La chaîne de télévision Farsi1, qui émet depuis Dubaï, rencontre en Iran un succès qui commence à inquiéter sérieusement les autorités – même si elle propose des programmes de divertissement et non politiques.
Watch FARSI1 by satellite on Eutelsat W3A:
To watch FARSI1 by satellite, you need to set your satellite as follows:
| CURRENT STATUS | ACTIVE - NO KNOWN ISSUES | ||||
| Satellite: | Eutelsat W3A | ||||
| Frequency: | 10,721 MHz | ||||
| Polarity: | Horizontal | ||||
| Symbol Rate: | 22.000 Msymb/s | ||||
| FEC: | 3/4 (FEC was changed on 4 August 2010 from 1/2 to 3/4) | ||||
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Farsi1, diffusée depuis un peu plus d’un an, fait désormais partie du tissu social iranien, et ses émissions sont suivies avec assiduité dans tout le pays, jusque dans les villages les plus reculés.
Pendant le mois du ramadan, en septembre, lors des réunions de famille, on s’est souvent assis autour de la table pour rompre
le jeûne devant une télévision allumée sur Farsi1. Dans les magasins et les transports publics, on discute des derniers rebondissements survenus dans la
série américaine 24 heures chrono.
Second Chance, une série américaine tournée à Miami, fait un carton, si bien que certaines femmes se coiffent maintenant à la
façon de l’une de ses héroïnes. C’est que Farsi1, avec son cocktail de séries mélodramatiques, romantiques, policières et comiques, offre aux Iraniens une
plongée rare dans le quotidien d’autres pays du monde.
Les services de douanes iraniens font état depuis quelques mois d’une augmentation spectaculaire des saisies de récepteurs
satellites de contrebande – c’est dire la popularité de la chaîne. Car les paraboles et les récepteurs sont interdits en Iran, et quiconque a installé un de
ces appareils chez lui risque une amende.
Certains Iraniens émettent l’hypothèse que le gouvernement tolère Farsi1 parce que sa programmation essentiellement tournée
vers le divertissement est dépourvue de contestation politique et vient opportunément distraire les habitants des problèmes que connaît leur pays. Ce n’est
pourtant pas le cas, à en croire les nombreuses offensives lancées par diverses franges de l’establishment.
Pour certains responsables officiels, Farsi1 est la toute dernière arme des ennemis occidentaux de l’Iran dans cette guerre de la pensée qu’ils livrent pour saper la république islamique.
Au printemps dernier, le centre d’études stratégiques du Conseil de discernement de l’intérêt supérieur du régime a convoqué
une réunion visant à examiner les “objectifs secrets” des chaînes par satellite étrangères qui émettent en persan, et de Farsi1 en particulier. Cette
instance joue un rôle de conseil officieux auprès du chef suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, mais ne soutient pas le gouvernement du président,
Mahmoud Ahmadinejad. Lors de la réunion, les intervenants ont souligné “l’accueil extraordinaire” réservé à ces chaînes
de télévision par les téléspectateurs iraniens et ils s’en sont pris à la chaîne d’Etat iranienne, IRIB (Islamic Republic of Iran Broadcasting), accusée de
proposer des programmes tellement peu attrayants que les Iraniens se précipitent sur Farsi1.
Mohammad Taghi Rahbar, qui est à la tête du groupe religieux au Parlement iranien, accuse la chaîne de Dubaï de diffuser des
contenus qui “cherchent à souiller la pureté et la morale des familles, et à encourager les jeunes Iraniens à avoir des rapports sexuels et à boire
del’alcool”.
Pourtant, quoi qu’en pensent les autorités, l’immense majorité des téléspectateurs ne semble pas choquée par les programmes de
Farsi1.
Selon une enquête citée par Mohsen Banihashemi, expert en communication à l’université de l’IRIB, 94 % des téléspectateurs
iraniens de Farsi1 ne pensent pas que ses programmes font l’apologie de comportements immoraux.
Sa prédilection pour le pur divertissement semble avoir donné l’avantage à Farsi1 sur ses concurrentes, y compris sur la BBC en persan, lancée début 2009.
Si les autorités de Téhéran désapprouvent Farsi1, elles n’ont pas encore trouvé le moyen de limiter son influence. Brouiller
les transmissions satellites et confisquer les paraboles sont les solutions les plus évidentes, mais aucune n’a fait jusqu’ici la preuve de son efficacité.
L’IRIB a quant à elle opté pour une voie plus constructive : améliorer sa production pour la télévision en proposant tous les soirs une gamme de
séries qui empêchent les téléspectateurs de zapper.
REPÈRE La télévision en Iran
La chaîne Farsi1 est une filiale de Moby Group, un groupe de médias dirigé par la famille australienne d’origine afghane, les Mohseni. Le groupe possède également une chaîne
de
télévision appelée Tolo TV, qui remporte un grand succès en Afghanistan. La chaîne Farsi1
aurait quelque 35 millions de téléspectateurs en Iran, soit la moitié de la population. Son budget s’élèverait à 2,5
millions de dollars (1,7 million d’euros).
De son côté, la chaîne iranienne IRIB est richement dotée par le régime iranien, qui lui a versé l’an
dernier 480 millions de dollars (343 millions d’euros) de subventions, à quoi s’ajoutent 300 millions de dollars d’achats d’espaces publicitaires (214 millions d’euros).
Source IHEDN
ENJEUX DE LA DEFENSE - DOCTRINE - CONCEPTS - MISSIONS
Les Iraniens défient le pouvoir avec une chaîne de télé “ennemie”
Source journal ou site Internet : Mianeh
Date : 8 octobre 2010
Auteur : Sahar Namazikhah
Adressé par : JF Mazaleyrat
Voici une info du Monde: du blog d'Amin Arefi
Un journaliste indépendant aidé pour cet article par Néda
Les Mollahs n’en dorment plus la nuit… Prison Break, 24, X Files, How I met your mother et autre télénovelas ont débarqué en République islamique! Et pour tous ceux que la langue de Shakespeare rebute, sachez que tous ces programmes sont doublés en persan!
C’est la chaîne Farsi 1, créée cette année par le magnat australo-américain des médias Rupert Murdoch, et basée à Dubaï, qui a tenté l’audacieux pari de doubler en persan (farsi) toutes les plus grandes séries US. Un pari risqué, dans une République islamique officiellement hostile au “Grand Satan” et à sa culture symbole de “décadence et de corruption”. Eh bien un pari remporté haut à la main. En à peine quelques mois, Farsi 1 s’est invité chez la plupart des foyers iraniens, provocant une nouvelle Révolution dans le pays.
Il faut dire que les six chaînes de télévision d’Etat, avec leur lot d’émissions religieuses semblables à celles du dimanche matin sur France 2, présentées par des Mollahs ou des femmes Dark Vador peu glamour qui n’ont rien des présentatrices d’Itélé, qui vous disent comment vous habiller, penser, prier, vous marier, éduquer vos enfants, et même quand pleurer, ne sont pas là pour distraire un pays dont les trois quarts de la population a moins de trente ans…
Quant aux films qu’elles diffusent, ils ne demeurent guère passionnants. “Comédies spirituelles” (un nouveau genre 100% iranien), policiers européens des années 90 (cf Derrick et Navarro), films-documentaires ultra récents mais aussi ultra anti-américains (mention spéciale aux tout derniers brûlots de Michael Moore). Ou alors grands succès hollywoodiens, mais dans une version inédite (dépouillée de toute scène d’amour ou de baiser). Avez-vous par exemple déjà vu Titanic, de bout en bout, en une heure?
Sans oublier que depuis un an maintenant, la télévision d’Etat passe davantage son temps à discréditer les membres de l’opposition, pourtant tout autant fidèles du Régime que les plus conservateurs au pouvoir, en diffusant leurs vastes procès staliniens, ou alors en réalisant de coûteux reportages censés prouver que beaucoup de jeunes martyrs des émeutes post-électorales n’ont en réalité jamais existé, et que Neda Agha Soltan, cette jeune Iranienne abattue en pleine rue, a été tuée par les Anglais.
Mais ne vous en faites pas pour les Iraniens, trente et un ans de République islamique les ont rendus intelligents. En n’ayant d’autre choix que d’apprendre à contourner l’interdit. Si les antennes paraboliques sont officiellement interdites en Iran, elles sont pourtant légions. La plupart des Iraniens, riches ou pauvres, disposent d’une parabole et d’un terminal leur permettant d’avoir accès à toutes les chaînes européennes, américaines, arabes ou turques, y compris les chaînes « à la carte ».
Et ne vous inquiétez surtout pas pour la facture de fin de mois, ils disposent de tous les codes et ne paient strictement rien. En pole position des chaînes les plus regardées – cocorico ! –, notre Canal Sat à la carte français ! D’ailleurs, à mon arrivée à Téhéran, de nombreux journalistes m’annonçaient, en apprenant ma nationalité française :
— Dis donc, Armin, tu ne pourrais pas dire à tes compatriotes de diffuser leurs films « super » (films X en persan) un peu plus tôt ? Ça commence à nous embêter de devoir nous lever toutes les nuits à trois heures du matin et réveiller femmes et enfants (l’Iran a deux heures et demie d’avance sur la France).
Comme pour les “troupes de la morale” évoquées il y a quelques semaines, tous les ans, les autorités iraniennes surgissent, confisquent et réprimandent (amendes), avant que les paraboles ne reprennent le dessus dans les semaines qui suivent.
À tel point que les autorités iraniennes ne parviennent plus aujourd’hui à cacher le terrible succès de Farsi 1, mais comme d’habitude, celles-ci le tournent à leur avantage avec une petite pointe de philosophie “à l’Iranienne”:
Selon Ezatollah Zarghami, directeur de la télévision d’Etat “les sondages d’opinion montrent que beaucoup de téléspectateurs de Farsi 1 admettent que ses programmes sont corrompus(…) mais la raison pour laquelle les gens regardent cette chaîne est une autre question“.
Car les autorités du pays ont tout fait pour ôter des yeux de leur peuple le véritable cancer que représente Farsi 1, en émettant notamment de puissantes ondes cancérigènes censé brouiller le signal des chaînes (les Iraniens jurent d’ailleurs que dans certains quartiers, les ondes sont si puissantes qu’un poulet rôti cuirait sur le trottoir en à peine quelques minutes !). Mais comme d’habitude en Iran, le système D et la débrouillardise sont de mise.
“À chaque fois qu’ils émettent des ondes, Farsi 1 fournit une nouvelle fréquence satellite, que tout le pays s’échange par téléphone et email“, explique à Téhéran Negar*, spectatrice assidue de 27 ans, qui comme beaucoup d’Iraniens, se moquait tout d’abord de ces comédies à l’eau de rose, avant d’en devenir accro. “Sans compter que ceux qui n’ont pas de satellite ou ne parviennent pas à capter la nouvelle fréquence s’invitent chez leur famille ou leur voisin. C’est incroyable! C’est devenu un système d’entraide national“, ajoute la belle Iranienne.
Et comme en Occident, l’Iran aussi a trouvé son sexe-symbole. Et accrochez-vous, en tête de tous les suffrages n’arrive pas Michael Scofield, la star de Prison Break, mais un certain Mario Cimarro, alias Salvadore, brun ténébreux cubain aux cheveux longs et au corps nu velu, star de la télénovela “Body of Desire” (corps de désir), traduite …”Un autre voyage” en persan !
“Il est si beau gosse!”, s’extasie depuis Téhéran Negar. “Toutes les femmes d’Iran, dont ma mère, n’ont plus d’yeux que pour lui. Chacune de nos conversations téléphoniques commence désormais par ” az Salvadore che khabar” (”comment va Salvadore?). Avec cette série, nous n’avons plus besoin de commérer sur le dos de nos amis et nos familles sur le nôtre “, rigole maintenant l’Iranienne. Vous l’aurez compris, maintenant qu’ils ont trouvé une occupation, les Iraniens n’ont guère plus besoin d’investir la vie d’autrui, grand sport national mais aussi véritable fléau en Iran.
Il faut dire que Farsi 1 (prononcez Farsi Van en persan) a tout mis en place pour toucher le plus large éventail d’Iraniens possible. En plus d’être doublées et non plus sous-titrées en persan, toutes les scènes de sexe et même de “french-kiss” (dixit Negar) sont tout bonnement censurées.
“Cela nous change des séries télévisées iraniennes qui veulent à tout prix nous inculquer LEUR version des relations hommes/femmes!”, lance fièrement l’Iranienne. Pour Hamid*, spécialiste des médias en Iran, “Farsi1, en ne montrant tout d’abord rien des relations intimes, puis en en affichant au fil de l’intrigue chaque jour davantage, a réussi à rendre accros jusqu’aux familles les plus religieuses tout en changeant leurs habitudes. Le soir, révèle Hamid, à chaque fois que je passe devant la porte mon voisin, une famille des plus traditionnelles dont la femme ne sort jamais plus que son nez de son tchador, j’entends toujours le son de Farsi 1″.
C’est d’ailleurs cette irrésistible “invasion de la culture corrompue occidentale” qui a amené le magazine conservateur Panjereh (fenêtre), cité par le Washington Post , à s’attaquer directement au magnat américain Rupert Murdoch, en des termes, disons pas très catholiques: “Murdoch est un juif caché essayant de contrôler le monde des médias, et il promeut Farsi1″, explique le magazine, dont la couverture présente un Murdoch aux yeux diaboliques portant un pin’s rose et blanc à l’effigie de la chaîne.
“Les programmes de Farsi 1 pourraient être acceptés dans la culture occidentale… mais c’est la première fois que de telles choses sont si directement offertes et entièrement diffusés avec
arrières pensées à la société iranienne. Personne n’entend-il la sonnette d’alarme?”, s’affole dans Panjereh le journaliste Morteza Najafi.
Pourtant, Bahman*, journaliste réformateur désormais au chômage, a lui une toute autre version de la raison du succès grandissant de Farsi 1 en Iran. Selon lui, les autorités du pays n’auraient en réalité aucun intérêt à interdire la chaîne. “Comme pour les scènes de drague en voiture en pleine
rue, dont Téhéran est la capitale mondiale, la République islamique a tout intérêt à laisser s’abbrutir devant leur écran soixante quinze millions d’Iraniens, qui pendant ce temps oublient la
répression post-électorale, les fissures politiques au sein du régime, et la situation économique, qui s’aggravent de jour en jour”.
Le raisonnement de notre journaliste tient la route. La BBC persian, chaîne britannique d’information continue en langue persane ayant informé des millions d’Iraniens durant les émeutes de l’année dernière, est aujourd’hui pratiquement hors d’accès en République islamique.
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