ET SI L’ON PARLAIT DU DROIT PENAL ET DE SES RAPPORTS AVEC LE DROIT ECCLESIASTIQUE ?
Le sociologue italien Massimo Introvigne fait éclater la nouvelle bulle lancée dans la presse à propos d'une lettre du cardinal Ratzinger de 1985 : le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi n'a pas « protégé » Kiesle, un prêtre californien soupçonné de pédophilie. La réalité est tout autre que ce qu'en dit un organe de presse d'Outre-Atlantique, comme il l'a expliqué à ZENIT ( la source de ce post)
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Massimo Introvigne rappelle que la perte de l'état clérical peut survenir dans deux situations très différentes.
Ou il s'agit d'une « sanction » infligée à la suite d'un délit très grave comme dans le cas de pédophilie. Dans ce cas, jusqu'en 2001 ce sont les tribunaux diocésains qui sont compétents.
Ou bien il s'agit d'une « faveur » demandée par un prêtre, qui souhaite ne plus exercer son ministère, qu'il veuille se marier ou, comme le suggère Massimo Introvigne, échapper à des sanctions ecclésiastiques. Dans ce cas, l'examen des demandes relève de la Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF). Et le droit canonique dit : « pas avant 40 ans ».
« Dans le premier cas, on punit un prêtre pédophile. Dans le second, on lui fait une faveur », résume le sociologue.
Voilà le cadre juridique nécessaire pour « comprendre la signification de la lettre du 6 novembre 1985 du cardinal Ratzinger à Mgr John Stephen Cummins (et non « Cummings »), évêque d'Oakland (Californie) ».
Stephen Miller Kiesle, accusé de sévices sur mineurs, demande - comme une faveur - d'être dispensé de l'état clérical, pour se marier. La règle des 40 ans intervient : Kiesle en a 38. L'évêque Cummins demande à Rome une exception. Or, fait observer Massimo Introvigne, si la CDF l'avait accordée, Kiesle n'aurait pas été « puni ». Rome dit non.
Le cardinal Ratzinger, préfet de la CDF, « répond en exprimant sa sympathie pour la position délicate de l'évêque ». « En termes moins curiaux », traduit Introvigne : il comprend bien que « l'évêque aimerait que Rome lui retire cette épine du pied ». Mais le cardinal considère que « pour le bien de l'Eglise », l'évêque doit « respecter rigoureusement » les procédures, « c'est-à-dire considérer que l'âge du demandeur ne permet pas d'accueillir sa demande de dispense de l'état clérical ».
« Considérer le bien universel de l'Eglise » ne signifie pas, rectifie Introvigne, « pour éviter des scandales ». Le sociologue rappelle en effet que l'on avait « amplement parlé en Californie » du cas d'abus sexuels attribués à Kiesle et que « le scandale avait déjà eu lieu ». Mais cela signifie : « pour ne pas créer de précédents qui ouvriraient la porte à de nombreuses autres demandes de dispenses de prêtres de moins de quarante ans ». Autrement dit, continue l'argumentation : « le cardinal Ratzinger explique à l'évêque que l'on devra prudemment attendre, comme c'est toujours le cas pour des demandes venant de prêtres qui n'ont pas quarante ans ».
En attendant, le diocèse d'Oakland pourra « poursuivre son enquête pénale susceptible de conduire Kiesle à la démission de l'état clérical », non plus en réponse à sa demande, pour se marier, mais comme une « sanction pénale pour les sévices dont il s'est rendu coupable », explique le sociologue.
De fait, le diocèse d'Oakland continue d'enquêter et, en 1987, il exclut Kiesle de tout ministère. Il a quarante ans. La congrégation romaine lui accorde alors la dispense de l'état clérical. Kiesle se marie. Massimo Introvigne ajoute : « Il est bien connu des services de police comme personnalité perturbée et soupconné de sévices sur mineurs. Les affaires impliquant Kiesle après 1987 évidemment ne concernent aucune personnalité de l'Eglise, mais seulement les tribunaux civils et la police. S'il a commis de nouveaux abus, la faute n'en est pas à l'Eglise - que Kiesle avait quittée et qui n'avait plus aucune compétence pour le surveiller - mais aux autorités civiles ».
Source 20', voir liens:
ETATS-UNIS - Première règle: «Aucun responsable adulte ne doit se trouver seul dans la chambre d'un enfant»...
Prévenir les abus. La Conférence américaine des évêques catholiques a publié lundi un guide en dix points des choses à faire et à ne pas faire pour éviter les agressions sexuelles sur les enfants dans le cadre des activités de l'Eglise.
«Il est naïf de croire que les gens ont automatiquement conscience des frontières et il est bon que les familles et les organisations formulent ces garde-fous», écrit Teresa Kettelkamp, directrice du bureau de la protection de l'enfance de la Conférence des évêques. «Par exemple, aucun jeune s'occupant d'enfants, aucun prêtre, aucun responsable adulte ne doit se retrouver dans la chambre d'un enfant, seul avec lui», explique le texte.
Selon ce guide, si la victime d'agressions sexuelles est d'abord l'enfant, «le responsable de l'agression, la famille de la victime et la paroisse sont tous affectés par le pêché et le crime».
Les églises sont invitées à vérifier systématiquement le passé du personnel auquel elles ont recours pour s'occuper d'enfants.
«Si un adulte a eu des problèmes avec les règles de la vie en société, comme celle stipulant qu'il ne faut pas conduire ivre ou troubler l'ordre public, peut-être a-t-il d'autres problèmes avec d'autres règles, comme ne pas toucher un enfant», suggère le document qui ajoute: «N'oubliez jamais que ceux qui contreviennent à la loi mentent». «Aucun individu, quel qu'il soit, n'a automatiquement le droit de s'occuper d'enfants qui sont confiés à l'Eglise sans vérification préalable», dit encore le texte.
Le texte enjoint aussi l'encadrement des enfants à déceler «tout comportement annonciateur d'agressions sexuelles», tels un adulte couvrant un enfant de cadeaux ou l'autorisant à faire des choses que ses parents lui interdisent.
Ces règles édictées par la Conférence américaine des évêques sont diffusées alors que pour la première fois lundi, le Vatican a publié sur son site la procédure à suivre en cas d'agressions sexuelles, dont les coupables devront être dénoncés.
Et si la crise papale relevait de la géopolitique ?
Roland Hureaux - Chroniqueur associé (Marianne) / Mercredi 14 Avril 2010
Roland Hureaux se demande si au-delà des polémiques sur le pape, nous ne serions pas en train d'assister à un basculement géopolitique. Tandis que Moscou se rapproche de Rome, le monde anglosaxon
entre en guerre contre le Vatican.
Le bruit médiatique considérable qui a touché l’Eglise catholique au cours des mois passés, a été l’occasion d’un reclassement, passé relativement inaperçu, dont les conséquences
géopolitiques pourraient être considérables
On se souvient que dans La guerre des civilisations (1996), Samuel Huntington opposait la civilisation dite « occidentale », Amérique du Nord et Europe de l’Ouest,
tant catholique que protestante, à la civilisation « orthodoxe », Russie, Grèce, Serbie, etc., alors même que les différences théologiques entre catholiques et orthodoxes sont infiniment plus
ténues que celles qui séparent Rome des différentes « dénominations » protestantes.
C’est cette césure qui pourrait aujourd’hui être remise en cause.
Le soutien de la Russie à l'église catholique
Qui n’a remarqué en effet, dans les tourmentes successives qui ont secoué la papauté : discours de Ratisbonne, levée de l’excommunication des lefévristes, prévention du SIDA en Afrique,
mémoire de Pie XII, et qui ont culminé, ces dernières semaines, avec la question des abus sexuels de mineurs ( une expression que nous préférons à celle de « pédophilie », ce dont il s’agit
étant à l’évidence de l’ordre de l’eros et non de la philia) imputés au clergé, l’appui sans faille de la Russie à la papauté ? Tant celui du patriarcat de Moscou que du gouvernement
russe.
Qui l’eut cru? La Pravda, elle-même, jadis organe du parti communiste, dénonce les « attaques déloyales » contre Benoît XVI.
Les faveurs dont son prédécesseur polonais n’avait jamais bénéficié, n’ont pas été marchandées au pape allemand.
L’étonnant « pèlerinage » du chef de l’Etat russe à Notre-Dame de Paris, pour vénérer la couronne d’épines que Saint Louis y aurait ramenée, s’inscrit dans la même volonté d’ouverture au monde
catholique.
On dira que tout cela est politique. Bien entendu. Mais les grands événements de l’histoire religieuse, de la conversion de Constantin et de Clovis, au schisme de 1054 entre Rome et
Constantinople, du ralliement des princes allemands à Luther au Concordat de 1801, ne furent-ils pas tous politiques?
Le monde anglo-saxon , épicentre des attaques contre le pape
A l’inverse, qui n’a aperçu que les attaques les plus virulentes contre le pape sont parties du monde anglo-saxon ? Le New York Times s’est trouvé à cet égard particulièrement en
flèche? Des scientifiques anglais et américains voudraient même déférer Benoît XVI devant la Cour pénale internationale ! Au cœur de l’affaire Williamson on trouvait déjà le Spiegel, reflet
d’une Allemagne protestante qui, quoique sécularisée, demeure anticatholique.
Il faut bien le dire : la France, dont l’anticléricalisme fut longtemps proverbial, s’est trouvée dans la plupart de ces affaires, en position de suivisme, les organes de presse les plus remontés
contre le pape étant ceux dont la ligne pro-atlantique est la plus affirmée, les mêmes qui, par exemple, criaient le plus fort haro sur les Serbes il y a dix ans.
Sans doute les Etats-Unis sont-ils loin d’être unanimes sur la question religieuse. Deux blocs s’y affrontent avec une rare violence, principalement sur la question de l’avortement. Mais
New York demeure l’épicentre du milieu WASP (white anglo-saxon protestant), qui domine la sphère occidentale depuis au moins un siècle et où l’on nourrit depuis le XVIIe siècle une solide
animosité à l’égard de l’Eglise romaine.
Tout au long de la guerre froide, cette hostilité avait été rentrée, l’Eglise catholique apparaissant à partir de 1945 comme un allié objectif contre le communisme. Dans les quinze années
qui ont suivi la chute du rideau de fer, Jean Paul II , polonais élu en 1978 a encore bénéficié de cette bienveillance. C’est peut-être la raison pour laquelle, il fut si timide
dans la condamnation de la guerre de Yougoslavie.
Vers un nouveau paradigme
Par rapport à ce schéma, il est clair aujourd’hui que les temps ont changé.
De même que les Etats-Unis supportaient de moins en moins la « différence » française et ont trouvé en Nicolas Sarkozy un agent efficace de normalisation -, tout se passe comme si une partie du
monde anglo-saxon supportait de moins en moins la « différence » catholique.
Au sein de l’Eglise catholique elle-même, certains se demandent si elle a, la menace communiste passée, encore beaucoup à gagner à demeurer intégrée à une sphère occidentale où elle
se trouve de plus en plus marginalisée. Dès lors que l’Europe commence à basculer, au XVIIIe siècle d’abord, puis, de manière définitive, à partir de 1815, vers une prééminence culturelle
anglo-américaine, et que, de manière souvent inconsciente, les Européens ont intégré que la modernité sous toutes ses formes vient du Nord-Est , les pays de tradition catholique
ne sont-ils pas devenus les « cousins de province » ?
Une marginalisation non seulement géographique mais historique : dans le même imaginaire, l’histoire moderne se réduit à une cascade d’émancipations, qui commence avec la réforme
protestante, se poursuit avec les Lumières ( françaises mais déjà très anglophiles) et s’accomplit dans l’univers libéral-libertaire , la tradition catholique n’apparaissant dans un
tel schéma, que comme une survivance.
A l’évidence les signaux forts que Moscou a envoyés à Rome ne resteront pas sans effet. Les réponses du Vatican sont certes moins visibles que les avances du Kremlin mais qui ignore que le
rapprochement si controversé avec les lefévristes, inséparable du souci de restaurer la liturgie, a pour arrière-plan la volonté de se rapprocher de l’orthodoxie, attachée à des rites
encore plus anciens ? Si, comme beaucoup le pensent, la différence entre Rome et Moscou est plus politique que théologique, un grand pas aura été accompli ces derniers jours dans cette
direction.
Le déchaînement croissant du monde libéral à l’égard de l’Eglise catholique est-il la cause ou la conséquence de cette évolution ? La crise actuelle est- elle le prélude à une remise en
cause du schéma huntingtonien qui avait, jusqu’ici, structuré notre conception du monde , le début d’ une « dérive des continents » débouchant sur une nouvelle géographie des
civilisations ? Il est à l’évidence trop tôt pour le dire.
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