l armee francaise n a plus un rond et le moral a zero

Publié le par AL de Bx

Dans son rapport sur le budget de l'Etat, la Cour des comptes revient sur les difficultés financières rencontrées par le ministère de la Défense : trop d'opérations extérieures non budgétées et des lourdeurs administratives qui affectent le moral des troupes. La France a-t-elle encore les moyens militaires de ses ambitions politiques ?

François Hollande qui se rêve en « gendarme du monde » adore envoyer ses petits soldats partout, mais opportunément dans son dernier rapport sur le budget de l’Etat, la Cour des comptes rappelle au président de la République que faire la guerre a un coût. La menace récente et inédite — de démission collective de tout l’état-major militaire , craignant de nouvelles coupes budgétaires a levé un coin du voile sur l’état d’exaspération qui règne dans les casernes et jusque chez les très hauts gradés. Dans une lettre envoyée le 9 mai à Manuel Valls (et adressée en copie à Michel Sapin), Jean-Yves Le Drian a d’ailleurs signifié « sa très forte préoccupation face aux graves conséquences militaires, industrielles et sociales » d'un coup de rabot supplémentaire. Dans son rapport sur le budget de l’Etat, la Cour des comptes détaille les raisons de la grosse période de vaches maigres que traverse l'armée française. Faute de pouvoir financer toutes les dépenses, le ministère a tranché : une grande partie des dépenses d’équipement du ministère de la Défense ont été annulées pour être affectées aux dépenses de personnel, mais aussi et surtout aux « opex » (les « opérations extérieures », notamment au Mali et en Centrafrique) : « Comme lors des exercices précédents, les dépassements constatés pour les opex et les dépenses de masse salariale ont été gagés par des annulations sur les crédits d’investissement, en particulier ceux du programme 146 – Équipement des forces : au total, sur le périmètre de la mission, 650 millions d’euros de crédits de paiement ont été annulés, soit plus de 7 % des crédits (...). Les annulations brutes représentent un montant significatif de près de 1,8 milliards d’euros ». Les opérations extérieures françaises ont notamment entraîné un surcoût non budgété pour ce qui concerne le maintien en condition des matériels, les munitions et le carburant (de l’ordre de 400 millions d’euros) ainsi que pour les activités de renseignement (+ 60 millions d’euros).

L'armée n'a plus les moyens militaires de ses ambitions politiques

Cela fait plusieurs années que les opérations extérieures font d’ailleurs l’objet d’une budgétisation insuffisante. Nos dirigeants aiment projeter les forces françaises sur tous les théâtres d’opérations mais sans jamais anticiper le coût de ces opex. La loi de finances 2013 prévoyait une provision de 630 millions d’euros. Pas de quoi financer la seule opération au Mali dont le coût s’est élevé à 647 millions d’euros. Ajouté à cela l’opération, non prévue en Centrafrique, et c’est un chèque de 1 257 millions d’euros qu’il a fallu signer. Soit une sous- budgétisation de près de 100% ! La Cour des comptes notent que les dépenses d’opex devraient rester à un niveau élevé : « L’opération Serval au Mali ne s’est pas terminée en 2013 et 2 500 hommes restent déployés en janvier 2014, la présence française ne devant pas disparaître à brève échéance. Surtout, le déclenchement de l’opération Sangaris (RCA) début décembre 2013 devrait renchérir les dépenses d’opex en 2014. Cette opération ayant été lancée avant le vote de la loi de finances pour 2014, elle aurait pu faire l’objet d’une budgétisation ». Ce qui n’a, semble-t-il, pas été le cas et annonce déjà l’exigence d’une rallonge à venir. Le constat de l’engagement de la France sur des opérations à l'étranger est d’ailleurs contradictoire avec la future loi de programmation militaire 2014-2019 « construite sur l’hypothèse d’un désengagement des théâtres extérieurs».On adore taper dans les dépenses militaires, mais sans jamais prendre en compte que cela induit une baisse des capacités d’interventions françaises. Le bilan aurait pu d'ailleurs être encore pire, car le président Hollande reste inconsolable de la décision d’Obama de ne pas l'avoir suivi en Syrie. Notre président était, lui, déjà prêt à partir comme il l’a affirmé lors de son interview à Jean- Jacques Bourdin sur BFM-TV. Cette absence d’anticipation préoccupe la Cour des comptes 

« sur le potentiel des armées et le caractère non soutenable de ce fait, de niveaux d’opex qui seraient sensiblement supérieurs à la prévision, sur 2014 et sur les années suivantes ». Pour parler clairement, l’armée française n’a tout simplement plus les moyens des ambitions que les politiques lui prêtent. Si Hollande veut continuer à envoyer ses troupes partout, il va lui falloir remettre au pot. C’est la bataille qui se joue en ce moment au sommet du pouvoir entre Valls et Le Drian et que Hollande devra trancher.

Pour tenir le budget, il faut... vendre des Rafale

Dans cette lettre envoyée à Manuel Valls, Jean-Yves Le Drian mentionnait d’ailleurs l’ « exercice extrêmement tendu » de la loi de programmation militaire pour la période 2014- 2019: les« efforts seront difficiles à réaliser, dans un contexte social proche de l'exaspération ». Le ministre de la Défense évaluait à 355 millions d'euros les efforts à réaliser cette année. Or, « la Défense ne peut absorber une perte de crédits en 2014, ni sur sa masse salariale, ni sur ces crédits de fonctionnement », écrit le Ministre, qui évoque « un seuil de l'acceptabilité sociale » et des contraintes en termes de renouvellement et de modernisation des équipements : « Retirer une brique du mur et c’est toute l’ensemble qui s’effondrerait », a prévenu le Ministre. Ce n’est d’ailleurs pas la seule difficulté de la nouvelle loi de programmation militaire. Dans un grand élan optimisme, celle-ci a été envisagée sur l’hypothèse de l’exportation de l’avion de combat Rafale dont aucun exemplaire n’a encore été vendu à l’étranger. La signature du contrat avec les Indiens qui doit porter sur 126 avions pour un montant de 15 milliards d’euros n’est toujours pas actée même si Dassault estime que la victoire récente des nationalistes hindous du BJP aux élections indiennes est une « bonne nouvelle » (sic). C’est toute la loi de programmation qui dépend de cet hypothétique contrat. Un édifice fragile mais classique en France : aucune des lois de programmation militaire n'a jamais été entièrement appliquée. Pas étonnant dans ces conditions de constater que dans les casernes le doute s'installe. La condition militaire se dégrade largement comme le note le 8ème rapport du Haut comité d'évaluation de la condition militaire, paru le 28 mai. Confrontés aux ratés du logiciel Louvois qui a eu des « effets dévastateurs » sur le moral des troupes (voir encadré ci- dessous), le climat s'en ressent: « Le sentiment qui prévaut est celui d’une dégradation assez générale », selon le rapport, qui égrène les dysfonctionnements : militaires qui doivent s’organiser eux-mêmes pour préparer leur paquetage avant de partir en opération extérieure et accomplir les formalités administratives, ruptures de stocks dans l’habillement, chambres non chauffées en hiver, état catastrophique des installations sanitaires, réseaux informatiques non accessibles, manque de soutien aux familles, état des casernes qui reste peu engageant et dont les militaires dénoncent la déshumanisation des services. Le moral des troupes et de l'état- major est au plus bas.

Louvois, un logiciel de paiement des soldes qui coûte cher

Louvois est un logiciel de paiement dont on se demande parfois si le choix du nom n'avait pas une valeur prophétique. Mis en place en 2011, ce système informatique était censé simplifier, rationaliser et surtout baisser de 6 euros chaque traitement de la solde du militaire français. Pas négligeable en période de disette budgétaire. Depuis, le logiciel ne cesse de « buguer » et multiplie les erreurs de traitement, accordant des augmentations à certains, souvent les plus jeunes, incapables de rembourser, sanctionnant d’autres de façon totalement arbitraire, quand il n’oublie pas complètement le versement de certaines soldes. «Les errements de Louvois sont responsables, d’après le ministère de la Défense, d’un surcroît de dépenses de 160 M€ », écrit la Cour des comptes. Une gabegie financière qui nécessite que 500 personnes doivent désormais travailler uniquement au traitement des soldes en soutien au « foireux » logiciel auxquelles il faut ajouter une centaine de civils recrutés au titre de « la fiabilisation de 

Louvois ». Des dizaines de milliers de familles de militaires ont eu à pâtir des défaillances du programme ce qui a eu des « effets ravageurs » sur le moral des troupes selon le Haut comité d'évaluation de la condition militaire. Des erreurs « largement responsables » également « de l’importante augmentation de la masse salariale des armées alors que les effectifs sont en baisse » et des sommes qui « ne pourront être récupérées et ne compenseront pas exactement les avances de trésorerie accordées aux militaires lésés », selon la Cour des comptes. Par ailleurs le ministère de la Défense indique que même ces données sont sujettes à caution car « les dysfonctionnements de Louvois ont perturbé la clarté et la traçabilité des dépenses de masse salariale ». Avec Louvois, on ne voit plus rien ! Le logiciel devrait être abandonné d’ici deux ans selon le ministre de la Défense. Un remplacement dont on sait déjà qu’il sera complexe, long et... coûteux.

 

 

l armee francaise n a plus un rond et le moral a zero

Source, journal ou site Internet : Marianne

Date : 29 mai 2014

Auteur : Régis Soubrouillard

Publié dans Travail et Economie

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Jean Tonnerot 13/07/2014 22:47

Il manque une politique de défense. Il manque une politique tout court. À quand remonte la dernière mise à jour constitutionnelle utile ? Les politiciens de carrière rançais ne sont que des professionnels du déficit public et du chômage de masse qui ont fait la preuve de leur inutilité. L'histoire de France comprend des changements constitutionnels plus importants que la simple inéligibilité des politiciens de carrière. Relire la conduite du changement constitutionnel menée le 18 Brumaire an IX. Politiciens de carrière rançais, il vous reste à être les plus chauds partisans d'une petite mise à jour constitutionnelle portant sur l'inéligibilité des politiciens de carrière.

Pierre H Garcia 13/07/2014 22:46

Les politiques ont reussi a casser un outil extraordinaire parmi les meilleurs du monde!

Gerard Rhit 13/07/2014 15:45

excellent

Yves Marteau 30/05/2014 21:59

On vous aime mieux,Cher Alain,lorsque vous publiez de bien plus belles photos... L'essence du Monde,en réalité...