Les nuages s'accumulent sur la conjoncture économique en France. Le mot "récession" a fait son entrée dans le débat et les économistes craignent désormais une dégradation du marché de l'emploi. LEXPRESS.fr fait le point.
LIRE CP D'ALTERNATIVE LIBERALE
La récession, qu'est ce que c'est?
C'est une baisse de la production, mesurée par le Produit intérieur brut (PIB). Le terme de récession est employé lorsque cette baisse s'observe au
cours de deux trimestres consécutifs au moins. A ne pas confondre avec un ralentissement, au cours duquel le PIB continue d'augmenter, mais moins vite. La dernière fois que la France a dû faire
face à une récession, c'était en 1993. Le PIB avait alors reculé de 1% sur l'ensemble de l'année.
La France est-elle entrée en récession?
Techniquement, non. Lors du premier trimestre, le PIB avait augmenté de 0,4%. Les très mauvais chiffres du second trimestre, qui ont vu le PIB
chuter de 0,3%, sont donc pour le moment un phénomène isolé et la France n'entrera en récession que si la production poursuit sa baisse entre juillet et septembre.
Si l'on veut être tout à fait exact, il faut donc parler de ralentissement. "Mais on joue sur les mots, tempère Eric Heyer, directeur adjoint de l'OFCE. Ce qui est sûr, c'est que l'année 2008 ne sera pas une bonne année, avec une croissance un peu au-dessus de 1%". Soit deux fois moins que l'année dernière : en 2007, le PIB avait progressé de 2,2%.
Quelles vont être les conséquences de ce ralentissement ?
Le gros risque, c'est que le chômage reparte à la hausse. "L'économie française commence à créer des emplois à partir du
moment où la croissance atteint environ 1,8%, explique Eric Heyer. On en sera très loin et il faut donc s'attendre à une remontée du taux de chômage. Pas forcément tout de suite d'ailleurs, car
il y a souvent un décalage entre les chiffres de la croissance et ses conséquences sur l'emploi. Avant de licencier, les chefs d'entreprise s'offrent en général une période d'observation".
Signe avant-coureur, la très forte baisse de l'emploi intérimaire (-6,8%) au second semestre. "C'est la preuve que les carnets de commande se dégarnissent, analyse Philippe Waechter, directeur de la recherche économique chez Natixis Asset Management.
La dégradation du marché du travail est déjà là, même si elle n'est pas encore spectaculaire". Le taux de chômage avait pourtant atteint en juin son plus bas niveau depuis 25 ans, à 7,2% de la population active.
Que peut faire le gouvernement pour faire face à cette dégradation de la conjoncture ?
"Le gouvernement a utilisé toutes ses marges de manoeuvre avec le paquet fiscal, voté l'année dernière, rappelle Eric Heyer. Malheureusement, ce dernier a été mal ciblé : la défiscalisation des heures supplémentaires n'est efficace que si les entreprises ont besoin de ces heures, donc si l'activité est forte... "
"Le gouvernement est un peu impuissant, car il n'y a pas de recette miracle dans une telle situation, complète Philippe Waechter. La consommation des ménages est atone depuis neuf mois et les exportations restent médiocres. C'est que la crise touche tout le monde: Etats-Unis, Allemagne, Espagne...".
A défaut d'un plan de relance, faut-il craindre un plan de rigueur ?
La solution viendra-t-elle de l'Europe ?
DERNIÈRES INFOS 20/8
"Extrêmement difficile", "sous contraintes extrêmes", "la quadrature du cercle"... Les qualificatifs ne manquent pas, chez les parlementaires, pour décrire la préparation de ce premier budget triennal (2009-2011) de l'Histoire, qui sera présenté en conseil des ministres le 24 septembre.
"Le ralentissement économique que l'on observe ne facilite pas les choses", concède-t-on dans l'entourage du ministre du Budget, Eric Woerth.
Le PIB de la France a reculé au deuxième trimestre pour la première fois depuis fin 2002, ce qui rend la prévision gouvernementale d'une croissance comprise entre 1,7% et 2% en 2008 peu réaliste, selon les experts.
La prévision de croissance pour 2009 - entre 1,75% à 2,25% -, "sera aussi vraisemblablement à revoir", estime Didier Migaud, président PS de la Commission des Finances de l'Assemblée nationale.
Ce trou d'air, que le Premier ministre François Fillon a refusé d'interpréter comme l'annonce d'une récession, pourrait en tout cas priver l'Etat d'une partie des recettes escomptées.
"L'horizon économique n'augure pas de rentrées fiscales substantielles", souligne le président de la Commission des Finances du Sénat, le centriste Jean Arthuis.
Le gouvernement attend certes de la loi TEPA (paquet fiscal) et de la loi de modernisation de l'économie (LME), un gain de 0,6 point de croissance au total, mais seulement "lorsque l'ensemble des mesures produiront leurs effets", ce qui en période de ralentissement, pourrait prendre du temps.
Côté recettes, tout n'est pas encore arbitré. La suppression de l'impôt forfaitaire annuel (IFA), promise par le président Nicolas Sarkozy, et qui rapporte environ 1,6 milliard d'euros chaque année à l'Etat, devrait ainsi n'être que "progressive".
Les recettes seront d'ores et déjà plombées par des allègements de taxes comme le "paquet fiscal" ou le triplement du crédit impôt recherche qui vont coûter, selon Bercy, "entre 3 et 4 milliards d'euros" l'an prochain.
"Avec les problèmes économiques actuels, on risque des moins-values sur les recettes, donc il faut être très vigilant avec les dépenses", observe l'UMP Gilles Carrez, rapporteur général du Budget à l'Assemblée nationale.
La France s'est en effet engagée à réduire son déficit public à 2,5% du PIB fin 2008, avant de le ramener à 2% en 2009 et de friser le déficit zéro à l'horizon 2012.
"On ne lâche pas l'effort" sur les dépenses publiques, a encore insisté lundi M. Fillon.
Le volet dépenses du budget, arrêté en juillet, prévoit la suppression de 30.600 postes de fonctionnaires en 2009, ce qui permet d'envisager une croissance nulle de la masse salariale.
Quelques priorités ont été affichées comme l'enseignement supérieur, la recherche, la justice et l'équipement de la Défense.
Mais avec une inflation prévue à 2% en 2009, trois postes absorbent déjà la totalité des marges de manoeuvre de l'Etat, prévient M. Carrez: la charge des intérêts de la dette publique (environ 50 milliards d'euros par an), la hausse des pensions et les contributions aux collectivités locales.
"Je pense qu'on n'échappera pas à une compression des dotations versées par l'Etat aux collectivités territoriales", souligne M. Arthuis.
Pour M. Migaud, il faudra surtout veiller à ce que l'on ne remplace pas les dépenses budgétaires par de la dépense fiscale, les fameuses "niches fiscales".
/image%2F0991260%2F20140929%2Fob_35568a_bwnnx24iqaa50bf.jpg)


Haut de page