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Denrées alimentaires : Petits meurtres entre amis sur fond de crise mondiale

par Alain Genestine 7 Avril 2008, 19:50 Ecologie-Environnement

L’envol des prix des produits céréaliers et laitiers est en passe de provoquer une crise alimentaire mondiale, selon les Nations unies, et les premières victimes seront les populations pauvres de la planète. L’Europe et la France ne sont pas épargnées d’autant que dans l’Hexagone, la grande distribution est clouée au pilori par l’Institut national de la Consommation, qui l’accuse de forcer le trait en pratiquant des prix élevés de façon injustifiée. Le gouvernement a très promptement annoncé des mesures dont on peut soupçonner qu’elles servent avant tout des fins politiciennes tandis que les instances européennes demeurent en retrait. Les associations, elles, s’interrogent sur la situation de quasi-monopole des grandes enseignes sur des territoires donnés.

http://news-service.stanford.edu/news/2007/march21/gifs/crops_wheat.jpg

Le programme alimentaire mondial orchestré par l’Organisation des Nations unies(ONU) a tiré la sonnette d’alarme devant l’escalade du prix des céréales et du lait en particulier, qui réduit comme une peau de chagrin son budget dont la mission est de nourrir les populations les plus pauvres du globe soit 73 millions de personnes. La raison : des cours de matières premières soutenus par la demande des pays émergents ( Chine, Inde...) qui mangent de plus en plus de viande ce qui exige une grande quantité de grain pour nourrir le bétail. Un phénomène qui s’additionne à l’expansion de la culture à destination des biocarburants sur les surfaces agricoles, aux aléas climatiques et au prix élevé du baril de pétrôle, ingrédient nécessaire à l’acheminement des denrées et qui a touché la barre des 102 dollars, ces derniers jours. 

L’Europe, et donc la France ne sont pas épargnés par ce phénomène. Dans l’hexagone, c’est la publication 60 millions de consommateurs de l’Institut national de la consommation qui a mis le feu au poudre. En relevant sur internet 1055 références de produits proposées par 5 magasins, les auteurs de l’étude notent des augmentations allant jusqu’à 48% au mois de janvier. Le yaourt, le lait, le beurre, les pâtes, le jambon gagnent la palme des augmentations les plus vertigineuses. Mais plus que le cours des matières premières, ce sont les industriels et les distributeurs qui sont accusés de profiter de la situation, voire de " racketer " producteurs et consommateurs.

Des mesures rapides

Le gouvernement s’est indigné et empressé d’annoncer trois mesures d’urgence en reprenant (trop) allègrement les chiffres de 60 millions de consommateurs. Au menu : la vérification des prix par l’administration, des opérations " coup de poings " réalisés par le Ministère des Finances chez les distributeurs et une place faite à la distribution au sein de la loi sur la modernisation de l’économie. L’occasion également pour Luc Chatel, le secrétaire d’Etat à la consommation de s’offusquer et de rappeler la future mise en application de " sa " loi sur le développement de la concurrence au service du consommateur, votée en décembre.

Or, si l’augmentation des prix alimentaires est manifeste, des faiblesses méthodologiques de l’étude de 60 millions de consommateurs sont pointées par certains (des prix relevés sur les sites des enseignes, calcul partiel de l’inflation de prix). Les chiffres avancés sont pas en adéquation avec de ceux de l’Insee, qui a bien relevé une augmentation des prix, mais de seulement 4,2% par rapport au mois de janvier 2007. Le coup de semonces de 60 millions de consommateurs apparaît à certains comme la stratégie politique d’un gouvernement empêtré dans la question du pouvoir d’achat.

Indécision ou observation européenne ?

A Bruxelles, on reconnaît du bout des lèvres une augmentation des prix "dans les supermarchés " européens en écartant la thèse des matières premières qui ne représentent que " 5% du prix total ", selon les propos du porte-parole de la Commission chargé des questions agricoles, Michael Mann, rapportés par l’AFP. A proprement parler, l’Union européenne laisse aux états le soin d’apporter des solutions, estimant avoir fait ce qui était en son pouvoir pour fluidifier les marchés céréalier et laitier, il y a quelques mois ( fin de l’obligation de jachère céréalière, augmentation de quotas laitiers et abaissement des droits de douane à l’importation de produits céréaliers...).

Des solutions que les associations de défense des droits des consommateurs voient plus dans la réforme de la loi Raffarin qui régit l’implantation des grandes surfaces, que dans la mise en oeuvre de la loi Chatel sur la concurrence qui réintègre les marges arrières des distributeurs dans la facturation aux fournisseurs dans le but de faire baisser les prix : " Les distributeurs se sont partagés le territoire ", conclut Julien Dourgnon de l’UFC-Que choisir.

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