Les spécialistes lancent un cri d’alarme : la planète s’asphyxie. Les émissions de dioxyde de carbone (CO2), générées par la combustion des énergies
fossiles, continuent de progresser à travers le monde. En 2006, elles auraient atteint le chiffre record de 8,38 gigatonnes, soit 20% de plus qu’en 2000, selon l’Earth Policy Institute, institut
américain de sensibilisation aux problèmes environnementaux. Conséquence : le réchauffement climatique s’accélère. Les travaux des chercheurs s’orientent donc tout naturellement vers la
lutte contre ce gaz. L’une des principales voie de travail : éviter de le laisser s’échapper dans l’atmosphère.
Proposé dans le cadre du 6ème Programme Cadre de Recherche et de Développement (PCRD) de l’Union Européenne, le projet CASTOR vise ainsi la capture et le stockage du CO2. Afin de valider les
résultats obtenus en laboratoire, une unité pilote a été construite en 2005/2006 sur le site de la centrale thermique au charbon de Esbjerg, opérée par Elsam, au Danemark. D’autres projets sont
en cours en Allemagne, au Canada, en Australie ou encore en Algérie. Des idées et investissements se précisent aussi dans l’hexagone. La plupart des groupes industriels du secteur de l’énergie,
comme Total, Suez et Veolia, se lancent aujourd’hui dans l’aventure. Veolia prépare ainsi en France un dispositif pilote qui permettra de stocker 200.000 tonnes par an de dioxyde de carbone émis
par un site de valorisation des déchets de Claye-Souilly, en en Seine-et-Marne. Le CO2 sera injecté dans une cavité géologique située à plus de 1.500 mètres de profondeur. A Lacq, dans les
Pyrénées Atlantiques, Total prévoit, de son côté, de démarrer, fin 2008, le stockage de 150.000 tonnes de CO2 par an, émis par une centrale thermique du groupe. Il sera envoyé dans un ancien
gisement de gaz, à 4.500 mètres de profondeur.
La recherche en effervescence
L’Agence Nationale de la Recherche (ANR) finance également un programme de recherche sur le captage et le stockage du CO2. Un nouvel appel a projet a été lancé en 2008 avec le soutien du CEA.
Après examen des dossiers par un comité d’évaluation, les lauréats seront connus en juillet prochain.
Parallèlement, certains chercheurs tentent de trouver de nouvelles solutions pour piéger le dioxyde de carbone. Une trentaine de chimiste français du CNRS et de labos associés viennent ainsi de
mettre au point le MIL-101, un matériau poreux capable d’absorber, dans un m3, près de 400 m3 de CO2, soit le double des capacités des produits aujourd’hui disponibles.
Outre-Atlantique, une équipe de chercheurs de l’université de Californie (Los Angeles), a synthétisé une structure cristalline poreuse baptisée ZIF (zeolitic imidazolate frameworks), capable de
capturer jusqu’à 83 litres de CO2 par litre. Comme le procédé du CNRS, cette découverte pourrait être utilisée aussi bien dans les centrales électriques fonctionnant aux combustibles fossiles
qu’à la sortie des pots d’échappement des véhicules.
Sources: ONU, stat du CO2
: Earth policy institut
: l'ANR
15 mai 2008,
Patrick Cros