Un vent de révolte se propagerait-il en Afrique ?

Publié le par AL de Bx

Violation des droits de l’homme, prédations, blocages politiques, paupérisation, régimes mafieux, pouvoirs patrimoniaux… l’Afrique subsaharienne rassemble tous les ingrédients de la Révolution du jasmin.

 

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Le dernier sommet de l’Union africaine s’est déroulé à Addis-Abeba pratiquement sous le signe de la vague révolutionnaire qui a soufflé sur la partie nord du continent. La révolution tunisienne, qui a chassé Ben Ali et travaille âprement, et pas à pas, pour l’établissement d’une véritable démocratie, et qui s’est propagée dans le monde arabe, notamment en Egypte où Moubarak est en sursis, va certainement faire des émules dans l’Afrique subsaharienne. La question est dans les esprits tout aussi bien de ses populations que de leurs gouvernants. D’ailleurs, l’ordre du jour officiel du sommet était en lui-même significatif des maux qui affectent un continent qui vient à peine de célébrer le cinquantenaire de son indépendance. Pas un dossier qui enchante, rien que des problèmes et toujours les mêmes avec en supplément des crises prêtes à éclater.

 

Après deux mois de blocage en Côte d'Ivoire, l’UA ne sait même plus que faire pour mettre en place le candidat qu’elle a déclaré vainqueur des élections contrôlées par elle et l’ONU. Or, les chefs d’État africains savent pertinemment que le temps joue en faveur de Laurent Gbagbo, surnommé “le boulanger”, pour ses capacités à rouler ses adversaires dans la farine. L’UA a désigné un panel parmi les siens et se donne un mois pour trouver un accord ! La constitution d'un gouvernement d'union nationale a déjà été tentée au Zimbabwe entre Mugabe et son opposition, mais elle n'a résolu aucun problème de fond. Auparavant l’Afrique avait imposé la même thérapie pour le Kenya pour de maigres résultats. L'intervention militaire est inenvisageable, ce choc pourrait entraîner de sérieux remous dans les pays africains fournisseurs d’hommes. Le Nigeria, qui a fourni l’essentiel des forces onusiennes en place à Abidjan et ont été chargées de la sécurité d’Ouattara, est sur un volcan. Ne serait-ce que pour les violents heurts entre musulmans et chrétiens dans le nord et le terrorisme pétrolier dans son Delta. La grogne sourde dans tout le pays marqué par la corruption et la gabegie. Le climat n’est pas du tout apaisant ailleurs également. Au Gabon, le fils Bongo, qui a succédé à son père Omar, est fortement contesté. Au point où son rival à l’élection présidentielle de 2010, vient de s’autoproclamer président ! Ali Bongo a interdit son parti et menace de l’incarcérer. Bonjour la guerre civile.


Le vent de révolte en Tunisie et en Égypte peut-il se propager au sud du Sahara, se demandent très sérieusement les observateurs aujourd’hui ? Dans les années 1989-1990, des régimes autoritaires furent balayés (Ghana, Mali), d'autres ébranlés tout en se maintenant (Gabon, Togo, Cameroun) et puis certains se sont perpétués (Zimbabwe). Les changements promis sont restés au stade de promesses et la mondialisation des économies africaines ont permis au FMI et aux grandes puissances d’encourager les régimes africains dans leurs reniements à la démocratie. Certains d’entre eux ont même essayé de singer le modèle policier de la Tunisie de Ben Ali. On ne peut pas exclure un écho similaire avec la Révolution du jasmin. D’abord, la conjoncture économique africaine y est propice. L'Afrique subsaharienne a connu une certaine croissance ces dernières années, du fait de la demande chinoise et de la flambée des cours des matières premières.

 

Mais c'est une croissance en trompe-l'oeil. En fait, elle accentue les inégalités. Et cette descente aux enfers a suscité la prise de conscience chez les populations que pour s’en sortir, il faut balayer les régimes en place qui ne se sont pas gênés de triturer les constitutions le leur pays pour rallonger leur mandat et établir des présidences à vie. En outre, dans les pays francophones, on est de plus en plus hostile à l’égard de la France qui a encouragé les pouvoirs en place au détriment des droits de l’homme. Le nationalisme et l’anti-impérialisme sont de retour cette fois accompagnés de revendications démocratiques.

 

L’Afrique rassemble les mêmes ingrédients - le Syndrome tunisien est en marche.
Source, journal ou site Internet : Liberté
Date : 2 février 2011
Auteur : Djamel Bouatta

Publié dans International

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