Vladimir Poutine deploie sa strategie eurasiatique

Publié le par AL de Bx

Le président russe a inauguré hier une « Union eurasiatique » censée faire pièce à l'Union européenne.

C'est dans un décorum et une ambiance très «néosoviétiques» que les présidents russe, kazakh et biélorusse ont signé jeudi, à Astana, capitale du Kazakhstan, l'accord de création de l'Union eurasiatique. Un espace souhaité de libre-échange économique, qui se veut le contrepoids oriental à une Union européenne dont beaucoup, à Moscou, dénoncent la décadence, voire pronostiquent la déchéance. Aux côtés d'un Loukachenko morose - le président autocrate de Biélorussie - et de Noursoultan Nazarbaïev, son homologue d'Asie centrale, Vladimir Poutine est apparu en tuteur de ce projet d'intégration qui peine à ressembler au modèle souvent cité de feu l'URSS. «Nous allons créer un centre puissant et attractif de développement économique, un marché régional important qui unira 170 millions de personnes», a déclaré le chef du Kremlin. L'Arménie, en juin, puis le Kirghizstan, dans les prochains mois, devraient rejoindre le nouvel ensemble.


«À la différence de l'UE, qui dépend de l'Otan et de Washington, l'Union eurasiatique est une structure souveraine qui prendra ses décisions seule»

Vladimir Lepekhin, directeur de l'Institut de l'Association économique eurasia- tique

Vladimir Poutine deploie sa strategie eurasiatique

«À la différence de l'UE, qui dépend de l'Otan et de Washington, l'Union eurasiatique est une structure souveraine qui prendra ses décisions seule», vante Vladimir Lepekhin, directeur de l'Institut de l'Association économique eurasiatique, un nouveau think-tank lié au Kremlin.

Mais, derrière l'unité de façade, les arrière-pensées de chacun des membres du trio sont visibles. Vladimir Poutine a dû cacher sa déception de ne pas voir l'Ukraine, pays clé de 45 millions d'habitants, adhérer à son projet. Échaudés par l'annexion russe de la Crimée, Alexandre Loukachenko et Noursoultan Nazarbaïev se méfient des ambitions impérialistes de Moscou. La veille de la cérémonie, le premier a félicité le nouveau président ukrainien, Petro Porochenko, plaidant à plusieurs reprises en faveur de «l'unité» du pays. Versatile, le maître de Minsk a souhaité le lendemain la création, sur la base de l'accord d'Astana, d'une «union politique, humanitaire et militaire». «Loukachenko agit en pur tacticien pour obtenir des concessions de Poutine. Tel est son style», constate Vladimir Lepekhin. La Biélorussie raffine du pétrole russe, qu'elle réexporte ensuite chez son voisin oriental tout en payant des taxes d'exportation, un manque à gagner de 4 milliards de dollars, qu'elle espère récupérer après la signature de l'accord. Pour sa part, le Kazakhstan de Nazarbaïev, très riche en pétrole, poursuit un seul objectif: l'accès aux oléoducs russes afin d'atteindre des clients, notamment européens, et réduire ainsi sa dépendance à l'égard de la Chine. Par ailleurs, ce pays d'Asie centrale recense quelque 3,7 millions de Russes ethniques dans ses régions nord, frontalières de la Russie, en grande majorité des descendants de familles russes déportées par Staline dans les années 1940. Très active au moment de l'annexion de la Crimée, la rhétorique de «l'aide au peuple russe» agitée par le Kremlin a beaucoup inquiété l'élite politique kazakhe.

«Sur le papier, cette union est très prometteuse. Mais avec à sa tête trois dirigeants autoritaires, ça ne peut pas marcher»

Igor Yourgens, président de l'Institut du développement moderne

Jeudi, Nazarbaïev a rappelé, à l'inverse de Loukachenko, que l'Union était «économique et ne touchait pas à la souveraineté de ses États membres». Très allusif, le document recense notamment les mesures commerciales protectionnistes que pourrait prendre l'Union eurasiatique. Il évoque à l'horizon 2025 la création d'une politique monétaire, financière et de concurrence unique. Mais ne prévoit pas l'adoption d'une monnaie commune et encore moins la création, comme à Bruxelles, d'institutions ad hoc. «Sur le papier, cette union est très prometteuse. Mais avec à sa tête trois dirigeants autoritaires, ça ne peut pas marcher», estime Igor Yourgens, président de l'Institut du développement moderne. À moins, ajoute cet expert, qu'après l'arrivée de nouveaux États membres, dont l'Arménie, en conflit avec l'Azerbaïdjan, Moscou adopte une attitude modératrice et se convertisse au «soft power». Ce qui reste à voir...

Vladimir Poutine deploie sa strategie eurasiatique

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El Db 31/05/2014 10:42

AH les mongols ! ^^------>