Déjouant la plupart des prévisions, l’économie allemande se rétablit avec une rapidité surprenante, à peine un an après la
crise la plus sévère qu’elle ait traversée depuis plus d’un demi siècle. Les sources de la croissance allemande sont en train de se réorienter vers la
demande intérieure, sans pour autant se détourner de la demande mondiale. L’analyse montre la forte capacité de résilience de ce « modèle »
socioéconomique: les performances de l’Allemagne en termes de compétitivité internationale renvoient à la fois à la
capacité à maîtriser les coûts de production et au vaste effort d’innovation et de rationalisation del’outil de production consenti pendant la période
précédente. Dans un contexte de forte baisse des carnets de commande et de la production, le vaste phénomène de rétention de main-d’oeuvre qui s’est produit
dans l’industrie allemande en 2009 s’explique par l’importance cruciale et la rareté relative de la main-d’oeuvre qualifiée. Cela illustre aussi le talon d’Achille de ce pays : une démographie déclinante, qui risque de brider très fortement le
potentiel de croissance économique à long terme de l’Allemagne.


Plus rapidement la conclusion:
L’économie allemande aura fait preuve d’un étonnant degré de résilience face à la crise. Si elle a subi de plein fouet le choc de 2009, avec un PIB en recul de 4,7 % en volume, elle a démontré depuis lors une surprenante capacité de rebond. Certes, la crise aura laissé des traces profondes dans certains domaines, en particulier dans celui de la banque. Tous secteurs confondus, le rebond de 2010-2011 devrait malgré tout avoir intégralement compensé le recul subi en 2008-2009. Il témoigne pour une grande part de la forte capacité des entre-prises allemandes à capter la demande des pays émergents. Cela dit, le régime de croissance de l’économie allemande est en train de se réorienter partiellement au bénéfice de la demande intérieure, pour une part grâce à des augmentations salariales beaucoup plus substantielles qu’au cours des 15 années précédentes.
Ayant de ce fait retrouvé un rôle de moteur, voire de loco-motive conjoncturelle en Europe, l’économie allemande – singulière-ment dans l’industrie – bénéficie
pleinement d’une forte position compétitive et ce, non seulement sur le plan des coûts mais aussi pour les facteurs hors coûts. Elle touche ainsi les dividendes des efforts que les entreprises
allemandes de toute taille ont consacrés pendant des années à la fois à innover et à rationaliser l’outil de production. En témoigne la bonne santé du marché de l’emploi depuis le début de 2010,
au point que le retour au plein-emploi semble en voie d’être atteint à la fin de la décennie.
Dans ces conditions, l’Allemagne a une nouvelle fois fait la preuve de la grande valeur et de la robustesse de son modèle socio-économique, qui combine un fort
degré de compétitivité internationale et une relative rigidité du marché de l’emploi, tout du moins en appa-rence. En tout cas, l’ajustement rendu nécessaire par la crise s’est opéré en Allemagne
beaucoup plus sur le plan de la production que sur celui de l’emploi, contrairement à ce qui s’est passé dans bien des pays comparables. En fait, cette rigidité du marché de l’emploi est en
trompe-l’oeil outre-Rhin, car si les entreprises allemandes les plus exposées à la crise n’ont guère ajusté à la baisse leurs effectifs employés, elles ont en revanche réduit fortement le temps
de travail de ces derniers, en jouant sur le chômage partiel, les heures supplé-mentaires et les comptes épargne-temps. Cette forme intelligente de flexibilité souligne aussi combien ce modèle
repose fondamentale-ment sur l’entretien patient de ressources humaines qualifiées et motivées – notamment dans l’industrie –, à la différence de pays où les moteurs de croissance, ces dernières
années, ont reposé bien davantage sur les secteurs de la finance (cas du Royaume-Uni), du bâtiment-travaux publics (cas de l’Espagne) ou sur l’attraction d’investisseurs étrangers par le biais
d’une fiscalité alléchante (cas de l’Irlande).
En Allemagne, cette situation est favorisée par une politique intelligente et responsable en matière de budgets publics, qui assure la relative « soutenabilité » du
modèle, à la fois en redonnant des marges de manoeuvre pour des politiques de relance en période de crise et en rassurant les marchés financiers et les citoyens quant à la maîtrise des déficits
publics.
En somme, le vrai problème de l’écono-mie allemande est bien moins le risque de séquelles issues de la dernière phase de récession que la perspective d’un considérable déclin démographique, surtout à partir de 2020. Cette difficulté pourra être compensée par une hausse du taux d’activité et par un recours accru à l’immigration, mais en partie seulement. « Il n’est de riches-ses que d’hommes » : ce mot célèbre de Jean Bodin (1529-1596) garde toute sa pertinence. Il montre aussi les limites d’une Allemagne en pleine euphorie conjoncturelle mais dont les perspectives écono-miques sont en grande partie obscurcies par la faible natalité de sa population.
L'économie allemande en sortie de crise. Une surprenante résilience
Source, journal ou site Internet : Note du CERFA
Date : décembre 2010
Auteur : Rémi Lallement
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