estime que le protectionnisme n’est pas une option à envisager. Au contraire, « une conclusion rapide et ambitieuse du cycle de négociations de l’Organisation Mondiale du Commerce (Doha) pourrait faire exploser le potentiel des marchés et équilibrer l’offre et la demande au niveau global ».
La production de biocarburants contribue à un tiers de la hausse
Concernant les biocarburants, alors que leur demande contribue à un tiers de l’augmentation des prix, le rapport souligne que rien ne prouve que les objectifs environnementaux, économiques et de sécurité énergétique seront atteints avec les technologies actuelles de production. Pour Loek Boonekamp, de la division agriculture de l’OCDE, les objectifs dans ce domaine et les politiques de subventions qui les soutiennent doivent être révisés au regard des tensions actuelles sur les marchés. Ces questions seront parmi les enjeux discutés la semaine prochaine au cours de la réunion du Conseil des ministres de l’OCDE qui se tiendra à Paris les 4 et 5 juin 2008 et du sommet sur la crise alimentaire, organisée par la FAO à Rome du 3 au 5 juin. « Nous devons comprendre l’importance de la situation actuelle et prendre les mesures qui s’imposent pour nous pencher sur les facteurs à court et à long termes qui influent sur l’alimentation et l’agriculture. Des politiques et des programmes adéquats et une forte mobilisation des ressources sont nécessaires pour répondre à la crise » estime Jacques Diouf.
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