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Russie, le Service de sécurité fédérale

par AL de Bx 7 Octobre 2010, 08:25 International

La mutation des services secrets russes

Il est aujourd’hui évident que les services secrets russes des années 1990 et les agences de sécurité actuelles sont très différents. Même si tout le monde ne suit pas l’évolution des services secrets et la place qu’occupent de plus en plus ses membres dans l’appareil gouvernemental, cela peut largement se constater sur un écran de télévision ! En effet, il y a sept ou huit ans, il n’aurait pas été concevable qu’une émission de télévision d’une des chaines russes les plus regardées célèbre l’anniversaire d’Andropov et la remise d’un prix du KGB aux meilleurs travaux relatifs à des officiels des services de sécurité...

Cette analyse très complète d’Agentura.ru fait le point sur l’évolution récente des services secrets russes.

ARTICLE UNIQUEMENT DISPONIBLE EN ANGLAIS VIA LE LIEN CI-CONTRE: Initialement publié par Agentura.ru.

 


Le président russe Vladimir Poutine en visite au nouveau siège du service de renseignement militaire russe GRU (photo : ITAR-TASS)

 

 

 

Après dix ans d’enquête, les journalistes Andrei Soldatov et Irina Borogan publient un livre sur le Service de sécurité fédérale. Ils affirment que le puissant service secret russe «est devenu une entité complètement opaque et impénétrable»

 

(JPEG)
Andrei Soldatov


En 2008, Andrei Soldatov et Irina Borogan avaient été licenciés de Novaïa Gazeta après avoir écrit un article sur le lieutenant-colonel du Service de sécurité fédérale (FSB) soupçonné de complicité dans l’assassinat de leur collègue Anna Politkovskaïa le 7 octobre 2006. Aujourd’hui, ils publient The New Nobility, un ouvrage en anglais où ils affirment que le FSB est devenu incontrôlable depuis que Vladimir Poutine, qui l’a dirigé avant son élection à la présidence en 2000, a concentré entre les mains du Service tous les pouvoirs. Ils accusent le FSB de restreindre l’espace public, entraver le travail des journalistes – 17 ont été tués depuis 2000 –, des ONG, des syndicats et des opposants politiques. Les nouveaux espions réprimeraient brutalement toute personne soupçonnée de terrorisme et seraient même autorisés à commettre des assassinats à l’étranger. Contacté par téléphone à Moscou, Andrei Soldatov nous révèle les dessous d’une enquête longue et difficile.

 

http://www.foreignpolicy.com/files/fp_uploaded_images/100916_3Books%20for%20FP.jpg

 

Le FSB est pire que le KGB. Pourquoi?
– Il y a quelques similitudes, mais le KGB, aussi puissant fût-il, était au moins sous la coupe du Parti communiste.
Lorsque le système soviétique s’est effondré, en 1991, Boris Eltsine a créé plusieurs services censés se surveiller les uns les autres, dont le FSB en 1995. Mais Poutine, en faisant du FSB le principal service secret de Russie et en y absorbant certains anciens compétiteurs, a détruit ce système de contrôles réciproques.


Aujourd’hui, le FSB est le plus grand service de renseignement et il jouit d’une liberté illimitée: il ne rend de comptes ni au parti, ni à d’autres agences d’intelligence, ni au parlement, ni à l’opinion publique et très difficilement au Kremlin, faute de mécanismes appropriés. Il est devenu une entité complètement opaque et impénétrable.


Une autre différence de taille réside dans le fait qu’à l’époque soviétique il n’y avait pratiquement pas de terroristes en Russie, tandis que le FSB doit faire face à de nouveaux défis. Il a adopté des techniques très brutales – disparitions forcées, assassinats –, incompatibles avec un Etat de droit.


Une idée de son budget?
– Non, c’est un secret d’Etat. On ne connaît pas non plus le nombre de ses employés, même si certains parlent de 200 000 personnes. Mais ce ne sont que des estimations, il n’y a aucune information confirmée.


L’influence du FSB sur la vie publique russe?
– Il a surtout changé la culture politique en Russie. L’Etat est devenu plus suspicieux. Si vous posez une question à un fonctionnaire, au lieu de répondre il va chercher à savoir ce qu’elle cache et si vous travaillez pour des puissances étrangères. Cela empêche toute discussion publique.


– Vous affirmez aussi que la définition «d’extrémiste» est devenue très large et ambiguë
– En effet. Même quand il n’y a pas de délit, le Kremlin, le Ministère de l’intérieur et le FSB adoptent des «mesures préventives» pour le prévenir. Le FSB essaye d’empêcher les gens de parler et leur fait des procès d’intention très pernicieux. Quand on enquête sur un crime, on cherche celui qui l’a commis. Mais quand il n’y a pas de crime, il faut identifier ceux qui pourraient le commettre en dressant une liste noire des fauteurs potentiels de troubles: les syndicalistes, certaines organisations religieuses, les blogeurs, les mouvements de jeunes qui pourraient organiser des manifestations de rue.


– Les journalistes aussi?
– Ils ne figurent pas ouvertement sur cette liste noire, mais c’est possible.


 La relation entre le FSB et l’Eglise orthodoxe?
– Pendant l’époque soviétique l’Eglise a été réprimée très durement par le KGB et il est d’autant plus étonnant de voir qu’aujourd’hui elle est si proche des espions. Cela s’explique par une idéologie semblable:
l’idée que la Russie est un pays unique, la troisième Rome, après Rome et Constantinople, et qu’elle est entourée d’ennemis. En 2000, le FSB a expulsé cinq prêtres catholiques accusés de prosélytisme.


– Le FSB a-t-il mis aussi la main sur l’économie russe?
– Les agents du FSB sont corrompus et l’Etat leur a distribué, avec largesse, des terres et des voitures. Mais son influence sur l’économie reste limitée. […] Le FSB est bêtement le serviteur de l’Etat moderne, des oligarques qui s’en servent pour abattre leurs concurrents.


– Dans la lutte contre le terrorisme, le FSB collabore-t-il avec les pays voisins?
– Le Kremlin maintient des relations très étroites avec les anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale, craignant aussi que les Etats-Unis ne profitent de leur présence en Afghanistan pour étendre leur influence au reste de la région. Dans les années 90, la Russie a servi de refuge à beaucoup d’opposants politiques à ces régimes autoritaires. Mais aujourd’hui ils sont devenus une monnaie d’échange: ces pays veulent récupérer leurs réfugiés et la Russie ses dissidents.


Vous affirmez que le FSB est habilité à commettre des assassinats politiques à l’étranger. Pouvez-vous donner des exemples?
– En 2006, le parlement a autorisé le FSB à mener des opérations spéciales à l’étranger, mais le premier cas remonte à 2004 déjà: l’assassinat du commandant tchétchène Yandarbiyev au Qatar. Ce meurtre a été soutenu par le Kremlin et, il faut le reconnaître, salué par l’opinion publique, qui y a vu la preuve de notre force.


Après cela, trois Tchétchènes ont été tués à Istanbul, un en Abkhazie et deux en Azerbaïdjan.


Source IHEDN

MENACES
«Le FSB est plus dangereux que le KGB»
Source journal ou site Internet : Info Sud Le Temps
Date : 6 octobre 2010
Auteur : Isolda Agazzui

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