Quoi retenir du printemps arabe ??

Publié le par AL de Bx

 

"En public, ils adoptaient un langage intransigeant, nationaliste, fustigeant la corruption dans leur pays, alors qu’au même moment ils vendaient l’Algérie par morceaux aux plus offrants." (1)

Gagnant du printemps arabe, Bouteflika est passé maître des manoeuvres et des fraudes électorales.

Les perdants du printemps arabe sont les dictateurs évincés, les femmes les démocrates et les minorités non musulmanes. Dans l’Egypte de Morsi, on estime à 100000 le nombre de Coptes qui ont fait une demande d’émigration pour les USA et les pays scandinaves. De 15% de la population du Proche-Orient en 1900, les gens du livre ne représentent plus aujourd’hui que 6%. (2) Sur les 131 pays dits chrétiens aucun ne fait référence dans sa législation à Sidna Aissa (Jésus) alors que dans les 49 pays musulmans, 17 interdissent toutes les religions étrangères et 19 reconnaissent la liberté religieuse que sur le papier. En Arabie Saoudite, le grand Mufti a

lancé une fatwa interdisant toute construction d’église et appelle à détruire toutes celles existantes dans la Péninsule. Il faut préciser que dans le monde arabe printemps ou pas, musulman ou pas, on n’a besoin ni d’une guerre ni d’une révolution ni d’une crise économique pour engendrer les "fuyards" souvent parmi les plus qualifiés. Curieusement, ces chrétiens qui ont contribué à la renaissance arabe, la Nahda, sont plus protégés par la dictature que l’ouverture démocratique. Dans une interview dans Le Monde avec Abdelwahab Meddeb, Tarek Ramadan affirme : "Dans le monde arabe, la sécularisation est historiquement associée à la colonisation ou à la dictature." Quant aux gagnants, les islamistes bien sûr sont en première ligne. Chez nous, la police et l’armée ont saisi l’occasion pour montrer leur savoir- faire à défendre un temple sacré loin du champ de bataille. En Occident c’est les fabricants d’armes qui se frottent les mains, l’immobilier de luxe et les banques suisses. D’après le Figaro, le printemps arabe une vraie manne pour l’immobilier de luxe parisien, les grandes familles du Maghreb et du Moyen Orient achètent des résidences par dizaines de millions d’euros. "En 2012, nous avons réalisé 50% de notre chiffre d’affaires avec des particuliers venus de ces pays (Liban, Syrie, Tunisie, Egypte..." affirme Jean Philippe Roux, directeur de John Taylor, spécialiste de l’immobilier haute gamme (3). Le journal français précise que les plus actifs sont les Libanais, préoccupés par la contagion syrienne. L’auteur de l’article ne parle pas de l’Algérie et pour cause, on est censé avoir fait notre printemps en 1988, donc nos "grandes familles" ont pris de l’avance par rapport à leurs consœurs. Même si "Ce printemps (algérien, 1988) était devenu une espèce d’oiseau qu’un chasseur aurait abattu." (4) Dès octobre 1962, avant même que l’indépendance ne s’installe que le pays ne commence à fonctionner, l’idée a germé et dare-dare concrétisée. Dans son livre, Corruption et Démocratie en Algérie, Djillali Hadjadj revient sur le fabuleux trésor du FLN (près de 43 millions de francs suisses de l’époque) disparu mystérieusement dans les banques suisses sans laisser de trace. Fortune colossale, fruit de lourds sacrifices de la part de nos émigrés et des sympathisants de la cause nationale contre le colonialisme. Puis rebelote avec la Caisse de Solidarité, Soundouk Ettadhamoun, raflant les bijoux des femmes algériennes et les louis en or représentant souvent toutes les économies des ex familles-indigènes. Personne n’a été inquiété, affaires classées secret d’Etat et le peuple payeur et "oublieur" a circulé sans demander le pourquoi et le comment de cette épidémie de disparitions. Au commencement, le ver était dans le fruit visait l’arbre jusqu’aux racines. La corruption en Algérie a été la seule politique menée avec réussite et en catimini, quiconque menace de lui arracher son voile et c’est la malédiction assurée. Boudiaf y a laissé sa peau et Boumediene est mort à temps, précise Hadjadj en s’étonnant : "Comment l’Algérie, qui possède un potentiel humain magnifique, un territoire gigantesque, une histoire millénaire et de fantastiques ressources naturelles, peut-elle, 39 ans après son indépendance, compter d’un côté près de la moitie de sa population au-dessous du seuil de pauvreté et de l’autre une caste de nouveaux riches issus des cercles du pouvoir ? Comment, s’il n’existait une corruption généralisée, tentaculaire, féroce, et une caste prête à tout sacrifier à ses intérêts mafieux ?" 11 ans plus tard, on peut hélas affirmer que cette caste a tout sacrifié, on ne voit pas quel domaine a été épargné. Les experts disent que le plus grave ce n’est pas la corruption mais le devenir de l’argent détourné. Que fait-on avec ? On dit que la cause principale du printemps arabe c’est la corruption. Or il y a corruption et corruption. Ne parlons pas de la Chine qui est devenue la deuxième puissance planétaire mais comparons nous seulement avec les pays frères de ces grandes familles qui se délocalisent à Paris. La Tunisie qui nous dépasse dans tous les classements internationaux, ne pesait rien à son indépendance en 1956. Dès 1982, elle s’est libérée de la dépendance pétrolière et a réajusté son économie. Maintenant, l’industrie manufacturière et non manufacturière représente 82% des exportations au point de la classer 1ere d’Afrique devant l’Afrique du Sud. D’après le Groupement Interprofessionnel des Fruits, la Tunisie en est le 1er exportateur mondial avec des ventes annuelles de 30000 tonnes dont la moitié au

marché européen. Elle est le 4eme pays le plus visité après l’Egypte l’Afrique du Sud et le Maroc en Afrique et dans le monde Arabe, sans parler de l’Europe ; 6,5 millions de touristes en 2006. Elle possède 30 aéroports dont 7 internationaux. Les émigrés représentent 22,7% de l’épargne nationale, 4eme apport de devises. En Allemagne, les 4200 Tunisiens rapportent plus de 50 millions d’euros par an. A titre comparatif ça représente à peu près l’or que Leila Trabelsie a pris de la Banque Centrale avant de fuir, et le 1⁄4 des pots-de-vin touchés par Sonatrach en 2007 de la part d’une seule société italienne, Saipem. Grâce à son économie diversifiée et malgré les Trabelsi, le pays du jasmin avec le Maroc sont les seuls pays de la région dans la catégorie des "pays à revenus moyens". Et enfin, la Tunisie est la 1ere économie la plus compétitive d’Afrique devançant l’Afrique du Sud, et en 2007 occupait la 29eme place sur 128 au niveau mondial. La Tunisie "fait partie de la poignée de nations du monde en développement qui a su tirer profit de la vague du redéploiement d’activités Nord- Sud", affirme André Wilmots. Quant à la Syrie, le pétrole ne représente que 30% du PIB et le commerce extérieur 70% du PIB (Figaro). Son économie repose sur l’agriculture, l’artisanat, les télécommunications, le commerce. Ses exportations sont encore plus diversifiées que la Tunisie : pétrole, minéraux, produits pétroliers, fruits légumes, textile, vêtements, viande, animaux et blé. Quand au tourisme, en 2010 elle accueilli plus de 7 millions de visiteurs. Et c’est grâce à Bachar Al Assad que le PIB a plus que doublé en 5 ans au point où l’OMC a ouvert ses portes à Damas en 2010 comme membre observateur. Quant à l’Egypte, 5 rentes l’arrosent : le Nil, les pyramides, le canal de Suez, sa position géopolitique et ses émigrés. En 2008, elles lui rapportent 39 milliards de dollars, le 1⁄4 de son économie : 18 (hydrocarbures) 8 (tourisme) 6 (émigrés) 5 (canal de Suez) et 2 (aide américaine). Le Liban, le pays du cèdre, est un véritable aimant pour ses voisins même en temps de crise. Il peut compter sur sa diaspora et les pays du Golfe qui constituent la principale source d’investissement. La part du CCG (Conseil de coopération du Golfe) est de 60% du total IDE (investissement direct étranger) suivie par la France, l’Allemagne, etc. D’après le FMI, les transferts de fonds vers le Liban provenant de ses expatriés en % du PIB sont les plus élevés au monde. Et selon un rapport récent de la Banque mondiale, le Liban a toujours attiré le flux en provenance de la région au cours des dernières décennies, des flux liés à la richesse pétrolière, l’attractivité de ses actifs immobiliers, la perception de son secteur bancaire etc. Certes beaucoup reste à faire quand on voit que le PIB cumulé de l’Algérie, Tunisie, Egypte Maroc Liban, Jordanie et la Syrie est quasi égal à celui de la minuscule Belgique qui ne possède comme rente que son facteur humain. D’après l’organisation de Washington (GFI) entre 1970 et 2008, l’Egypte l’Algérie le Maroc et la Tunisie ont perdu plus de capital par habitant que tout autre groupe de nations africaines, "niveau incroyable" juge la GFI. Entre 2000 et 2008, l’Egypte l’Algérie et le Maroc se placent dans le Top 6 du continent africain pour les "exportations de capitaux illicites". On voit que l’Algérie est citée toujours dans un groupe à nous de deviner qui pèse le plus dans la balance vu l’état de l’économie algérienne avec un bakchich s’élevant à 25% alors que la norme mondiale ne le tolère qu’à 2% au maximum. Pendant que la Tunisie de Merzouki se propose d’accueillir le 16eme congrès de Transparency International, notre pays accueille pour la 3eme fois le congrès des directeurs généraux et de sécurité arabes pour la manipulation de la foule et l’étouffement des révoltes populaires. On observe en Tunisie, Egypte, Liban et Syrie, un peuple acteur, de l’intérieur et de l’extérieur, dans l’économie nationale. La confiance règne malgré la pauvreté et la corruption. En Algérie, c’est l’infernale exception, la bête ou l’extraterrestre, "tout absolument tout s’est fait dans la violence et s’est réglé dans la violence" (5). Or comme la violence n’a jamais rien réglé, l’Algérie apparait comme un colosse pourri qui se maintient debout grâce au reflexe musculaire de la grenouille morte traversée par un courant électrique (le pétrole). Soumise à une engeance fantomatique névrosée plongée dans la ruée vers l’or depuis plus d’un demi-siècle saccageant tout sur son passage se "bunkerisant" pour mieux s’envoler au moindre craquement de l’édifice. Comparé

aux autres pays arabes, notre retard est abyssal dans tous les domaines sauf celui de l’armée et de la police où on est passé maitre et encore à voir le tapis rouge déroulé sous les pieds des repentis et la terreur face à une poignée de marcheurs pacifiques... En tous les cas le système algérien sort grand gagnant de ce printemps arabe. Il a non seulement récupéré sa force d’avant 1988, acheté un prestige à l’extérieur et surtout neutralisé la "bête", le vote-folklore des dernières élections locales en est la meilleure preuve. "A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire" (6)

 

 

Perdants et gagnants du printemps arabe

Source, journal ou site Internet : Le Matin DZ

Date : 15 décembre 2012
Auteur : Mimi Massiva


(1) Corruption et Démocratie en Algérie, Djillali Hadjadj, (un ancien de la DST à Eric Laurent)

(2) Jean-Yves Guerin ( 05/ 12/ 2012)
(3) Canal Plus (Chrétiens d’Orient : l’Exil ou la Mort ?) (4) Anouar Benmalek
(5) Djamel Guerid (L’Exception Algérienne)
(6) Corneille (Le
Cid)

Publié dans International

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