par Gabriel de Broglie, chancelier de l’Institut de France, de l’Académie française
16 mars 2010
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La mondialisation génère chez les Français, de la crainte pour la France et leur situation. Ils ont tort. Il a existé d’autres moments dans l’Histoire de mondialisation (que l’on pense à Rome). Le développement d’une langue n’est pas seulement fonction de la puissance politique, militaire et économique de ceux qui la parlent. Certes, les grandes langues sont liées à l’empire mais une domination linguistique ne s’établit jamais d’elle-même. Elle est le résultat d’une volonté linguistique politique. Celle des Etats-Unis, par exemple, est très volontaire.
Est-ce que, dans la mondialisation qui donnerait à ce "néocolonialisme" (ou impérialisme linguistique) des moyens de développement de propagande, de séduction, l’anglo-américain se substituerait aux langues à vocation universelle du 19è siècle ?
Pour Gabriel de Broglie, la réponse est non.
La langue d’usage, celle qui sert aux touristes et aux commerçants, est une langue pauvre (entre 200 et 500 mots) ; elle ne peut donc pas se substituer à une langue complète, nuancée,
précise.
Par ailleurs, l’anglais, mais aussi le français, l’espagnol, le portugais, le russe ou le chinois, sont des langues des "grandes nations" qui sont en progression numérique et ne dépérissent
pas.
Cependant le monde n’est pas en voie d’unité linguistique, chacun peut l’observer. Car les locuteurs restent attachés à leur langue respective.
Le français est la langue de 60 millions d’habitants et la France jouit d’une situation linguistique unifiée (mieux qu’il y a un siècle). Elle s’enrichit sans cesse, elle reste parlée par des élites internationales. Même si nous vivons dans la nostalgie du temps où le monde entier s’exprimait en français. La nostalgie, compréhensible, ne justifie aucunement le défaitisme.
Reste que le dynamisme d’une langue tient aussi à la démographie et que, de ce point de vue, la France n’est pas championne du monde...
Dans son intervention, le chancelier Gabriel de Broglie évoque également le rayonnement du français dans le monde et la qualité du multilinguisme (et la diversité linguistique de l’Union européenne). Au sein de l’Union, le français s’affirme comme la langue du droit en Europe, par sa capacité de précision, par la jurisprudence et par la codification (qui n’est pas concevable sans le secours des experts français).
Les nouvelles communications portent-elles atteintes à notre langue ? Certainement pas. Notre cinéma, très bien protégé, se trouve dans une situation confortable. Notre télévision s’exprime par des émissions produites dans notre langue nationale (ce qui n’est pas le cas dans tous les pays). L’informatique est une menace contre toutes les langues... pas spécialement pour le français. L’Internet risque d’être un outil de domination de la langue américaine ; cependant la place du français est en train de croître.
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