L’affaire de la taxe avortée sur l’EBE est révélatrice d’une évolution inquiétante : la matière grise manque de plus en plus à une administration dont les élites se détournent. Il faut remettre de l’intelligence dans l’Etat.
La France n’est ni l’Italie ni les Etats-Unis, il faut que l’Etat y fonctionne, y fonctionne bien et même très bien. Les pouvoirs publics sont si lourds, représentant plus de la moitié du PIB, si omniprésents avec des milliers de bureaux qui doivent donner leur coup de tampon sur la moindre initiative, mais aussi si intimement inscrits dans l’identité nationale, que la France ne sait tout simplement pas être sans son Etat.
Question d’histoire ancienne, question d’ADN. Or cet Etat s’est considérablement dégradé depuis vingt ans. Cela s’observe chaque semaine à mille endroits.

A la SNCF-RFF, naguère machine si bien huilée, qui laisse se dégrader ses rails, ce qui est mortel, mais surtout qui n’a plus les dispositifs internes de remontée de l’information.
A l’Education nationale, où passe comme sur les plumes d’un canard les résultats honteux d’une enquête de l’OCDE qui montre que 21,6 % des Français adultes ne maîtrisent pas l’écrit et 28 % les chiffres.
Rendez-vous compte, le pays de Voltaire et de Cédric Villani (médaille Fields) obtient les pires scores des pays développés, ne faisant mieux, à peine, que l’Espagne, l’Italie (pour la langue) et les Etats-Unis (pour les maths). Et personne ne dit rien.
Les Français ne remercient pas leur Éducation nationale...
L'OCDE publie pour la première fois une vaste étude sur le niveau de compétences des adultes dans 24 pays, sur leurs capacités à exploiter de l'information
écrite et chiffrée. Les Français se retrouvent en bas du classement, les Japonais sont les premiers de la classe :
http://www.lefigaro.fr/conjoncture/20...
L’affaire de la taxe sur l’excédent brut d’exploitation (EBE) que le gouvernement a fini in extremis par arrêter en vol est éclairante de ce pourrissement étatique.
Comment se fait-il qu’une idiote initiative, dont n’importe quel chef d’entreprise vous dira qu’elle pénalise forcément l’investissement, soit née puis qu’elle se soit développée au point de devenir possible ?
Le ministère des Finances que, naguère, rêvaient d’intégrer la crème de la crème de nos étudiants, énarques et polytechniciens, reste malgré tout l’administration la plus huppée. On devrait y trouver des intelligences capables de voir l’idiotie et de la dire.
Par Prof Kuing Yaman:
Voilà, on y est : l'État français envisage de taxer l'épargne à 15,5% et ce rétroactivement (!), c'est la dernière idée proposée en conseil des ministres pour la
loi de finance de la Sécurité sociale
Le gouvernement est complètement mort de soif et en France le politique ne sait pas faire autrement qu'avec des taxes et des impôts.
Le seul endroit qu'il lui reste pour spolier le peuple, c'est l'épargne.
Nicolas Doze.
Détails par l'IREF :
http://fr.irefeurope.org/Plan-d-Eparg...
Eh bien non. Silence là encore. Personne ne se sent responsable ni dans l’administration ni dans les cabinets des trop nombreux ministres.
Pourquoi ?
Pourquoi l’Etat français devient-il le plus bête du monde ?
L'État veut taxer rétroactivement à 15,5% l'épargne longue des Français.
C'est la rupture du contrat de confiance entre l'État français et les épargnants.
Nicolas Doze.
Détails par l'IREF :
http://fr.irefeurope.org/Plan-d-Eparg...
Dans l’attente d’études sans concession sur cette question existentielle pour le pays, on peut émettre quelques hypothèses. La première est, si je puis dire, constitutive à l’esprit administratif obéissant. Il faut des sous ! A Bercy, chacun est mobilisé à cette urgence nationale de rétablir des comptes dans le rouge depuis quarante ans. Et chaque bureau de faire preuve de zèle, l’impératif budgétaire écrase tout, jusqu’au bon sens. A l’examen, j’écarte pourtant cette hypothèse de l’aveugle obéissance. Il y a forcément eu quelqu’un à Bercy qui a pointé la bêtise.
Bilan perdant-perdant : moins d'emplois et moins de cotisations dans les caisses de l'État, Bercy découvre la courbe de Laffer.
Emmanuel Lechypre.
Mais alors ? Alors, ces esprits lucides sont devenus rares. Nous entrons dans le cœur du drame. L’Etat français n’accueille plus la crème de la crème, les meilleurs élèves de la République vont dans les groupes du CAC40, où les rémunérations sont devenues sans commune mesure. Il faut une abnégation admirable pour rester au service du bien commun. Naturellement, les vocations s’évanouissent. A cela s’ajoute que, comme le pantouflage est devenu le seul but, les hauts fonctionnaires sont tentés de perdre leur indépendance d’esprit. A mal rémunérer, l’Etat perd ses meilleurs officiers et déprave leur amour de la patrie.

A cette rareté des Delouvrier, Nora, Camdessus, Trichet (heureusement, il en reste quelques-uns, Musca, Fernandez, Macron) s’ajoute une évolution catastrophique du rapport entre l’administration et la politique qui remonte à Pierre Bérégovoy. Le Parti socialiste, à partir de 1993, a attribué la défaite de la gauche à la soumission de Bérégovoy, ministre des Finances puis Premier ministre, à son administration qui l’a poussé vers une politique orthodoxe et vers la libéralisation des marchés financiers. La politique, disent les socialistes unanimes, doit s’imposer à l’administration. Ce fut fait par la suite. Mais c’était casser cette subtile alchimie française née sous les rois et leurs intendants qui faisait de ces derniers des réformateurs proposant. La France doit en vérité autant, sinon plus, à Colbert et Vauban qu’aux Capet. A partir de 1993, la relation est dégradée : le fonctionnaire n’a plus qu’à obéir, il est sommé de garder ses idées pour lui. C’est aux politiques d’en avoir, des idées.

Or, deuxième marche de la dégradation, non seulement les politiques n’ont plus d’idées nationales ou européennes (ils sont des élus locaux, ils ne travaillent pas, ils ne voyagent pas hors de France), mais leurs entourages non plus. C’est là l’évolution de l’Etat la plus dommageable, sous la gauche mais la droite la copie sur ce sujet comme sur tant d’autres : les cabinets ministériels sont emplis d’attachés parlementaires, d’anciens apparatchik d’organisations étudiantes ou syndicales, de ces militants professionnels carriéristes, bref de membres des « staffs », à l’américaine. La vérité oblige à dire qu’on a remplacé, au cœur du pouvoir, les énarques par ceux qui ont raté l’ENA. Voilà pourquoi votre fille est muette.
On aura compris que si la taxe sur l’EBE a fini par rencontrer la colère du patronat, c’est, si l’on peut dire, par coup de chance, parce que le président de la République a compris que l’investissement est en panne, bref, c’est depuis le champ politique que le scud a été tiré et non pas depuis la machine d’Etat.

Celle-ci continue au contraire de se dégrader sous les tirs anti-élitistes de la classe politique tout entière, écoutez Sarkozy, écoutez Montebourg, écoutez Le Pen.
Les intelligences huées n’ont plus qu’à fuir l’Etat.
Écrit par ERIC LE BOUCHER
Editorialiste
eleboucher@lesechos.fr
Source:
C’est une première mondiale ! Personne n’avait jamais imaginé auparavant une telle ineptie.
Cet impôt, ramené finalement au taux symbolique de 1 %, pénalise les entreprises qui investissent, donc créatrices de valeur. C’est très exactement le contraire de ce qu’il aurait fallu faire.
Pourtant, tout est simple : les bénéfices d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois de demain, dixit l’ancien chancelier socialiste Helmut Schmidt.
Ce détail montre une fois de plus que l’écart est gigantesque entre les mentalités dominantes en Allemagne et en France qui demeure profondément marxiste en ce XXI° siècle !
Logiquement, les entreprises ont intérêt à maximiser leur E.B.E. (l’excédent brut d’exploitation) pour pouvoir supporter les amortissements et les charges financières de leurs investissements.
En les pénalisant à ce niveau, cet impôt nouveau est le pire message envoyé aux innovateurs. Les ignares qui gouvernent en France ignorent manifestement que la croissance dépend d’abord et avant tout des gains de productivité qui dépendent à leur tour en grande partie des innovations.
Impôt létal sur l’EBE : calculs…
Le nouvel impôt sur l’EBE, inadmissible sur le plan des principes, est absolument catastrophique pour les entreprises comme le montre un petit calcul prévisionnel sur un exemple type…
Pour simplifier, prenons le cas d’une entreprise ayant un chiffre d’affaires de 100, milliers, millions ou milliards d’euros, peu importe.
Supposons, toujours pour simplifier, que l’EBE de cette entreprise innovante se monte à 20.
Elle devra payer ce nouvel impôt sur l’EBE de 1 % sur 20, soit 0,2 ce qui ne fait pas grand-chose d’après tous les hommes politiques (au pouvoir ou dans l’opposition, la différence étant négligeable pour ces problèmes fiscaux).
Prenons le cas d’un résultat net avant impôt de 6, chiffre a priori dans la moyenne des entreprises françaises (le résultat net par rapport au chiffre d’affaires est de l’ordre de 3 à 5 %).
Le taux d’impôt sur les bénéfices des sociétés, actuellement de 34,43 % avec la CSG, condamne l’entreprise à payer 2,0658 à ce titre, auquel il faudra ajouter dorénavant le nouvel impôt sur l’EBE de 0,2 soit un total de 2,2658… ce qui représente un taux d’imposition réel (par rapport au bénéfice avant impôts de 6) de… 37,7633 % !
Helmut Schmidt avait fort justement dit que les bénéfices d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain.
Cet impôt sur l’EBE est le meilleur moyen pour couler le plus possible d’entreprises, d’accentuer la crise et le chômage.
Par jp-chevallier
Qu'est ce que l'excédent brut d'exploitation - EBE ?
|
L'excédent brut d'exploitation (EBE) d'une entreprise, également nommé bénéfice brut d'exploitation (en anglais GOP, gross operating profit, ou EBITDA), est la ressource d'exploitation (après paiement des charges de personnel mais avant amortissement) dégagée au cours d'une période par l'activité principale de l'entreprise. C'est la marge bénéficiaire, appelée aussi marge opérationnelle. Ce terme est utilisé en comptabilité privée mais aussi en comptabilité nationale, où il s'applique à tous les secteurs institutionnels résidents.
L'excédent Brut d'exploitation (EBE) représente donc un résultat économique de l'entreprise qui ne tient compte ni de la manière dont l'entreprise est financée, ni de sa politique d'amortissement, ni des éléments exceptionnels de son activité. On peut ainsi évaluer la performance industrielle et commerciale de l'entreprise. Il permet donc d'obtenir des informations importantes sur la rentabilité économique de votre entreprise et la maîtrise des coûts.
Pour l’évaluer, il suffit de se rapporter au tableau des Soldes Intermédiaires de Gestion (SIG) ci-après :
Tableau des Soldes Intermédiaires de Gestion |
|
Ventes de marchandises et de services |
|
-Coût d'achat des marchandises vendues |
|
Production vendue |
|
+Production immobilisée |
|
+ ou - Production stockée |
|
= Production de l'exercice |
|
Production de l'exercice |
|
+Marge commerciale |
|
-Consommations de l'exercice en provenance de tiers |
|
= Valeur ajoutée (VA) |
|
VA |
|
+Subventions d'exploitation |
|
-Charges du personnel (Salaires & cotisations sociales) |
|
-Impôts, taxes et versements assimilés |
|
= Excédent Brut d'Exploitation (EBE) |
|
EBE |
|
+Autres produits d'exploitation |
|
-Autres charges d'exploitation |
|
+Reprise sur amortissements et provisions d'exploitation |
|
+Transferts de charges d'exploitation |
|
-Dotations aux amortissements et provisions d'exploitation |
|
Produits financiers |
|
-Charges financières |
|
Résultat d'exploitation |
|
+Résultat financier |
|
= Résultat Courant Avant Impôt (RCAI) |
|
Produits exceptionnels |
|
-Charges exceptionnelles |
|
RCAI |
|
+Résultat exceptionnel |
|
-Impôt sur les bénéfices (Impôt sur les sociétés en France) |
|
-Participation salariale |
|
= Résultat net de l'Exercice |
Publié par medisma
Source:
/image%2F0991260%2F20140929%2Fob_35568a_bwnnx24iqaa50bf.jpg)


Haut de page