• Il faut se concentrer davantage sur le rôle mondial des Etats-Unis et sur les réactions des autres puissances par rapport à
l’évolution de la puissance américaine ;
• Il faut mieux définir le rôle respectif des Etats et des autres acteurs non gouvernementaux sur la scène mondiale ;
• Il faut mieux appréhender le temps et la vitesse, s’interroger sur le rythme des changements et tenter d’identifier les risques
imminents ;
• Il faut évoquer davantage les crises et les discontinuités, surtout que le terme « trends » suggère davantage la continuité que le
changement ;
• Il faut accorder plus d’importance aux idéologies qui orientent les comportements.
• Tout indique que les années qui viennent permettront aux individus de s’émanciper davantage: en sortant de la pauvreté, en
accédant aux classes moyennes, en bénéficiant d’une meilleur santé et en utilisant de plus en plus les nouvelles technologies de l’information et de la communication, à la maison
et dans l’entreprise, les individus seront plus libres, ou du moins, ils aspireront de plus en plus à la liberté ;
• Le temps de l’hyper puissance hégémonique est terminé: un monde multipolaire est en train de naître, fait de puissances et de
réseaux multiples et entrelacés ;
• Les données démographiques sont bouleversées: croissance de l’Afrique, pays vieillissants, urbanisation croissante, migrations
difficiles à contrôler : c’est le nouveau monde !
• La croissance de la population mondiale donnera plus d’importance aux problèmes d’alimentation, d’eau et d’énergie.
3 – Les catalyseurs de changement
• Le monde réussira-t-il à surpasser les crises économiques et financières successives, grâce à l’émergence de nouveaux pays,
Afrique comprise, ou ira-t-il plutôt vers un effondrement que les banques centrales elles mêmes ne pourront contrer ?
• Les Etats et les institutions internationales réussiront-ils à maîtriser le changement et à instaurer une gouvernance mondiale
adaptée au nouveau monde ?
• Les conflits potentiels entre pays et à l’intérieur de nombreux pays vont-ils s’atténuer ou s’aggraver ? En particulier,
l’instabilité au Moyen Orient et en Asie du Sud conduira-t-elle à une insécurité mondiale croissante ?
• Les nouvelles technologies, catalyseurs de productivité ?
• Les Etats-Unis, catalyseurs d’une refondation internationale ?
4 – Les scénarios possibles
• Le scénario pessimiste le plus plausible: les conflits dégénèrent, la mondialisation s’arrête, la dépression générale s’i
nstalle et chacun, à commencer par les Etats-Unis, tente de sauver ses meubles en se repliant sur ses seuls intérêts ;
• Le scénario optimiste le plus plausible: la coopération interétatique et internationale l’emporte et, en particulier, les
Etats-Unis et la Chine tissent des liens de plus en plus étroits, qui conduisent les autres acteurs à privilégier l’intérêt général mondial.
• Les inégalités entre pays et à l’intérieur des pays explosent, les conflits ethniques et sociaux conduisent à des révolutions
violentes. Personne ne veut plus être le gendarme du monde.
• Les ONG les plus puissantes coopèrent pour s’attaquer aux grands problèmes du monde : alimentation, éducation, santé.
5 – Les commentaires de GLOBECO
• Les éléments signalés plus haut sortent directement du rapport lui-même.
Il peut être intéressant de les compléter par des commentaires, par exemple en mettant l’accent sur les 10 points qui
paraissent les plus significatifs dans ce rapport.
• 10 points à signaler :
L’un des points qui caractérisent l’évolution récente, ainsi que notre avenir, c’est l’urbanisation croissante de notre
planète, aux dépens des populations et des zones rurales : la population urbaine mondiale s’accroît chaque année de 65 millions de personnes, soit presque autant que
l’augmentation de la population mondiale ! De ce fait, les nouvelles constructions de bureaux, de logements et de voies de transport dans les pays émergents seront aussi
importantes d’ici à 2030 que le stock actuel !
Second point : l’explosion des classes moyennes : 1 milliard de personnes aujourd’hui, 2 milliards au moins en
2030.
Troisième point : les puissances mondiales en 2030 selon le modèle international « futures », qui prend en considération
Internet, la R&D, le capital humain, le PIB, les IDE, la puissance militaire, les ressources énergétiques: Etats-Unis : 20 % ; Chine : 15 % ; Inde : 12 % ; Japon : 5 % ;
Royaume Uni : 4% ; France, Allemagne et Russie : 3% ...
Quatrième point : le vieillissement de la population est à l’œuvre partout sauf en Afrique subsaharienne.
Les Etats-Unis peuvent être autonomes en énergie en 2030, et l’Arabie saoudite pourrait être importatrice 10 ans plus tard
!
Point suivant : la croissance chinoise : 5 % par an en 2020, 3 % en 2030 ?
2030 : comment auront évolué les 50 pays qui, aujourd’hui, hésitent encore entre autocratie et démocratie (Chine,
Russie,pays arabes etc ...)
2030 : quelle carte des puissances nucléaires ?
Avec ou sans l’Iran et la Corée du Nord ?
2030 : les trois scénarios pour l’Union européenne: l’effondrement de la zone Euro, peu probable mais possible, le déclin
lent, évolution la plus probable, ou la renaissance miraculeuse ?
Dixième point : le talon d’Achille des Etats-Unis: comment garder un leadership technologique malgré une éducation primaire
et secondaire très défaillantes ?
Question : comment se fait-il que les Etats-Unis soient les seuls à publier de tels rapports ? L’Union européenne ne devrait
elle pas, elle aussi, être capable de mener des réflexions de ce genre ?
GLOBECO
COMPRENDRE LA MONDIALISATION MESURER LE BONHEUR
NE DESESPERONS PAS LA PLANETE !
LE MONDE EN 2020, EN 2025 ET EN 2030 SELON LA CIA
(mars 2013)
Le monde en 2030 :
hégémonie chinoise et puissance individuelle
Les services de renseignement américains viennent de rendre public leur rapport sur les "Tendances globales"
("Global Trends" - ndlr) qui vont marquer le monde ces vingt prochaines années. C'est le National Intelligence Council (NIC), petit cousin analytique de la CIA,
qui a très sérieusement imaginé l'état du monde en 2030, à l'instar de son homologue russe un an plus tôt. Conclusion? Chacun prévoit le monde qu'il veut voir.
"Nous ne cherchons pas à prévoir le futur - un objectif impossible - mais à fournir une grille de lecture qui permet de
penser les futurs possibles et leurs conséquences" prévient le National Intelligence Concil en introduction de son rapport. Penser les futurs possibles sans prévoir le
futur, donc, un exercice complexe qui a mobilisé de nombreux experts, y compris via la mise en place d'un
blog participatif (lien en anglais) qui continue d'être alimenté.
Le rapport semble aussi honnête qu'il ne pose aucune certitude, mais
"plusieurs scénarios de mondes en 2030, aucun n'est
inévitable. En réalité, le futur sera plus probablement constitué de divers éléments de tous les scenarios". Le NCI s'appuie précautionneusement sur différentes
tendances, plus ou moins stables, parcourues de facteurs de rupture, des
"games-changers" (
"changement de donne" - ndlr).
La grille de lecture la plus fiable est donc celle des
"megatendances" (
"megatrends" - ndlr). La première, et
la plus importante (
"puisqu'elle influence la plupart des autres tendances") est la
"puissance grandissante de l'individu" (
"Individual enpowerment"
- ndlr). Sous-tendue par l'augmentation de la classe moyenne dans le monde, elle est garante, pour le NCI, d'une plus grande démocratisation à travers le globe ou encore d'un
accès plus large aux nouvelles technologies de communication. Ce qui permet finalement aux experts américains d'affirmer qu'à l'avenir, ce sont les initiatives individuelles
qui feront face aux défis mondiaux.
Une telle réflexion témoigne d'un procédé largement engagé depuis les années 1970 et la fin de l'Etat providence. Elle est le
résultat d'un désengagement plus large des institutions, qui laisse aux initiatives individuelles le soin de prendre en charge les problèmes dont l'Etat ne veut plus avoir la
responsabilité : questions sociales, environnementales… La responsabilisation de l'individu est un long procédé néolibéral. Mais alors le rapport du NCI fait-il état du
résultat de ce procédé ou en est-il partie prenante? En fait-il le constat, ou la promotion?
Pure prophétie ou prophétie auto-réalisatrice?
A cet égard, la lecture du rapport similaire de l'IMEMO (Institut de l'économie mondiale et des relations
internationales qui forme les grands agents du KGB), l'équivalent russe du NCI est édifiante. Les Russes, comme les Américains, semblent prévoir pour 2030 le monde
qu'ils voudraient voir émerger. Les prévisions économiques, par exemple, en sont un exemple frappant. Si les deux pays s'accordent sur l'hégémonie économique chinoise
de 2030, leurs perspectives sont complètement différentes sur leur propre rôle dans l'économie globale. L'IMEMO soutient que
"Les pays qui développeront le plus
leurs structures d'innovation et d'investissement seront la Chine, l'Inde et la Russie. Elles régresseront aux États-Unis, en Europe et au Japon." Côté américain,
on soutient que
"les économies de l'Europe, du Japon et de la Russie continueront leur lent déclin", alors que celle des États-Unis, même surpassée par la
Chine, devrait pouvoir se maintenir.
On peut faire le même constat sur les tendances géopolitiques décrites par le rapport du NCI, qui apparaissent
extrêmement géocentriques. Le monde de 2030 y est décrit comme multipolaire, sans conflits majeurs entre les États, à l'instar de l'IMEMO qui prévoit que
"les
échanges entre les leaders mondiaux pour le maintien de la paix dans le monde l'emporteront sur les tendances aux conflits". Mais le NCI fait l'économie des
autres "leaders mondiaux" et prévoit la multiplication des conflits régionaux si et seulement si
"les États-Unis ne sont pas capables de conserver leur rôle de
garants de l'ordre mondial". Alors même que le rapport du NCI s'efforce en introduction de s'interroger sur l'hégémonie américaine
"alors que les travaux
précédents présupposaient le rôle central des États-Unis", force est de constater que le présupposé reste.
Les Etats-Unis, garants de l'ordre mondial ou pompiers pyromanes?
Les USA ne sont pas les "gendarmes du monde" mais bel et bien les "garants de l'ordre mondial". Le
rapport du NCI n'interroge en aucun cas cette fonction, mais plutôt le défi de son maintien. Or, les États-Unis, ont été largement critiqués, et parmi ses plus hauts
représentants comme plutôt responsables de désordres globaux. Dans la vidéo suivante (en anglais) datant de 2009, Hillary Clinton, alors secrétaire d’État,
reconnaissait que les États-Unis étaient à l'origine du mouvement taliban, et qu'ils avaient plus largement contribué à créer le
"terrorisme".
C'est exactement dans la même logique que Ousama Ben Laden, feu l'ennemi public numéro 1 des États-Unis, avait été formé par la
CIA à partir de 1979. Les États-Unis l'avaient alors aidé à organiser la
"guerre sainte" d'Afghanistan contre l'armée soviétique, en pleine guerre
froide,
pour faire échapper ce pays à la main mise de l'URSS.
Des paradoxes, le rapport du NCI en est rempli. A sa sortie, Pierre Barthelemy, journaliste "passeur de science" pour
LeMonde.fr, félicitait la prise de conscience écologique de l'institution américaine. En effet, le rapport reconnaît clairement que la planète se
dirige vers une hausse de la température moyenne
"d'environ 2°C au milieu du siècle. Si les émissions [de gaz à effet de serre] continuent sur la tendance
actuelle, une hausse de 6°C à la fin du siècle est plus probable que 3°C, ce qui aura des conséquences encore plus importantes." Alors que le
dernier sommet climatique en date, qui s'est tenu à Doha s'est soldé par un nouvel échec, le NCI appelle les décideurs politiques à
s'emparer de cette question. Sans tomber dans un discours alarmiste, ils préviennent :
"On ne va pas nécessairement vers des pénuries mais les décideurs
politiques doivent impérativement prendre les choses en main pour éviter un tel futur".
Pourtant, le rapport stipule aussi que les intérêts environnementaux vont à l'encontre des intérêts économiques des États-Unis.
En effet, sous l'effet conjugué des
"mégatendances" posées par les analystes américains : la diminution des ressources naturelles et la croissance
démographique (nous serons 8,3 milliards de terrien(ne)s en 2030 contre 7,1 fin 2012), le seul moyen pour les États-Unis de conserver un semblant d'hégémonie
serait de devenir auto-suffisants. Un objectif qui peut être atteint pour les experts du NCI, "à moins que des débats sur des problèmes environnementaux ne les
en empêchent". Si le rapport affirme donc que l'environnement doit être soigné, il affirme aussi que les question écologiques vont à l'encontre des intérêts
des États-Unis.
"Un futur confus : pourquoi les prédictions des experts sont fausses, et pourquoi nous les croyons tout de
même"
Le journaliste canadien
Dan Gardner s'est appuyé
sur de nombreux travaux universitaires qu'il a réuni dans son livre :
"Un futur confus : pourquoi les prédictions des experts sont fausses, et pourquoi
nous les croyons tout de même". Dan Gardner cite les travaux de Philip Tetlock, professeur de psychologie de l'université de Berkeley en Californie qui a
lancé en 1985 une vaste expérience consistant pendant 20 ans à valider les prévisions faites par près de 300 experts politiques et économiques. Conclusion:
Tetlock a trouvé que les experts dits optimistes prévoyaient dans 65% des cas des scénarios roses qui voyaient le jour 15% du temps et que les experts dits
pessimistes s'attendaient dans 70% des cas à des scénarios catastrophes qui se matérialisent seulement 12% du temps.
Ce que constate Dan Gardner, c'est que ces faux prophètes ne sont presque jamais dénoncés ou sanctionnés. Quand ils sont mis
face à leurs erreurs, ils expliquent qu'ils se sont trompés sur le calendrier ou que ce qu'ils attendaient s'est quasiment produit ou qu'un facteur exogène
inattendu a modifié le contexte. Tout le rapport du NCI semble se préparer à ses contradicteurs : aucune certitude, seulement des grandes tendances, des
changements de donne possibles et un exposé édifiant du monde que les États-Unis auraient intérêt à construire d'ici 2030…
Par Anna Ravix
Source: TV5