
Lire la source en Pdf(EuroMonde 2015)
Mais à deux ans de son terme, « Lisbonne » affiche un bilan mitigé.
Le taux d’emploi européen a certes progressé depuis 2000, tout comme le niveau d’éducation. Mais les dépenses de recherche et développement (R&D) européennes ont légèrement diminué, rendant quasi inaccessible l’objectif de consacrer 3 % du PIB européen à la R&D d’ici à 2010.
Quant à la progression du taux de croissance, très forte chez les nouveaux entrants de l’Union, elle n’a pas atteint dans les grandes économies européennes les + 3 % fixés par Lisbonne pour la période 2002-2006.
Bref, « loin d’avoir comblé le fossé qui la séparait des Etats-Unis, l’Europe est désormais menacée de déclassement du fait de la montée en puissance des grands pays émergents, qui ont pour beaucoup mis en œuvre des stratégies similaires. » Telles sont les conclusions du rapport « Euromonde 2015 : une stratégie européenne pour la mondialisation », préparé par Laurent Cohen-Tanugi et remis hier à Christine Lagarde.
Vers une gouvernance renforcée
But de ce rapport : permettre à la France, qui doit prendre la tête de l’Union en juillet, de proposer à ses partenaires des pistes de réflexion pour remettre l’Europe sur les rails à partir de 2010.
Car selon les auteurs du rapport, la Stratégie de Lisbonne ne peut plus être considérée comme « la réponse de l’Europe à la mondialisation. »
Même si l’agenda défini à Lisbonne « reste d’actualité, car ses objectifs sont toujours pertinents et ne seront pas atteints en 2010 (…) Mais il faut clairement passer à la vitesse supérieure. »
Pour pouvoir changer de rythme, il faut, selon le rapport, « une gouvernance renforcée », et « une contrainte plus forte pour les Etats membres. » Car selon Laurent Cohen-Tanugi, « les objectifs de Lisbonne ne sont pas suffisamment contraignants, puisqu’ils reposent sur le bon vouloir des Etats-membres. »
Pour être plus efficace, la stratégie de Lisbonne « post 2010 » pourrait s’appuyer sur des objectifs différenciés selon les Etats. Ainsi, concernant les 3 % de PIB consacrés à la R&D, « l’objectif global pourrait être réparti selon les Etats en fonction de leurs capacités scientifiques et technologiques », propose Laurent Cohen-Tanugi.
La stratégie de Lisbonne se dilue
La réforme de la stratégie de Lisbonne devrait aussi passer par un recentrage sur la « compétitivité et l’innovation, dont l’Europe doit faire l’axe central de sa stratégie économique et sociale. » Car selon Laurent Cohen-Tanugi, « la stratégie de Lisbonne à tendance à se diluer en incluant de plus en plus d’objectifs, alors que l’Europe en s’agrandissant devient de plus en plus hétérogène. »
Cette nouvelle vision stratégique, que les auteurs du rapport baptisent « Lisbonne Plus », ne serait cependant qu’une partie de la réponse que l’Europe peut apporter au défi de la mondialisation.
Lisbonne Plus doit en effet trouver sa place au sein d’une stratégie globale et ambitieuse, « EuroMonde 2015 », qui repose sur l’articulation cohérente d’une panoplie de politiques communes.
« L’Europe n’est jamais aussi forte que lorsqu’elle parle d’une seule voix. De la même manière qu’il y a une politique commerciale ou une politique agricole commune, l’Europe doit se doter d’une diplomatie énergétique et environnementale, d’une politique d’immigration et de co-développement, d’une stratégie normative internationale, etc.", estime Laurent Cohen-Tanugi.
EuroMonde 2015 : la feuille de route de l’Europe ?
Cette Stratégie EuroMonde 2015 « pourrait constituer la feuille de route principale de l’Europe dans le domaine économique et social (…) pour la première moitié de la décennie 2010 », conclut le rapport.
Une ambition qui peut paraître démesurée, de la part d’un pays qui n’a rien d’exemplaire au regard des objectifs de Lisbonne. « La France propose à ses partenaires européens des pistes de réflexion pour un travail qui sera collectif. On ne vient pas donner des leçons », assure Christine Lagarde.
« Nous faisons partie des mauvais élèves, nous avons beaucoup de retard à rattraper », reconnaît Laurent Cohen-Tanugi, qui constate par exemple que, en matière de R&D, « nous sommes encore loin des 3 % du PIB, et nous avons même tendance à perdre du terrain. Si nous atteignons les 3 %, ce sera déjà bien. »
La preuve que l’agenda de Lisbonne est toujours d’actualité, et sans doute pour longtemps encore.
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