C’est d’une main tremblante, le souffle court, que Xavier Darcos a signé les nouveaux programmes du primaire.
Sous le titre, il a pris le soin d’écrire en grand « PROJET SOUMIS A CONSULTATION ».
Consultation de qui ? Pas des parents, dont les enfants auront à suivre ces programmes, mais des dirigeants syndicaux de l’Education nationale, qui font la loi dans
nos écoles et qui sont les vrais patrons au ministère.
Ceux-ci, qui vont être consultés pendant tout le mois, ont déjà exprimé leur intention de « revoir profondément [le] projet » dans un communiqué de presse commun émis le 6 mars 2008. Ils
affichent leur hostilité à ces nouveaux programmes qui, selon eux, « tournent le dos » aux programmes de 2002 rédigés sous Jack Lang, ministre de l’Education de 1999 à 2002.
De plus, un des principaux syndicats, le SE-UNSA, diffuse dans toutes les écoles primaires une brochure destinée à « attirer l'attention des collègues sur les points qui font clivage », comprenez, dresser les enseignants contre le projet.
Pourquoi cette volonté d’en découdre ?
Vu de l’extérieur, le ministre paraît enfoncer des portes ouvertes. Son projet parle « d’inculquer aux élèves du primaire les enseignements fondamentaux (lire, écrire et compter) ». Il insiste sur la connaissance de la grammaire, l’importance de la dictée et celle du calcul mental. En histoire, il précise que la chronologie doit être respectée.
Il prend de plus soin d’éviter les sujets qui fâchent :
• En matière d’apprentissage de la lecture, Xavier Darcos laisse aux enseignants le choix de la méthode, et n’interdit pas les méthodes globales, qui génère pourtant un
échec scolaire massif ;
• Il renforce les enseignements gadget comme l’histoire des arts, le développement durable, et la pratique obligatoire d’une langue étrangère, qui empièteront sur les matières principales,
mais qui font plaisir aux partisans de l’école « ouverte », « lieu de vie tourné sur le monde ».
En évoquant ces nouveaux programmes au cours de sa conférence de presse du 20 février 2008, Xavier Darcos a déclaré : « Si je voulais être jugé sur quelque chose, je voudrais qu’on mette sur mon bulletin de notes : "Il a fait quelque chose pour la justice sociale". »
Comment ces discours pourraient-ils déplaire aux syndicats d’instituteurs ?
La réalité, c’est que notre système scolaire est aux mains de factions rivales en lutte permanente pour maintenir ou accroître leur pouvoir. L’intérêt des élèves, et l’intérêt général du pays, n’ont aucune importance à leurs yeux. Ce qui compte, c’est d’empêcher le pouvoir politique, incarné par le ministre, de reprendre la main sur cette machine qui pèse 1 350 000 fonctionnaires et 120 milliards d’euros par an. Toute tentative de la part du ministre de s’ingérer dans le système scolaire entraîne donc des réactions violentes, où les syndicats font feu de tout bois pour trouver des prétextes à mobiliser leurs militants pour s’opposer, et déstabiliser le ministre.
C’est pourquoi les membres de SOS Education appellent le ministre de l’Education Xavier Darcos à s’attaquer d’abord au pouvoir des syndicats enseignants, en réduisant les subventions qu’il leur verse et les mises à disposition de personnel gratuit (environ 8000 enseignants sont concernés, par le mécanisme des décharges syndicales). Le pouvoir des patrons des syndicats, qui reposera alors uniquement sur les cotisations de leurs membres, sera alors enfin ramené à des dimensions proportionnelles à leur représentativité réelle. C’est le point de départ indispensable pour reprendre le contrôle sur le système scolaire, et mener des réformes conformes à la volonté de la majorité des parents et des professeurs du terrain.
En dehors de cette stratégie, les efforts de Xavier Darcos pour se montrer « diplomate » ne serviront à rien, aussi timorées que puissent être ses tentatives de réforme.
L’affaire des « nouveaux programmes du primaire » le prouve une nouvelle fois.
Par Isabelle Hannart d'SOS éduc
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