Certains pays d’Afrique constituent une option face aux autres régions émergentes du monde. Ils représentent une terre fertile pour les investissements et de nombreuses sociétés internationales s’y intéressent.
La croissance vient-elle d’Afrique désormais?
De nombreux investisseurs se sont posé cette question avant de choisir de placer leurs deniers sur ce continent souvent oublié
de l’univers de placements internationaux.
«De nombreuses sociétés internationales veulent participer au développement de l’Afrique», observe Robert Ruttmann, analyste
de l’Afrique au sein de Credit Suisse. De grands groupes comme le numéro un de la grande distribution, l’Américain Wal-Mart, ou encore la banque HSBC, s’y
intéressent. Par ailleurs, l’apparition de nombreux fonds dédiés à ce continent suit la même mouvance depuis trois ans. Car, faute de gagner de l’argent sur les Bourses européennes, les amateurs de risque optent pour l’Afrique. Depuis le début de l’année, la Bourse du
Nigeria affiche une hausse de près de 11% et celle du Kenya performe encore mieux avec près de 42%! Une croissance contagieuse. Le continent se découpe en
deux catégories de pays.
L’Afrique du Sud et les pays du Nord – notamment le Maroc et l’Egypte qui ont véritablement émergé ces dernières années. Peu à
peu, l’augmentation de la demande des pays émergents et l’effet de contagion des pays modernes de l’Afrique ont influencé de manière positive le milieu du
continent.
Bien sûr, il reste des clivages. Des régions comme le Subsahel ou le Burkina Faso s’en sortent difficilement et peinent à
décoller. En revanche, certains pays sont en pleine expansion. Le Ghana affiche une belle réussite, avec un environnement macroéconomique très bon depuis une
décennie. «Le nouveau gouvernement a mis en place de nombreuses choses pour que le pays se transforme. La stabilité politique règne et facilite la croissance», observe Michel Juvet, analyste chez Bordier & Cie. Le Nigeria, le Kenya, l’Ouganda et la Zambie le
talonnent. «L’Angola et le Rwanda commencent à se profiler et deviennent aussi attractifs», explique Robert Ruttmann. Ressources diversifiées. Sans surprise,
le continent présente des risques comme la pauvreté, la corruption, la criminalité ou encore l’instabilité politique de certains gouvernements. Il manque passablement d’infrastructures (ports, rails, routes), ce qui rend le transport des marchandises plus cher et
moins sécurisé entre les pays africains.
Malgré ces bémols, on constate que les choses avancent ici. «L’Afrique est une option sur la poursuite du développement
mondial, confirme Michel Juvet. Elle possède d’énormes ressources encore inexploitées pour l’industrie, l’agriculture et l’énergie. Le moteur s’est mis en
marche, mais il reste encore beaucoup à faire pour que la demande soit durable.» Avec une perspective de croissance du PIB de l’ordre de 4, 6% pour
2010, le continent attire les capitaux étrangers, aussi bien privés que publics, qui contribuent au développement.
Chine et Inde. Aussi bien la Chine que l’Inde ont mis un pied en Afrique depuis longtemps. Si les Bourses attirent les
investisseurs, elle ont néanmoins un défaut: hormis l’Egypte et l’Afrique du Sud, suffisamment liquides, les autres places sont souvent trop petites et pas
assez développées. «Les investisseurs privilégient plutôt les placements directs dans les entreprises grâce à des fonds de private equity», relève l’analyste
de Bordier & Cie. Parmi ses plus grands potentiels, la croissance démographique constitue une véritable richesse.
La population devrait en effet doubler d’ici à 2050 et atteindre 1, 8 milliard de personnes.
L’apparition d’une classe moyenne profite à l’essor de certains secteurs. Drainés par la demande domestique, les secteurs de
l’industrie textile, de la sous-traitance, des télécommunications, de la construction, des banques, de la grande distribution, de l’alimentation ont le vent
en poupe. Le fabricant de bière Guinness l’a bien compris: le Nigeria est devenu le second plus grand marché du monde pour le brasseur irlandais. Ce
même pays a vu le nombre de téléphones mobiles exploser depuis 1999, passant de 500 000 à plus de 36 millions. Et ce n’est pas
fini.
En chiffres
Ghana
38% Part des services dans l'économie. La croissance démographique est positive pour le marché de la téléphonie.
Nigeria
54% Part de l'industrie dans l'économie. Ce pays très peuplé est le plus important marché du monde pour les bières
britanniques.
Kenya
75% Part de l'agriculture dans l'économie. Le potentiel d'un fort accroissement de sa productivité est bien réel.
ENJEUX DE LA DEFENSE - DOCTRINE - CONCEPTS - MISSIONS
Afrique: la croissance du continent oublié
Source journal ou site Internet : L’Hebdo
Date : 20 octobre 2010
Auteur : Patricia Meunier
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