Sur l’ingérence des États dans la crise économique
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Le retour des États au premier rang de l’ordre économique et financier mondial semblait devoir constituer pour nombre d’acteurs et d’observateurs la réponse universelle et incontournable pour réguler les échanges dans le monde de « l’après » (crise), et instiller de la morale dans des marchés en proie à l’irrationnel et à la perversité. Quelques voix s’élevaient bien contre cette logique ; « au secours l’État revient ! » déclaraient–ils, passant le plus souvent pour d’horribles adeptes du tout libéral, mais « vox clamantis in deserto »... Il n’est pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.
Les premiers exposés étaient ceux qui croyaient enfin avoir trouvé une validation à leurs thèses visant à placer l’économie dirigée ou socialisée au niveau le plus haut dans l’organisation planétaire. Quant à l’endettement public, il était vu comme une source inépuisable de profits futurs. Ne parlait-on pas de bonne et de mauvaise dette, la bonne ressemblant en tous points à la potion magique d’Astérix ?
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Las ! Le réveil est très douloureux car si les interventions étatiques ont paru un temps apporter une forme de confiance, c’est au prix d’un alourdissement d’une situation d’endettement jusqu’alors relativement occultée, en tous cas renvoyée pour examen aux prochaines calendes…
Impact de la crise sur l'endettement public en Europe
Croissance entre 2007 & 2010 en milliards de $
France; 782: +44%
Royaume-Uni; 672: +54%
Allemagne; 590: +25%
Espagne; 528: +94%
Italie; 507: +22%
Pays-Bas; 216: +57%
Grèce; 163: +51%
Irlande; 137: +195%
Ainsi comprend-on cette introduction sans concession des deux co-auteurs Jean-Luc Buchalet et Pierre Sabatier à leur note :
« Si la forme de la reprise mondiale est encore incertaine, une chose est sûre, l’endettement public des pays industrialisés sera de plus en plus une source d’inquiétudes… »
L’endettement public, ce terrible fardeau... par le cabinet PrimeView (téléchargement à partir de ce lien)
L’endettement public, le boulet de la République
Dans une précédente étude, le cabinet PrimeView (mars 2009) soulignait que l’endettement public augmentait en moyenne de 86 % durant les trois années qui suivent une crise financière. Dans le cas présent, la dette des pays industrialisés est passée de 35 000 milliards de dollars en 2006 à 54 500, portant le ratio de dette sur PIB à plus de 98 % en moyenne en 2010. Or, historiquement, un taux supérieur d’endettement à 90 % a toujours constitué un frein majeur à la croissance potentielle d’un pays : la croissance chute alors de plus de 3,5 % en moyenne sur l’ensemble des 44 pays retenus par PrimeView depuis l’après-guerre. D’ailleurs notent les auteurs, si des épisodes de fort endettement public ne sont pas rares sur de longues périodes, ils sont en règle gérérale consécutifs à des efforts de guerre, la reprise se faisant alors logiquement par la reconstitution d’un appareil productif dévasté : une forte croissance accompagnée d’une forte inflation, elle-même acceptable par la logique de la reconstruction. Or, cette fois-ci, les déficits sont devenus structurels et n’ont pas de lien avec une situation de guerre mondiale (en tout cas sous sa forme classique). Aussi, il faut s’attendre à des efforts sans précédent et inopinés sous bien des aspects que les pays développés devront consentir pour retrouver un niveau acceptable, sans sacrifier les générations futures : retraites, santé, modèle social... autant de questions qui vont devenir assourdissantes.
Charge de la dette en % des recettes fiscales
Moyenne Prévisions Prévisions
2004-2007 2010 2012
France 5.4% 6.2% 8.3%
Allemagne 6.4% 6.5% 8.2%
Royaume-Uni 5.1% 6.9% 10.1%
Etats-Unis 5.8% 7.0% 11.1%
Italie 10.6% 10.3%
Grèce 11.1% 14.9%
Les auteurs estiment que nous sommes entrés dans un cycle déflationniste de 5 à 10 ans à l’exemple de celui que connaît le Japon. Quels sont les chemins et les choix possibles ? Quelles seront les conséquences sur les marchés financiers ? Va-t-on vers un krack obligataire généralisé ? Une éventualité que les auteurs écartent en partie dans leur analyse.
Les deux auteurs s’attendent en outre à des marchés-actions particulièrement difficiles, qu’ils estiment, contrairement à un certain consensus, encore chers. Des éléments de réponses et des interrogations fortes qui débouchent sur des débats souvent interdits… et dont l’étude L’endettement public, ce terrible fardeau... souhaite apporter des axes de réflexions.
cliquez, lire le dossier fiscalité dans les propositions du thème le parti chez AL
"En conséquence, faut-il anticiper un krach obligataire généralisé ?
Pas vraiment selon nous, l’épargne mondiale nous paraissant suffisamment abondante pour financer l’endettement public, d’autant que la chute du prix des actifs
immobiliers et financiers poussera les agents privés à reconstituer leur bilan, et que le vieillissement global de la population entraine un
effort d’épargne supplémentaire pour faire face aux frais de santé, de retraites et d’éducation.
En outre, l’anticipation de hausse future de la fiscalité devrait également inciter les ménages à épargner encore davantage, facilitant là aussi le financement
des déficits. C’est d’ailleurs ce qui se passe depuis 20 ans au Japon, qui constitue un bel exemple de l’impact d’une dette publique excessive liée à un long processus de deleveraging des agents
privés, et du vieillissement de la
population. Bénéficiant pourtant d’un bassin de croissance incroyable avec l’émergence chinoise, la dette brute du pays du Soleil levant est passée de 60% au début des années 90 (niveau affiché
par les Etats-Unis avant la crise), à plus de 220% du PIB en 2010. Pire, la dette nette est quant à elle passée de 17% du PIB à 113% du PIB aujourd’hui. Si l’épargne domestique est apparue
suffisante pour éviter la hausse des taux longs depuis 20 ans, l’incapacité du Japon à sortir de son cycle déflationniste malgré une conjoncture mondiale très porteuse nous laisse songeuse pour
la trajectoire empruntée par de nombreux pays industrialisés pour la décennie à venir. Une situation à la japonaise nous semble ainsi tout à fait probable dans de nombreux pays.
En contrepartie, nous estimons que les marchés actions occidentaux souffriront durant de longues années de cette concurrence des titres de dettes publiques dans un contexte de jeu à somme nulle,
et plus globalement de cycle déflationniste qui devrait perdurer entre 5 et 10 ans. Dans ce contexte, il faut rappeler qu’historiquement, les niveaux de PER diffèrent grandement selon l’évolution
des prix.
Depuis 1870, si les PER ont été les plus élevés en période désinflationniste (19.2 fois les bénéfices selon Shiller), les marchés actions n’aiment ni
l’hyperinflation (le ratio moyen tombe en deçà de 12
fois les bénéfices), ni les périodes déflationnistes comme celle dans laquelle nous sommes entrés depuis 2 ans : les actions ne se payent plus qu’à peine 14 fois les bénéfices selon Shiller… or
nous nous trouvons encore à plus de 20 fois les bénéfices pour le S&P 500. En conséquence, les arguments qui consistent à jouer les marchés actions car ils sont bon marché ne nous semblent
pas recevables. Selon nous, il faut s’attendre à des marchés actions durablement difficiles, quidevraient évoluer selon une forme de tôle ondulée à la Japonaise durant les prochaines
années."
source donc:
Economic strategic paper » du cabinet PrimeView. À l’origine de l’étude : Jean-Luc Buchalet et Pierre Sabatier, tous les deux fondateurs du cabinet.
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