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Adaptation: Les États face aux Multinationales

par AL de Bx 11 Juin 2010, 13:59 Travail et Economie

La concentration des multinationales conduit
les États à intervenir autremen
t

 

http://www.cyberpresse.ca/images/bizphotos/435x290/201003/30/158980-symboles-puissance-americaine-firmes-multinationales.jpg

cliquez, lire "les multinationales"

 

La concentration croissante des entreprises multinationales


Des multinationales ont existé depuis longtemps notamment dans les transports, le système
bancaire, le commerce. Le XVIIIe siècle a connu les Compagnies des indes, la Compagnie
d’Occident de John Law et plus généralement des banques et entreprises de commerce
multinationales. Mais elles pesaient peu dans l’ensemble de l’activité économique
Les grandes unités multinationales, groupes de firmes organisées en réseaux dominés par
une société-mère se multiplient au XXe et XXIe siècle. D’après le CNUCED, 70 000 Sociétés
mères existeraient aujourd’hui et leur chiffre d’affaires dépasserait le budget de pays comme le
Chili, le Nigéria et le Pakistan. La DREE, direction du Ministère des Finances, indique que les
100 premières unités multinationales représentent 15 % des emplois dans le monde, 12 % des
actifs étrangers, 12 % des ventes.
Les populations touchées par les délocalisations ont conscience de la rapidité de leur
croissance qui semble inéluctable
Tous les domaines de l’économie non seulement la croissance des grandes Unités
multinationales, mais encore leur importance relative dans les chiffres d’affaires de nombreux
secteurs d’activités le montrent ; le développement des petites et moyennes entreprises, les PME,
n’empêche pas la domination croissante des grandes.
Dans le maritime, les 15 premiers armements de ligne régulière représentent 75 % de
l’activité, contre 45 % il y a 15 ans et le premier Maersk a une capacité double du deuxième
armement mondial. De grands opérateurs portuaires opèrent simultanément dans plusieurs
grands ports mondiaux.
Dans le transport aérien, les grandes compagnies américaines ne sont plus que quatre. En
Europe, les fusions des 15 compagnies nationales se multiplient comme celles d’Air France, du
hollandais KLM et, en négociation, de l’Italien Alitalia. Dans la construction aéronautique
mondiale, on ne compte plus que deux constructeurs de grands avions commerciaux, Boeing et
Airbus et, pour les moteurs, trois.

 

De nouveaux secteurs ne sont plus à l’abri de concentrations massives : par exemple dans
l’agriculture, notamment en Russie où les grands domaines privés ont succédé aux kolkhozes,
dans la production électrique jusqu’alors bridée par les monopoles nationaux et dans la
pharmacie.


De nouvelles formes de concentrations expliquent qu’elles passent parfois inaperçues.
Notamment des accords de coopération et d’alliance combinés avec des participations
minoritaires remplacent les fusions et créations de firmes à l’étranger.
Certes les exemples récents de fusions massives en Europe sont nombreux : Renault achète
Nissan, EDF intègre l’italien Edison, l’allemand EBW et des producteurs d’électricité sudaméricains,
le sidérurgiste français Usinor s’unit à Arbed et Aceralia. En 2004, Air Liquide rachète
les activités de JP Griesheim et Sanophie-Synthélabo espère dominer le groupe franco-allemand
Aventis, ce qui en ferait le 3e groupe mondial de la pharmacie
Mais, en période de crise économique où les capitaux sont rares, les concentrations peuvent
une forme plus discrète de contrats et d’alliances (Contrats de recherche, partenariats
commerciaux, groupements communs d’intérêt économique). Ces contrats abaissent les coûts
unitaires élargissant ainsi les marchés pertinents des partenaires. Si ces contrats ne signifient pas
toujours une concentration explicite, ils accompagnent souvent des prises de participations
minoritaires et la constitution de réseaux, conduits par une société-mère qui domine ainsi un
ensemble de sociétés « filialisées ». Ainsi se constituent à moindres frais des ensembles flous plus
discrets. Des fonds d’investissements américains notamment Carlyle lié à la CIA cherchent à
dominer, par des réseaux de ce type, des industries d’armement dans le monde ce qui inquiète les
gouvernements de notre continent.


La concentration est donc aujourd’hui plus forte encore qu’il n’y paraît.
Aux causes traditionnelles de la concentration comme les économies d’échelle (plus une
entreprise est grande, moins les coûts unitaires sont élevés), se sont ajoutés la suppression
d’obstacles juridiques qui les empêchent et les facilitées apportées par les nouveaux réseaux de
communication et de transport. La privatisation d’entreprises publiques explique aussi les fusions
dans l’énergie et les transports du Marché commun et dans l’agriculture russe. De grands pays en
développement rapide comme le Brésil ou la Chine connaissent une extension mondiale de leurs
grandes multinationales.


Progrès technique et libéralisation se conjuguent pour élargir leurs espaces d’activité et de
clientèle, qui augmentent les bénéfices, comme le note déjà K.Marx à la fin du XIXe siècle. Ils
accélèrent l’extension des grandes multinationales et la concentration.
Cette concentration supra-nationale remet en cause l’ordre économique, social et politique
de nos sociétés. La pensée économique a peu étudié cette conséquence, si ce n’est sous son
interprétation marxiste qui date. La concentration actuelle a notamment conduit les États à
modifier leurs modes d’intervention.

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-Cette concentration oblige les États à modifier leurs formes d’intervention


Contrairement à une opinion courante, le développement rapide des multinationales
entraîne moins une limitation du pouvoir des États qu’une transformation de ses modes
d’intervention.


La compétence des États étant largement limitée à l’espace national leur réglementation ne
peut plus couvrir entièrement celui d’une multinationale. Aussi des compétences étatiques sont
déléguées à des organisations internationales universelles, organisations de l’ONU ou régionales
comme l’Union européenne. L’idée se répand que les États perdent la plus grande partie de leurs
pouvoirs.


Certes, ils en délèguent certains, mais ils ne respectent pas toujours les engagements pris
internationalement et, surtout, gardent des compétences essentielles en matière de souveraineté,
justice, police et défense. Le pouvoir délégué à des institutions internationales leur permet aussi
parfois de renforcer le leur. Le contingentement de la pèche et la réglementation routière n’ont
pu être fermement appliqués en France que grâce à la force des règlements européens.
Le changement concerne non seulement les pouvoirs, mais surtout la façon dont les États
les exercent. Un pouvoir traditionnellement réglementaire a évolué vers un pouvoir régulateur, un
pouvoir statutaire lié au statut des services publics nationalisés disparaît avec les privatisations,
mais il est remplacé par un contrôle qui pourrait être beaucoup plus efficace, la gestion des
participations financières minoritaires dans des entreprises devenues parfois des sociétés
anonymes privées est rationalisée, enfin les États se coalisent parfois avec des groupes
multinationaux.

 

 

 


1) La régulation remplace la réglementation


La libéralisation des échanges, la perte de monopoles des entreprises publiques et même la
privatisation n’ont pas nécessairement conduit à une moindre intervention de l’État, qui agit à
travers des autorités administratives indépendantes comme le font les États américains depuis
plus d’un siècle.
La France s’est inspirée de l’exemple des pays anglo-saxons et surtout des Etats-Unis. Les
pouvoirs publics de ce dernier pays dont la constitution limitait leur liberté d’action, ont été
obligés d’intervenir par les crises. Ils ont créé des organismes plus ou moins indépendants de
l’exécutif, tant au plan Fédéral qu’au niveau des États, qui harmonisent la vie économique. Si
certains ont disparu au plan fédéral, les plus puissantes, comme la Federal Trade Commission ou
la Securities and Exchange Commission, sont devenues de véritables ministères.
Cette pratique séculaire des pays anglo-saxons et notamment des États-Unis a fait école en
France à l’occasion du mouvement de libéralisation. Les pouvoirs publics attribuent à ce mode
d’intervention plusieurs mérites
-L’intervention est plus souple que la voie réglementaire
-Elle permet un dialogue avec les assujettis
-Elle permet une adaptation des normes à la conjoncture
La France a créé de nombreuses « Autorités administratives indépendantes ». Elles assurent
aujourd’hui le respect de normes imposées souvent jadis par voie législative ou réglementaire.
Malgré la volonté des autorités de supprimer les moins utiles ou de les réorganiser en fusionnant
les plus proches, leur importance augmente.
Les États européens ont été amenés à user largement de cette régulation par suite de la
déréglementation des Services publics. Parmi les quelque 30 autorités, certaines concernent la
gestion des services publics, telles « l’Autorité de régulation des télécommunications » 1996, le
Conseil supérieur de l’audiovisuel » 1989 et la « Commission de régulation de l’électricité »1993..
Une agence du trésor gère la dette.


2) La direction rationnelle des participations remplace la nationalisation.


La privatisation de services publics qui ne sont plus assurés par une entreprise publique a
conduit l’État à rechercher d’autres modes de maîtrise de ces services que l’appropriation de la
totalité ou de la majorité du capital de ces services. Il a créé une agence des participations de
l’État qui remplace en 2003 l’ancien « service des participations » de la direction du Trésor.
Comme en témoigne l’étendue des moyens mis à sa disposition et des missions de ce service,
l’État actionnaire renforce son contrôle opérationnel qui se compare à celle des « holding ». La
privatisation de certains services publics ne signifie plus, bien au contraire, la fin du contrôle de
l’État sur une large partie de l’économie.


3) L’orientation par la dépense budgétaire


L’État renforce, paradoxalement dans cette période libérale, l’arme budgétaire. Les budgets
des Etats-Unis, ceux de la fédération comme ceux des États, connaissent des déficits records. Il
en va de même dans la Communauté européenne. La plupart des États européens violent le pacte
de stabilisation de Maastricht. Aux dépenses sociales croissantes se sont ajoutés les dépenses de
relance et d’orientation des économies. Des subventions massives sont accordées aux activités de
pointe ou en difficulté – agriculture, sidérurgie, électronique, défense - qui perdent leurs
protections traditionnelles avec la libéralisation.
Le budget est une arme de direction économique.


4) L’État intervient en se coalisant avec de grandes unités multinationales


Les GUM ont intérêt à s’entendre avec les États dans tous les domaines touchant à la santé,
à l’énergie, à la défense nationale et à la recherche.
Les États qui n’ont plus les moyens de soutenir, seuls, certains secteurs économiques ou
certaines recherches, ni d’intervenir hors de leurs frontières, ont intérêt à collaborer avec des
entreprises nationales qui développent des domaines jugés stratégiques et joueront le rôle que
Rome confiait, à l’étranger, aux légions romaines. Cette coalition occasionnelle ou de longue
durée se manifeste par la présence dans les conseils d’entreprise de personnalités proches des
pouvoirs publics (cf. le Point 16 mai 2003). Ces coalitions expliquent aussi des subventions
publiques, des réservations de contrats ou même le déclenchement de conflits profitables à
certains.


En bref, le pouvoir de l’État se transforme plus qu’il ne disparaît

 

source: Interview de M. Pierre Bauchet à Radio Canal Académie, le mardi 27 janvier 2004.

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commentaires
D
<br /> <br /> Daniel Thureau<br /> <br /> Tout ça ce sont des enjeux de pouvoirs qui ne veulent pas dire leurs noms......Tous dans le même sac....!<br /> <br /> <br /> <br /> <br />
Répondre
S
<br /> <br /> Sébastien Maurice<br /> <br /> J'adore l'exemple qu'ils prennent !<br /> Une société de fabrication de yaourte produit pour 1 euro en france, et revend 10 euros aux US !<br /> <br /> Je sais que ce n'est sencé être qu'un exemple théorique, mais le fait de prendre de tels chiffre (qu'aucune entreprise dans ce secteur ne pourait jamais réver d'atteindre) reléve littéralement<br /> de la manipulation et du menssonge, car dans la téte de celui qui regarde cela accentue l'effet, et induit l'idée que les entreprises s'en mettent plein les fouilles trés rapidement...<br /> <br /> Si on disait : la société produit pour 1 euro son pack de yaourte en france (or frais de recherche, marketing pub, SAV...) et le revend pour 1,50 maximum à un ditributeur américain (chiffre<br /> maximum nettement plus proche de la réalité), évidemment ca paraitrait bcp moins choquant !<br /> <br /> <br /> <br /> <br />
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