La Russie connaît un nombre croissant d'actes xénophobes et racistes. Récemment, plusieurs villes ont été le théâtre de pogroms anti-Causasiens. Alors que se profilent des échéances électorales, cette résurgence de l'ultra- nationalisme a de quoi inquiéter.
Alors que la Russie entre en période électorale avec les élections à la Douma, en novembre, et la présidentielle, en
avril 2012, la montée des pulsions xénophobes et racistes entretenues par les mouvements nationalistes et qui va, à coup sûr, être exploitée par les
différents partis en campagne, constitue un danger réel pour l'avenir du pays. La Fédération de Russie n'a pas de parti nationaliste. Le Parti national libéral de Vladimir Jirinovski, qui fait dans l'anti-occidentalisme et le populisme primaire, a été créé
en 1991 par le KGB pour tenter, avec l'aide de cette «pseudo-opposition de droite», de canaliser à la fois les mécontentements et les pulsions
nationalistes.

Cyber-nationalisme
Cette initiative n'a pas empêché la constitution d'un mouvement nationaliste, qui compte plusieurs milliers - 40.000 selon une
source du FSB (Service fédéral de sécurité) qui désire demeurer dans l'anonymat - de groupuscules proférant une idéologie nationaliste, voire
nationale-socialiste. Ces formations, constituées de quatre ou cinq personnes, sont autonomes, sans autorité supérieure et professent une idéologie
ultranationaliste, voire pour certains ouvertement fascisante. Leurs membres vivent dans la clandestinité parfois complètement
coupés de leur famille, communiquant entre eux sur internet ou par SMS. Ils n'ont pas d'état d'âme, bien entraînés, souvent armés, et décidés à en découdre
avec «les ennemis de la nation russe».
Le mouvement nationaliste n'est pas homogène, loin s'en faut, il compte dans ses rangs des personnes très différentes :
skinheads, anciens criminels reconvertis, chrétiens orthodoxes, athées et même des groupuscules qui se réclament ouvertement du paganisme estimant que le
«christianisme et la religion juive ont détruit la force du peuple russe en y introduisant des éléments qui lui étaient étrangers et en particulier la
compassion».
Une autre vision de l'Histoire
Reste que, pour le moment, ces différences passent au second plan, «certes, il existe de nombreuses différences entre nous,
mais ce qui nous unit est beaucoup plus fort que ce qui nous divise. Nous en avons assez d'être considérés comme des citoyens de seconde zone dans notre
propre pays et d'être les cibles de terroristes que nous subventionnons», résume Igor avant d'ajouter : «Il faut renvoyer chez eux tous les
émigrés en situation irrégulière dans leur pays d'origine et instituer un système de visas avec les pays de l'ex- Union
soviétique.» Oleg, lui, revient sur l'Histoire qu'il interprète à sa façon : «La révolution a été faite par des étrangers, juifs, baltes, polonais, ils ont
tué le tsar russe et ont mis leurs hommes à la place des nôtres... et le comble, c'est que nous sommes toujours dans ce schéma.»
«La Russie pour les Russes»
Les pogroms anti-Caucasiens qui se sont produits le 11 décembre à Moscou et dans plusieurs autres grandes villes, à la suite
du meurtre d'un jeune supporter du club Spartak par les Daghestanais, témoignent du haut degré de préparation des nationalistes et de la redoutable
efficacité de leur propagande et de leurs méthodes ; en moins de deux heures, dix à quinze mille jeunes, hurlant des slogans fascistes, se sont retrouvés sur
la place du Manège, située à deux pas du Kremlin. Des jeunes Kirghizes, qui se trouvaient sur la place pour déblayer la
neige, ont été sauvagement tabassés sous les yeux de la police. Quant à la population, elle soutient les revendications des nationalistes même si elle
n'approuve pas toujours leurs méthodes, selon un sondage de l'institut Levada, effectué avant l'attentat de Domodedovo, 55 % des personnes interrogées
ont répondu qu'elles étaient d'accord avec le slogan «La Russie pour les Russes».
Le DPNI, un parti néo-nazi sans complexes
Mouvement-phare du nationalisme russe, le Parti contre l'émigration clandestine (en russe DPNI) qui s'est illustré pendant les
émeutes du 11 décembre sur la place du Manège à Moscou, est une organisation néonazie.
Son idéologie s'apparente à celle du troisième Reich adaptée à la situation de la Russie actuelle.
1.600 membres actifs
Créé en 2002, à Moscou, par une poignée d'activistes, le parti compte à l'heure actuelle 1.600 membres actifs, en majorité des
hommes âgés de 18 à 50 ans recrutés par les activistes et sur internet. Son fondateur, Alexandre Belov-Potkine, est un ancien dirigeant de «Pamiat»,
association ultra-orthodoxe inspirée dans les années 90 par le KGB pour contrôler les mouvances religieuses. Par ailleurs, selon le site
«kompromat.ru», généralement très bien informé, Alexandre Belov-Potkine aurait été très proche du Kremlin au moment de la fondation de son parti... Contrairement à l'autre parti ultranationaliste, «l'Union slave», le DPNI n'est pas seulement une organisation
paramilitaire. Si les deux organisations se préparent «pour un scénario à l'égyptienne» que le président du DPNI, Vladimir Ermolaev, juge «inévitable», le
DPNI mène également le combat sur le plan politique et ne néglige pas l'aspect social en apportant une aide tant juridique que matérielle aux Russes victimes des violences perpétrées par les Caucasiens.
Des symboles hitlériens
Le DPNI emploie, sans état d'âme, la symbolique nazie. «Hitler n'a pas fait que du mal, il a rendu à l'Allemagne humiliée par
les forces alliées et le Traité de Versailles (1919) son honneur et sa grandeur, nous voulons faire la même chose pour la Russie, c'est la raison de notre
attachement à ces symboles», déclare Vladimir Ermolaev, probablement victime d'amnésie sélective. Et d'ajouter : «Si le gouvernement faisait ce
qu'il doit pour le pays, nous n'aurions pas besoin d'avoir recours à des symboles appartenant à d'autres nations.» En ce qui
concerne la «gangrène caucasienne» qui, selon lui, commence lentement à pourrir le reste du pays, le DPNI se prononce pour une thérapie de choc : l'abandon
pur et simple des six petites républiques du Caucase qu'il ressent comme un «nid de terroristes» et «un puits sans fond sur le plan financier». «La Russie a très bien vécu sans le Caucase. La région a été conquise par l'armée impériale avec de grandes difficultés au
XIXe siècle, à la suite d'une guerre sanglante», déclare le président du DPNI, qui veut ignorer les conséquences géopolitiques que l'abandon du Caucase ne
manquerait pas d'avoir non seulement pour la Russie mais pour la stabilité de l'ensemble de la région.
Russie - la dangereuse montée du nationalisme
Source, journal ou site Internet : Le télégramme
Date : 6 février 2011
Auteur : Nathalie Ouvaroff
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