Sarkozy, c’est le style mousquetaire,
vif, batailleur, flamboyant, allant droit au but. Il bondit, gesticule, se carre, avance le menton : d’Artagnan dans la mêlée. Il est courageux. Le 13 mai 1993, lors de la prise d’otages des
enfants de l’École maternelle « Commandant Charcot » de Neuilly, Sarkozy, ministre du Budget et maire de la ville, négocia lui-même - avant l’intervention du RAID - avec Éric Schmitt, « Human
Bomb », le preneur d’otages armé d’explosifs, obtenant qu’il relâche progressivement des enfants. La télé le montra sortant de l’école avec l’un d’eux dans les bras.
Sarkozy marche au flair, comme De Gaulle, qui faisait grand cas d’Henri Bergson, le philosophe de l’intuition. La sienne, Sarkozy l’a suivie contre bien des avis cauteleux, en droitisant à fond sa campagne, annonçant un ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale, et gardant ce cap entre les deux tours.
Cet être d’action et de mouvement a une vive imagination, qui le projette au-delà des limites convenues. Couplée à son tempérament de fonceur, elle a modelé son destin. À vingt ans, il proclamait qu’il serait président de la République : délire juvénile, pensait-on. Son rêve, il en a fait une réalité. Cela augure bien de sa capacité à transformer la France.
Sarkozy n’a pas fait l’ENA. Il maîtrise nombre de questions techniques, en pragmatique qui s’y est frotté dans sa carrière d’élu et de ministre, non en technocrate dans sa tour d’ivoire.
Une enfance traumatisée par la démission paternelle lui a donné un caractère bien trempé. Contrairement à ses camarades, qui poursuivaient leurs études en toute quiétude financière, il a dû accompagner les siennes de petits boulots. Non formaté par l’ENA et nourri de lectures particulières, il a l’originalité d’esprit nécessaire à la gouvernance de crise. Et il a cette bonne étoile sans laquelle il n’est pas de grand destin. Elle brilla quand, en juin 2005, après le départ de Raffarin, Chirac lui donna le ministère de l’Intérieur au lieu de Matignon, qu’il convoitait. Sur le moment, il fut déçu. Mais la Place Beauvau, mise en vedette par l’insécurité croissante, fut un tremplin pour la présidentielle.
On ignore dans quelle mesure Sarkozy réussira. Mais son règne ne sera pas anodin. C’est un homme nouveau, héraut d’une droite qui ose s’affirmer. Il réanime la politique, dévitalisée par la technocratie depuis près de quarante ans. En Occident, il annonce une série de dirigeants de ce style, qui seront mis en orbite par la montée des périls.

Laurent Artur du Plessis
L’auteur, 54 ans, a collaboré au « Figaro Magazine » de 1978 à 1991. Depuis, il se passionne pour la géopolitique. Pour être selon lui inéluctables,les événements qu’il annonce, et qui
évidemment constitueraient un tournant majeur de la situation
internationale,auront un caractère de catastrophe…
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