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Pas d’Europe sans la Grèce
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Comment l’Union européenne renforce les colonies
israéliennes
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UE-Etats-Unis: le réalisme des déçus
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l’UE éreintée sur sa mission au Kosovo
• THEME 2 - 1 : Pas d’Europe sans la Grèce
Source, journal ou site Internet : Auswartiges Amt
Date : 30 octobre 2012
La ministre fédérale adjointe aux Affaires étrangères, Cornelia Pieper, a réaffirmé la solidarité et l’amitié entre Allemands et Grecs, samedi, à Athènes. À l’occasion du 60e anniversaire du Goethe-Institut, elle a déclaré : « Nous, Allemands, nous ne voulons pas d’une Europe sans la Grèce ».
Athènes est le berceau de la culture, de l’art, de la philosophie et de la démocratie en Europe, a-t-elle rappelé. Goethe lui-même n’inscrivait-il pas la culture allemande dans la tradition grecque ? Récusant une vision utilitariste de l’Europe, Mme Pieper a appelé à consolider l’amitié entre les deux peuples. « Les relations entre l’Allemagne et la Grèce sont depuis des siècles une histoire d’enrichissements réciproques », a-t-elle souligné.
Discours de Mme Cornelia Piper, ministre adjointe aux Affaires étrangères, à l’occasion du 60e anniversaire du Goethe-Institut d’Athènes
--Seul le prononcé fait foi.--
Goethe est à l’honneur – c’est déjà la deuxième fois qu’il fête son anniversaire : la première fois au mois d’août, son 263e anniversaire, et aujourd’hui, à Athènes, ses 60 ans. Goethe considérait la culture allemande comme s’inscrivant dans la tradition grecque. Selon lui, il n’y avait pas de nation moderne qui ne doive pas aux Grecs son éducation artistique, et il jugeait même que, dans certaines matières, cela s’appliquait avant toute autre à la nation allemande. Ainsi, aux côtés du Goethe-Institut, nous ne sommes pas seulement à la fête, mais nous devons également dire un grand merci à notre hôte grec. Ici même, au Goethe-Institut d’Athènes, se rencontrent depuis soixante ans nos cultures, la culture allemande rencontre la culture grecque riche de traditions. Le Goethe-Institut a créé un espace unique d’échanges, de dialogue et d’inspiration mutuelle, dans lequel naît une nouvelle créativité forgée en commun. Je tiens à vous en remercier, Monsieur le Professeur Lehmann, vous et vos collaboratrices et collaborateurs. Les relations entre l’Allemagne et la Grèce sont depuis des siècles une histoire d’enrichissements réciproques. La redécouverte de la Grèce antique a été source de renouveau et d’espoir dans l’histoire des idées allemande. Les Allemands particulièrement épris de liberté et de démocratie ont célébré la renaissance de l’État grec comme le signe d’un nouveau départ en Europe. Des scientifiques, artistes et écrivains allemands ont apporté d’importantes contributions au retour à leur nation des Grecs pleinement conscients de leur grand passé classique. Nous ne saurions cependant parler de l’histoire de l’amitié germano-grecque sans nous souvenir de la profonde rupture pendant la Seconde Guerre mondiale et de l’immense souffrance du peuple grec sous l’Occupation allemande. Jusqu’à aujourd’hui, nous en sommes d’autant plus reconnaissants aux Grecs d’avoir été les premiers à nous tendre la main du renouveau après la guerre. L’invitation qu’ils nous ont faite de créer ici, à Athènes, le premier Goethe-Institut, bien avant tous les autres, exprimait une volonté de reconstruire l’amitié sur un fondement culturel. Pour cela, le peuple grec mérite toute ma reconnaissance et mes remerciements sincères. 22 ans après la guerre, notre amitié a dû surmonter un nouvel obstacle avec l’arrivée au pouvoir des colonels. De nombreuses personnalités du monde culturel et de la vie publique en Grèce ont trouvé refuge à cette époque en Allemagne. Pendant ces sept années difficiles, le Goethe-Institut d’Athènes est resté un lieu de liberté de parole et de libre épanouissement culturel. Mais ne nous contentons pas de ces félicitations et de la satisfaction face à nos acquis durant des décennies ! En effet, l’Europe doit à nouveau faire face aujourd’hui à de grands défis, dont l’enjeu n’est pas seulement de parvenir à gérer la crise de notre monnaie commune, mais aussi la menace qui pèse sur notre amitié. Relever ce défi est une tâche qui n’incombe pas seulement à nos gouvernements, mais qui nous concerne tous en tant que citoyens européens. Et qui concerne aussi ceux qui portent la responsabilité de nos relations culturelles, si ce n’est pas eux avant tout.
Nous devons tant aux Grecs en termes de culture, d’art et de philosophie. Nous leur devons aussi une philosophie de l’amitié profondément ancrée dans la « polis », la cité, libérale et démocratique. Dans son œuvre « Éthique à Nicomaque », le grand Aristote fait la distinction entre la simple amitié pour cause d’utilité et d’agrément et l’amitié des hommes vertueux. Nous ne voulons pas de l’Europe que comme une alliance répondant à nos intérêts mutuels. Car, comme le dit Aristote, l’amitié qui n’a pour cause que l’utilité ne dure ordinairement qu’autant que la cause qui l’a fait naître. Nous voulons une Europe fondée sur une amitié vertueuse, dans laquelle nous nous acceptons tels que nous sommes, comme un enrichissement à notre propre vie. Les Allemands souhaitent voir les citoyennes et citoyens de Grèce dire dans quelques années quand ils regarderont en arrière : À l’époque où nous étions dans le besoin, les Allemands ont été finalement nos amis les plus fidèles !
Et nous, les Allemands, ne voulons pas d’une Europe sans la Grèce !
• THEME 2 - 2 : Comment l’Union européenne renforce
les colonies israéliennes
Source, journal ou site Internet : Le Monde diplomatique
Date : 30 octobre 2012
Auteur : Alain Gresh
Nous avons assisté, durant cette dernière décennie, à une capitulation de l’Union européenne (UE) — et aussi de la France — devant la politique israélienne de colonisation et d’annexion de facto. Le temps est loin, où l’Europe ouvrait une voie courageuse en se prononçant pour le droit à l’autodétermination des Palestiniens et pour l’ouverture de négociations avec l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), une organisation que les Etats-Unis et Israël définissaient à l’époque comme « terroriste ». C’était en juin 1980, à Venise. Depuis les années 1990, toute idée de rôle autonome de l’UE ou de la France à l’égard des Etats-Unis et d’Israël a disparu. Bien sûr, formellement, elles se prononcent en faveur de la création d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967, mais elles refusent de reconnaître que si cet Etat n’existe pas, Israël en porte la responsabilité. Et, malgré la politique de colonisation et les condamnations rituelles qui s’ensuivent, l’Union renforce jour après jour ses relations avec le gouvernement israélien sur tous les plans — économique, politique, sécuritaire, militaire, etc. La visite du premier ministre israélien à Paris le 31 octobre confortera encore cette relation entre Tel Aviv et Paris.
Le rapport que publient le 30 octobre une dizaine d’associations, intitulé La paix au rabais : comment l’Union européenne renforce les colonies israéliennes (PDF), est significatif et inquiétant. Dans son avant-propos, Hans van der Broek, ancien commissaire européen aux relations extérieures, note : « Au cours des dernières décennies, l’UE a critiqué et condamné sans relâche la politique de colonisation. Des dizaines de déclarations et autres positions officielles de l’UE réaffirment l’illégalité des colonies au regard du droit international et considèrent que celles-ci représentent un obstacle majeur à la paix. L’UE a souligné à maintes reprises qu’elle ne reconnaîtrait aucune modification unilatérale apportée aux frontières d’avant 1967, y compris concernant Jérusalem. Cependant, alors que la construction des colonies se poursuit et s’accélère, nous, Européens, nous gardons de passer des paroles aux actes. À ce jour, nous nous sommes abstenus d’exploiter notre important effet de levier politique et économique vis-à-vis d’Israël pour juguler sur le terrain les développements qui vont à l’encontre de nos valeurs fondamentales et portent atteinte à nos intérêts stratégiques. » C’est le chapitre 3 de ce texte concernant les relations de l’Europe avec les colonies qui est le plus accablant. Il montre comment l’Union viole, sans aucun état d’âme, et le droit international et ses propres déclarations politiques. « Il est difficile de déterminer le volume exact des exportations en provenance des colonies vers l’UE étant donné que l’UE ne recueille pas de données distinctes pour les colonies. Le ministre israélien des Affaires étrangères a toutefois fait savoir à la Banque mondiale il y a peu que les exportations des colonies vers l’UE se montaient à 300millions de dollars par an (230 millions d’euros). Cela représente environ 2 % de la totalité des exportations israéliennes vers l’UE. (...) Il est probable que si la valeur des exportations des colonies vers l’Europe devait également inclure les produits entièrement ou partiellement produits ou emballés dans les colonies, ce chiffre serait considérablement plus élevé. » Le texte rappelle que les exportations de produits palestiniens vers l’Union se montent seulement à 15 millions d’euros. Après avoir énuméré les produits agricoles importés, le texte évoque les principaux produits manufacturés achetés en Europe (notez bien les noms pour vos prochains achats) : les cosmétiques Ahava, les machines à gazéifier SodaStearn, les plastiques Keter, etc.
Plus grave, l’implication de sociétés européennes dans les territoires occupés :
«Au-delà du commerce de marchandises issues des colonies, certaines sociétés internationales opèrent dans les colonies, notamment en fournissant des services et un soutien aux infrastructures connexes. Parmi ces activités figurent la construction d’infrastructures de
transport, la prestation de services de transport aux colonies, la livraison d’équipements pour les postes de contrôle, la prestation de services de sécurité aux entreprises des colonies, l’extraction de ressources non renouvelables et des investissements dans les usines des colonies. Vous trouverez ci-après plusieurs exemples clés qui s’appuient sur des informations récentes émanant de différentes sources » : Alstom, Veolia, G4S, Unilever, Deutsche Bahn, etc.
La cinquième partie du rapport se termine en listant les mesures que pourrait prendre l’Union européenne pour faire cesser ces actions illégales :
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Veiller à l’étiquetage correct de tous les produits issus des colonies à l’attention des consommateurs.
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Dissuader les entreprises de mener des activités commerciales et d’investir dans les colonies.
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Interdire les importations de produits issus des colonies.
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Veiller à ce que les produits issus des colonies ne bénéficient pas d’un accès
préférentiel aux marchés.
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Exclure les colonies des accords bilatéraux et des instruments de coopération.
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Exclure des marchés publics les produits des colonies et les entreprises qui y sont
implantées.
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Retirer les organisations qui financent les colonies des régimes de déduction fiscale.
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Empêcher les transactions financières qui soutiennent les colonies et les activités
connexes.
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Dissuader les citoyens d’acheter des biens immobiliers dans les colonies.
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Émettre des directives à l’attention des voyagistes européens.
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Dresser une liste des entreprises qui font une déclaration erronée sur l’origine des
marchandises issues des colonies
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Insister pour qu’Israël désagrège les données relatives aux colonies pour les besoins de
l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques).
En décembre 2008, à la veille de l’agression contre Gaza, l’Union européenne rehaussait ses relations avec Israël, donnant ainsi un feu vert à l’action militaire israélienne (« L’Union européenne capitule devant Israël», 10décembre 2008). Quelques mois plus tard, elle prétendit qu’elle gelait ce rapprochement, ce qui relevait du mensonge, aucune mesure réelle n’étant prise pour stopper les différents accords avec Israël, dont le dernier exemple concerne le protocole ACAA (relatif à l’évaluation de la conformité et l’acceptation des produits industriels UE-Israël), qui a été ratifié par le Parlement européen, le 23 octobre, par 379 voix pour, 230 contre et 41 abstentions. Cet accord, comme le souligne Véronique de Keyser, vice- présidente du groupe socialiste au Parlement européen, représente une acceptation de facto du rehaussement des relations israélo-européennes. Bien sûr, l’Union européenne continue de financer l’Autorité palestinienne. Mais les sommes versées servent notamment à payer les fonctionnaires et à combler le déficit budgétaire, ce qui, avant 1993, était financé par Israël. L’Union a ainsi allégé le fardeau israélien, alors même que l’occupation se poursuit. Quant aux infrastructures construites par ses soins en Cisjordanie et à Gaza, elles sont régulièrement détruites par l’armée israélienne...
• THEME 2 - 3 : UE-Etats-Unis: le réalisme des déçus
Source, journal ou site Internet : Le Temps
Date : 31 octobre 2012
Auteur : Richard Werly
La crise de l’euro et la priorité asiatique de l’administration Obama ont imposé une nouvelle donne transatlantique: évident besoin mutuel d’un côté, manque d’affinités croissant de l’autre «Turbulences transatlantiques: attachez vos ceintures!»: le titre du dernier rapport publié par la Chambre de commerce américaine à Bruxelles résume bien la situation. L’heure n’est plus, quatre ans après l’emballement suscité par l’élection de Barack Obama, au rêve de nouvelles étreintes. La crise de l’euro, les coupes dans les budgets de défense de l’UE, les incertitudes au sujet de la Russie et la nouvelle phase imposée à l’OTAN par le retrait international d’Afghanistan obligent Washington, Bruxelles et les capitales européennes à un constat objectif: la relation transatlantique ne pourra plus être aussi passionnée qu’avant, mais elle demeure le socle du camp occidental. «Ce qui reste aux deux partenaires est un mariage sans sexe. Ce n’est pas toujours agréable, mais cela peut encore bien marcher», résume l’éditorialiste britannique Edward Lucas. Les responsabilités sont partagées. Du côté européen, la priorité asiatique de Barack Obama, le retrait annoncé de deux divisions américaines du Vieux Continent et le redimensionnement du futur bouclier antimissile en Europe de l’Est – désormais confié à l’Alliance atlantique – ont fait réfléchir les gouvernements de l’Union les plus alignés sur Washington. L’évolution de la Pologne est ainsi, selon le politologue Jacques Rupnik, révélatrice: hier chantre de l’Amérique «impériale», son chef de la diplomatie, Radek Sikorski, s’est mué en défenseur du fédéralisme européen, seul capable de permettre à l’UE de conserver sa puissance dans le monde. «La désillusion suscitée par l’empressement d’Obama à renouer de meilleures relations avec la Russie a fait découvrir à l’Europe centrale une nouvelle Amérique, explique le chercheur français. L’idée d’un axe Washington-Varsovie-Prague s’est évanouie.»
L’Amérique, de son côté, a vite constaté les limites de sa réorientation stratégique vers les grandes puissances émergentes. Impossible, par exemple, de parier sur le G20 pour remettre de l’ordre dans la finance mondiale ou espérer contenir la Chine. L’Europe reste pour cela le partenaire incontournable, malgré les déceptions mutuelles: «Pour Obama, l’UE n’est pas la solution, mais elle en fait partie, explique l’ancien ministre Hubert Védrine. Les Etats-Unis ont compris que s’éloigner de l’Europe entraînerait une mutilation abominable.» Et pour cause: 56% des investissements américains à l’étranger entre 2000 et 2010 l’ont été dans l’Union, dont autant (88 milliards de dollars pour l’année 2010) en France et en Belgique qu’en Chine et en Inde réunies. «La leçon de la crise des dettes souveraines est limpide, analyse la Chambre de commerce américaine à Bruxelles: le sort de l’Europe reste déterminant pour les Etats-Unis et le monde.» Mieux: débarrassée de la part de rêve engendrée, côté européen, par l’accession d’un président noir à la Maison-Blanche, la relation transatlantique sort presque apaisée de la présidence Obama. L’OTAN, tourmentée par les faucons du Pentagone sous George W. Bush, est redevenue une alliance plus consensuelle, explique le chercheur Louis Gauthier: «Plus rien ne semble faire problème. La feuille de route stratégique a été adoptée sans difficulté au très calme sommet de Chicago de mai 2012.» Le retrait général d’Afghanistan d’ici à la fin 2014, dans la foulée des Etats-Unis, satisfait tous les pays engagés, fatigués de cette guerre sans fin.
Le conflit en Libye est par ailleurs passé par là, montrant à la fois la dépendance des grands pays européens vis-à-vis des moyens américains, mais aussi leurs capacités propres. La question, dès lors, est géopolitique par défaut. C’est la capacité des Vingt-Sept à tenir leur rang qui est aujourd’hui en cause, moins que la volonté de l’Amérique de la remettre en cause. Avec en ligne de mire la solidité de l’euro et de l’UE auxquelles l’administration Obama a choisi de croire, tout en s’opposant au tout austérité de l’Allemagne: «On peut tirer deux leçons, analyse l’économiste Jean Pisani-Ferry: le doute américain sur la possibilité de tenir une monnaie unique sans structure fédérale demeure très profond; et les Etats-Unis ont démontré depuis le début de la crise qu’ils ont une bien plus grande expérience des crises financières que les Européens.» Moralité: le déséquilibre transatlantique vient aujourd’hui moins d’ambitions contradictoires que des réalités sonnantes et trébuchantes.
• THEME 2 - 4 : l’UE éreintée sur sa mission au Kosovo
Source, journal ou site Internet : Le Figaro
Date : 31 octobre 2012
Auteur : Jean-Jacques Mével
sur un article du Frankfurter Allgemeine Zeitung
La Cour des comptes européenne dénonce l'inefficacité et la gabegie dans la gestion de la crise.
Avec moins de 2 millions d'âmes et une indépendance toute neuve, le Kosovo semblait taillé sur mesure pour tester la «puissance discrète» (soft power) que l'UE entend exercer sur ses voisins. Un rapport accablant de la Cour des comptes européenne remet les pendules à l'heure: il dénonce l'inefficacité de l'aide européenne, la gabegie financière et le manque cruel de moyens humains de la plus vaste opération civile de gestion de crise lancée depuis Bruxelles. Sur le papier, l'UE ne s'est pas ménagée pour soutenir l'État de droit à Pristina. Par tête, les Kosovars sont les champions toutes catégories de l'aide européenne: 116 euros par habitant l'an dernier, contre 33 pour la Bosnie voisine et 28 pour la Serbie. Bruxelles y conduit deux grosses opérations. L'une confiée à la Commission, avec une assistance financière traditionnelle mais renforcée. L'autre dirigée par le «bras» diplomatique de l'UE: la mission Eulex, chargée entre autres des dossiers sensibles de la police, de la justice et des douanes. Quatre ans après l'indépendance et trois ans après l'engagement d'Eulex, la cour de Luxembourg estime que l'aide européenne à l'État de droit reste «insuffisamment efficace».
Objectif et stratégie de sortie
Avec un investissement de 1,7 milliard d'euros sur quatre ans, l'UE «n'a apporté qu'une contribution modeste aux capacités de la police du Kosovo. Peu de progrès ont été réalisés dans la lutte contre le crime organisé. Les résultats restent limités face à la corruption, qui reste généralisée dans de nombreux domaines». Le contrôleur des deniers européens relève des éléments à décharge d'Eulex, force de 1400 juristes, policiers et gendarmes commandée depuis 2010 par le Français Xavier Bout de Marnhac. Le jeune gouvernement de Pristina, soucieux d'éviter toute tutelle, n'est pas un partenaire facile. Au nord du Kosovo, la tension ethnique reste pesante ; au contraire des troupes de l'Otan-Kfor, les missions européennes n'ont pas le muscle pour s'imposer dans la région dominée par la minorité serbe, frontalière de la Serbie. Restent les tares et les lourdeurs propres au fonctionnement de l'UE, qu'un environnement difficile paraît avoir exacerbées. Sans parler ouvertement de compétition ou de mésentente, les auditeurs de Luxembourg s'étonnent des difficultés que la Commission et Eulex éprouvent à se coordonner. Ils citent en exemple la surveillance des frontières, cruciale sur ces terres de contrebande, de trafic d'armes et de filières de prostitution. La cour de Luxembourg porte aussi un regard inquiet sur l'avenir et presse l'UE de définir dans l'urgence ce qui est le postulat de toute opération en terre étrangère: les objectifs à atteindre et la stratégie de sortie...
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