Droits de la personne, les pays occidentaux au pilori !

Publié le par Alain Genestine

« Le recours à la torture et à la détention arbitraire par l'administration Bush ayant discrédité les États-Unis, l'Union européenne doit prendre la tête de la défense des droits de la personne ». C'est ce que déclarait l'an dernier l'organisation de défense des droits de la personne Human Rights Watch (HRW). Un an plus tard, les choses ont-elles évolué dans le bon sens?

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Pas vraiment, estime HRW dans le Rapport mondial 2008 qu'elle a publié le 31 janvier: les grandes démocraties occidentales semblent plutôt s'entendre pour suivre le modèle américain.

« En autorisant les autocrates à s'ériger en démocrates sans exiger qu'ils respectent les droits civils et politiques qui donnent tout son sens à la démocratie, les États-Unis, l'Union européenne et d'autres démocraties influentes risquent de miner les droits de l'homme partout dans le monde », accuse l'organisation, basée aux États-Unis.

Le document puise dans l'actualité récente pour illustrer son propos. Il fustige l'attitude des gouvernements occidentaux qui n'hésitent pas à fermer les yeux sur les violations des droits de la personne lorsqu'ils sont commis par des partenaires économiques.

Les États-Unis montrés du doigt

Kenneth Roth en 2005

Photo: AFP PHOTO/Nicholas KAMM
Kenneth Roth, le directeur de Human Rights Watch

« Washington et les gouvernements européens acceptent toujours les élections les plus douteuses lorsque le gagnant est un allié stratégique ou commercial », affirme Kenneth Roth, directeur de l'organisation, dans le rapport.

Le document pose aussi la question de la responsabilité morale des démocraties occidentales. HRW doute que les États-Unis et l'Europe puissent exiger le respect des droits de la personne dans le monde dans la mesure où ils les violent eux-mêmes, notamment dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.

HRW fait bien entendu allusion aux détenus non inculpés emprisonnés sur la base américaine de Guantanamo, au recours à des prisons clandestines à l'extérieur du territoire américain et à la justification de la torture.

Les États-Unis ne restent pas toujours muets, reconnaît HRW. L'administration Bush a, par exemple, exprimé son inquiétude quant aux violences qui ont suivi les élections présidentielles au Kenya.

Mais, poursuit HRW, en ayant accepté les résultats des élections au Nigeria en février 2007, une nation riche en pétrole, malgré les accusations généralisées d'irrégularités, « Washington a donné l'impression à Nairobi que la fraude serait tolérée ».

« Le dirigeant du Nigeria est arrivé au pouvoir suite à un scrutin marqué par la fraude et la violence, et pourtant il a été accepté sur la scène internationale », a déclaré Kenneth Roth. « Il n'est pas étonnant que le président kenyan ait eu l'impression qu'il pouvait truquer sa propre réélection. »

L'Europe ferme aussi les yeux

Le rapport mondial 2008

Photo: ©hrw.org
Le rapport mondial 2008

Les États-Unis ne sont pas les seuls mis en cause. Au Pakistan, où le président Pervez Moucharraf « a faussé le jeu électoral en remaniant la constitution et en révoquant les magistrats indépendants », des élections parlementaires sont prévues en février. Mais la Grande-Bretagne a refusé, dans le sillage de Washington, de conditionner son aide financière à une amélioration des conditions préélectorales.

En Russie, le régime de Vladimir Poutine « réprime la société civile et la liberté de réunion » à mesure qu'approchent les élections présidentielles de mars 2008 et le pouvoir russe continue à violer les droits de l'homme en Tchétchénie.

« Les critiques internationales sur l'attitude de la Russie en matière de droits de l'homme se sont tues et l'Union européenne a manqué de façon consistante et soutenue à ses exigences en la matière », dénonce HRW.

Pour finir, HRW trouve pour le moins curieux que l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE, qui inclut les États-Unis et la Canada), dont le but est de promouvoir la démocratie, les droits de la personne et la sécurité, accepte de confier sa présidence en 2010 au Kazakhstan.

L'OSCE a, en effet, pris cette décision après que le parti kazakh au pouvoir eut remporté tous les sièges lors des élections parlementaires d'août 2007. Des élections à l'occasion desquelles « selon les propres dires des observateurs de l'OSCE, les médias ont été censurés, l'opposition réprimée et le comptage des voix entaché d'irrégularités ».

Explication: le Kazakhstan est un pays qui détient de vastes réserves de pétrole et de gaz « convoitées tant par l'Union européenne que par la Russie ».

Tout n'est cependant pas complètement noir, souligne Human Rights Watch. Des progrès notables sont enregistrés en ce qui concerne la traduction devant la justice de dirigeants responsables de violations des droits de la personne. C'est par exemple le cas d'Alberto Fujimori et de Charles Taylor, ex-présidents du Pérou et du Liberia.

Tout comme c'était le cas en 2007, c'est dans le cadre de l'affaire Maher Arar que le Canada est cité dans le rapport. Pour Human Rights Watch, cette affaire illustre la difficulté des États démocratiques à traiter avec des pays à risque qui promettent de ne pas utiliser la torture et trahissent ultérieurement leur parole. « La torture n'est jamais prévue à l'avance, ni rendue publique comme peuvent l'être les exécutions capitales », rappelle HRW. Le rapport n'épingle donc pas directement le Canada mais incite les États démocratiques à plus de prudence, notamment lors de négociations avec des pays où le risque de torture est connu.

Publié dans International

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