Quand l'Etat "stratège" se mêle de tout en Hollandie: UN PRINCIPE ET SEPT AMBITIONS POUR L’INNOVATION, le rapport complet ici, un ersatz du colbertisme technocratique à la française

Publié le par AL de Bx

 

Le rapport de la commission "Innovation 2030" qui doit être présenté ce vendredi par sa présidente Anne Lauvergeon recommande que la France se focalise sur 7 ambitions technologiques et industrielles comme le stockage de l'énergie ou le recyclage des matières.


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L'ex-patronne d'Areva, Anne Lauvergeon, a remis son rapport sur l'innovation 2030 à François Hollande le 11 octobre
En savoir plus sur http://lentreprise.lexpress.fr/innovation/innovation-les-sept-priorites-de-la-commission-lauvergeon_43604.html#o8XLwjzmgvoXAc1z.99

L'ex-patronne d'Areva, Anne Lauvergeon, a remis son rapport sur l'innovation 2030 à François Hollande le 11 octobre.


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L'ex-patronne d'Areva, Anne Lauvergeon, a remis son rapport sur l'innovation 2030 à François Hollande le 11 octobre.


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Commission Innovation 2030, que du rose??
La Commission Innovation, composée de 20 personnalités aux profils variés, a été installée par le Président de la République le 18 avril 2013. Il lui a été demandé, par lettre de mission du Premier ministre, de sélectionner, en nombre limité, des ambitions fortes, reposant sur des innovations majeures, pour assurer à la France prospérité et emploi sur le long terme. (Le travail de la Commission s’est déroulé sous l’égide du Ministre du redressement productif et de la Ministre déléguée chargée des petites et moyennes entreprises, de l’innovation et de l’économie numérique)

42834.jpgRemise du rapport par la Présidente de la Commission Innovation 2030
Me Lauvergeon (ex pdg d'Areva) à M. Hollande


Son objectif est de stimuler l’innovation au sein des entreprises de toute taille autour de priorités durables. Pour ce faire, la Commission est convaincue qu’il faut éviter la dispersion et le « zapping » pour réussir.

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Si l’innovation peut être favorisée par une action volontariste des pouvoirs publics dans la durée à l’exemple d’Airbus, elle naît aussi d’initiatives individuelles et répond à des demandes sociétales. Le rôle de l’État et des collectivités territoriales est alors d’assurer l’existence d’un environnement favorable.

 

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La Commission s’est d’abord concentrée sur le contexte dans lequel la France évolue avant de définir une méthode de travail permettant de présenter des choix stratégiques d’innovation. Pour ce faire, elle a auditionné des personnes de tous horizons, a reçu de très nombreuses contributions et a mené une étude des politiques développées dans différents pays à partir de sources ouvertes et du travail des ambassades.

 

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La définition de ces choix s’appuie sur les attentes sociétales fortes, en croissance – préoccupation pour la planète, vision plus « individualiste » du citoyen "consommateur, responsabilité individuelle accrue, etc. – mais également la prise en compte d’un contexte international complexe " potentiel économique des pays émergents, allongement de la durée de la vie, urbanisation croissante, tensions probables pour l’accès à l’eau potable,à l’énergie et aux matières première, effets croissants du changement climatique.

 

5761_1364376918_innovation-union-europeenne.jpgC'est fou comme nous innovons en France!

c'est vrai nos chercheurs préfèrent partir à l'étranger,

ils sont plus reconnus.

 

La grille de lecture du monde évolue : le progrès se conjugue avec les notions d’utilité, de sobriété et de bien d’usage. Le besoin de sécurité s’accroît qu’il s’agisse des personnes, des biens ou des informations, en parallèle à une volonté de santé et de bien-être à tout âge. Les innovations de demain devront répondre à ces attentes montantes de la société et arriver au bon moment. A défaut, elles ne rencontreront pas leur marché et resteront sur étagères. Pour passer du possible au réel, la France dispose de solides atouts même si la concurrence mondiale s’accroît. Le tour d’horizon international de la Commission montre que beaucoup d’États mettent en place des stratégies d’investissement ciblées pour acquérir des positions de leaders dans certains domaines. Il ne suffit plus de disposer de forces dans un domaine. Il faut être à la pointe de l’innovation, présenter des atouts d’excellence, convaincre de la qualité au bon moment et attirer les meilleurs talents dans un contexte de concurrence internationale.

 

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Mais la France présente aussi des handicaps, avec un écosystème culturel et une organisation qui n’incitent pas à l’innovation et sur lequel il faut agir. Fiscalité, contraintes réglementaires, conjoncture morose ou frilosité tout simplement ne facilitent pas la vie des innovateurs. Ce constat n’est pas nouveau. La France a peur d’oser et de prendre des risques. Elle est actuellement l’antépénultième pays en termes de production économique industrielle en Europe.

 

Sur ces bases, la Commission propose au Gouvernement sept Ambitions : 
Ambition n°1 : Le stockage de l’énergie cf. pages 20 – 22
 Le développement des énergies renouvelables, pour la plupart intermittentes, l’optimisation de la production électrique et le développement de la portabilité nécessitent des innovations de rupture dans les systèmes de stockage. C’est un élément indispensable de la réussite de toute transition énergétique. La France présente de réels atouts grâce à de grandes et petites entreprises bien positionnées sur ce sujet et une recherche publique de qualité. 

Par Professeur Kuing Yaman:
Les énergies renouvelables grassement subventionnées sont en surproduction, le marché européen de carbone s'est effondré et le prix du charbon a chuté grâce au gaz de schiste US, bilan beaucoup de centrales à gaz ont fermé.
Mais les énergies renouvelables subventionnées ont une production aléatoires, notamment en hiver.
Les incohérences de la politique énergétique européenne par Emmanuel Le Chypre.

Ambition n°2 : Le recyclage des matières : métaux rares cf. pages 23 – 24
 La raréfaction et le renchérissement des métaux mais aussi la protection de l’environnement rendront indispensables le recyclage, en particulier des métaux rares. La France dispose de réels atouts dans un contexte européen favorable. L’innovation et un cadre réglementaire adéquat peuvent permettre l’émergence de leaders dans ce domaine.

Ambition n°3 : La valorisation des richesses marines : métaux et dessalement de l’eau de mer cf. pages 25 – 28
 La valorisation des métaux présents au fond de la mer et un dessalement moins énergivore de l’eau de mer apporteront des ressources indispensables à une population en croissance. La France dispose d’une des plus importantes zones exclusives d’exploitation marine ainsi que d’entreprises et organismes de recherche très compétents sur ce sujet.

Ambition n°4 : Les protéines végétales et la chimie du végétal cf. pages 28 – 32
De nouveaux produits alimentaires reposant sur des protéines végétales devront être conçus pour répondre à la croissance de la demande alimentaire mondiale que le secteur de l’élevage ne pourra seul satisfaire. Les forces conjuguées de son agriculture, de son industrie agro-alimentaire et de sa tradition d’innovation culinaire devraient permettre à la France de disposer d’un important potentiel d’exportation. Par ailleurs, notre richesse agricole pourra également permettre le développement de nouveaux matériaux.

Ambition n°5 : La médecine individualisée cf. pages 33 – 37
Le développement des sciences « omiques » (génomique, protéinomique, etc.), les liens croissants entre dispositifs médicaux et thérapies ainsi que le développement du numérique vont faire émerger une médecine de plus en plus personnalisée, porteuse d’une plus grande efficacité collective et individuelle, avec des traitements adaptés. La France dispose d’atouts réels en ce domaine
avec un système de santé et une recherche dans ce domaine internationalement reconnus pour leur qualité.

Ambition n°6 : La silver économie, l’innovation au service de la longévité cf. pages 37 – 41
D’ici 15 ans, 1,2 milliard d’habitants auront plus de 60 ans dans le monde. Les seniors assureront la majorité des dépenses en France. Or, ils expriment des besoins spécifiques. Une économie nouvelle se développera répondant entre autres à la perte d’autonomie. Les seniors français plutôt technophiles, le système centralisé de santé, les compétences académiques, la présence de start-up innovantes d’intégrateurs et équipementiers de haut niveau sont autant d’atouts pour le développement de ce secteur en France.

 Ambition n°7 : La valorisation de données massives (Big Data) – 
cf. pages 41 – 45
La multiplication des données créées par les particuliers, les entreprises et les pouvoirs publics sera porteuse de nouveaux usages et de gains de productivité. La mise à disposition par l’État et par ses opérateurs des données publiques constituera une opportunité pour favoriser l’essor de nouvelles start-up. Ici encore, la France présente de nombreux atouts. L’école française de mathématiques et de statistiques est une des meilleures au monde. Plusieurs entreprises sont leaders de sous-segments.
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Réponses aux attentes sociètales
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Ces Ambitions ont été choisies par la Commission sur la base de plusieurs critères, en premier lieu leur capacité à générer de la croissance, des emplois et des exportations. Elles sont à la confluence de marchés majeurs portés par des besoins sociétaux certains et de compétences distinctives françaises. Elles nécessitent des innovations de rupture et constituent pour la Commission un enjeu de souveraineté pour que la France soit durablement une puissance économique prospère. Enfin, elles prennent en compte des évolutions technologiques massives comme la révolution numérique ou l’impact des nouveaux matériaux avec des propriétés avancées.
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Dans ce contexte, l’exercice de la Commission s’inscrit en complémentarité du projet de « Nouvelle France industrielle » qui met en œuvre 34 plans définissant des relais de croissance des filières industrielles sur les marchés d’aujourd’hui. La Commission veut, quant à elle, susciter, d’ici dix ans, des leaders industriels français à l’échelle internationale, dans des secteurs précis, en concentrant les moyens sur des axes clefs.
Ces Ambitions pourront avantageusement s’appuyer sur des consortia européens. Elles s’inscrivent en effet pleinement dans les différents défis sociétaux identifés par la Commission européenne.
 

 

Ces efforts stratégiques doivent s’accompagner d’importantes réformes du contexte dans lequel les entreprises évoluent.



Ouverture du grenelle Hollande.
L'éolien et le photovoltaïque coûtent trop cher et sont donc largement subventionnés par le contribuable, donc à quand l'exploitation des gaz de schiste ?
Mais en France, le principe de précaution est devenu un principe de suspicion.

Reconnaître que l’innovation est essentielle au succès économique, accorder un accueil favorable à la nouveauté, simplifier les procédures, encourager l’expérimentation, alléger les normes, consacrer une part significative des commandes publiques à des propositions innovantes, faire preuve de constance dans les politiques publiques, valoriser la prise de risque et son corollaire, l’échec, dans le système éducatif, etc., sont autant de mesures que la Commission recommande d’inscrire dans un principe d’innovation, qui équilibre le principe de précaution. Ce principe, promu au plus haut niveau de l’État, peut constituer un fil directeur commun à une politique d’avenir ambitieuse, résolument engagée dans l’avenir, et montrer aux entrepreneurs que l’État soutient leurs initiatives.
51-5bdc1194d1.jpgImpact des ambitions pour la France
(l'intensité de la couleur retenue est proportionnelle à la réponse à chaque critère)

La Commission recommande une mise en œuvre rapide et concrète de ses propositions.

Chaque Ambition présente des spécificités pour créer des emplois et de la richesse en 2025. C’est pourquoi la Commission propose des leviers d’actions adaptés à chaque cas: concours d’innovations, commande publique, prise de participations mais aussi actions de normalisation, simplifications réglementaires précises, formations adaptées, expérimentations, etc.
La Commission recommande le lancement, sous deux mois, de sept concours d’innovations, ouverts à tout type d’entreprises, pour susciter la créativité autour des sept Ambitions définies plus haut. Rapide et simple, la première phase, dite d’amorçage, permettra de sélectionner les projets capables de faire la différence à l’international. Ils seront dotés d’une subvention forfaitaire qui facilitera leur maturation. Une attention particulière sera portée à l’identification de personnalités entreprenantes et motivées. Une deuxième phase permettra d’apporter des financements adaptés, publics et privés, à chacun des projets les plus prometteurs. La Commission restera mobilisée sur la mise en œuvre de ces concours d’innovation, afin de lancer, à la conquête de ces sept marchés de référence, une génération d’innovateurs.
Pour afiner les leviers d’actions de chaque Ambition, la Commission compte poursuivre ses échanges avec les entreprises, les partenaires sociaux, la société civile, les administrations et le gouvernement.
La Commission se fixe pour objectif d’aboutir sur ces deux sujets d’ici quatre mois.
Enfin, elle recommande d’organiser, sans créer de structure nouvelle, des moments réguliers de discussion réunissant entrepreneurs, représentants de la société civile, scientifiques, partenaires sociaux, élus et administrations. Première brique de la mise en œuvre opérationnelle du principe d’innovation, ces échanges auront pour objectif de construire des consensus permettant de proposer des mesures législatives, réglementaires et administratives nécessaires au déploiement des sept Ambitions sur le long terme, au-delà des clivages politiques. Ils permettront également de réaliser une veille internationale sur ces sujets. Cette « Fabrique du consensus » travaillera étroitement avec le Commissariat général à la stratégie et à la prospective et le Conseil économique, social et environnemental.

"Notre école doit enseigner et valoriser la prise de risque et son corollaire l'échec"
Lauvergeon
Pour lire le rapport au complet cliquez le lien ci-dessous, détails et annexes:
ou ici:
 
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L'échec programmé de la Commission "Innovation 2030"

En juillet 1994, Gérard Théry, ingénieur général des télécommunications que beaucoup considèrent comme le père du Minitel, remet son rapport sur les autoroutes de l’information [1] à Édouard Balladur. Dans l’esprit de cet éminent expert cela ne fait aucun doute : le futur réseau devra s’inspirer de l’architecture centralisée du réseau Teletel et c’est aux pouvoirs publics qu’incombent la lourde responsabilité de planifier son développement et d’inciter les acteurs publics et privés – à commencer par France Télécom – à investir massivement dans cette technologie d’avenir. Quant à Internet, la conclusion de Gérard Théry est sans appel : ses limites, écrit-il, « démontrent ainsi qu’il ne saurait, dans le long terme, constituer à lui tout seul, le réseau d’autoroutes mondial. » C’était en 1994 ; vous connaissez la suite.

 

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Lorsque celles et ceux qui ont moins de trente ans aujourd’hui lisent ce monument de colbertisme technocratique, ils commettent en général l’erreur de croire que son auteur était un vieil imbécile incompétent. Rien ne saurait être plus faux. En 1994, Gérard Théry était, de l’avis de tous, l’un des plus éminents spécialistes français du secteur des télécommunications et vous auriez eu toutes les peines du monde à trouver plus compétent que lui. Mais le fait est que M. Théry, malgré son indiscutable compétence technique et un curriculum vitae long comme le bras, était au homme de chair et de sang qui, comme vous et moi, ne pouvait pas prédire l’avenir.


Le mythe de la Pythie

Projetez-vous une vingtaine d’années en arrière, à l’époque où Édouard Balladur commande ce rapport, et posez-vous cette simple question : qui aurait pu prévoir ce qui est advenu depuis ? Lorsque Gérard Théry prédit que « l’ADSL n’offre pas de perspectives d’évolution » (plus de 90% des connexions aujourd’hui), Internet compte une grosse dizaine de millions d’utilisateurs et moins de 3 000 sites [2] et le premier fournisseur d’accès destiné au grand public vient à peine d’ouvrir en France ; le premier réseau GSM de téléphonie mobile français fête tout juste son deuxième anniversaire et moins de deux ménages français sur dix disposent d’un ordinateur personnel (sept sur dix aujourd’hui) ; les modems à bas débit se connectent à grand renfort de « CriiiiBoingBoings » et nous étions encore nombreux à nous demander s’il fallait vraiment remplacer nos cassettes audio et nos vinyles par des CDs.


Laissez-moi affirmer l’évidence : personne n’aurait pu prévoir ce qui s’est passé depuis et, aujourd’hui encore plus qu’hier, anticiper les évolutions technologiques des vingt années à venir relève de la boule de cristal, de la divination pure et simple. C’est impossible, personne n’en est capable et ceux qui prétendent le contraire sont des fumistes qui cherchent à se faire passer pour la prêtresse de l’oracle de Delphes. C’est même, conformément aux prédictions de l’effet Dunning-Kruger, un moyen robuste de distinguer les vendeurs de soupe des véritables experts : là où les premiers distribuent leurs oracles avec toute la conviction dont sont capables les diseurs de bonne aventure, les seconds, eux, redoublent de prudence dès lors qu’il est question de prévoir quelque chose à plus d’un an.


Essais et erreurs

Cette croyance selon laquelle on peut planifier et organiser l’innovation technologique à long terme n’est, précisément, rien d’autre que ça : une croyance. Si l’histoire des trois derniers siècles, des machines à vapeur à Internet et passant par le train, doit nous enseigner quelque chose en matière d’innovation, c’est justement qu’elle ne se décrète pas, qu’elle a toujours été le fruit de la rencontre d’une initiative individuelle et d’un marché et, enfin, que les rares projets centralisés et pilotés par la puissance publique qui n’ont pas été des gouffres financiers ont finalement abouti grâce au marché et d’une manière que personne n’avait prévu.


Considérez l’histoire d’Internet, justement, et la manière dont il a évolué d’un très confidentiel projet militaro-universitaire en un réseau universel et décentralisé. Souvenez-vous du projet Cyclades de Louis Pouzin, qui aurait pu devenir l’internet français dès le début des années 1970 et qui a été purement et simplement abandonné sous la pression des ingénieurs télécoms qui préféraient pousser le Minitel [3]. Remontez le temps et souvenez-vous de cette France colbertiste qui avait Denis Papin sous la main et s’est débrouillée pour que ces inventions soient développées par un entrepreneur anglais [4] ; souvenez-vous du plan Freycinet (1879) qui n’a réussi qu’à ruiner les compagnies qui avaient construit notre réseau ferroviaire et à précipiter leur nationalisation en 1938… On pourrait en remplir des bibliothèques.


Ne vous méprenez pas : il n’est pas question de dire ici que l’État est incapable d’avoir de bonnes idées ni que celles issues du secteur privé sont systématiquement bonnes : le fait est que l’innovation est un processus de découverte, d’essais et d’erreurs et que l’État, s’il sait faire des essais, est absolument incapable de reconnaitre ses erreurs. Le volontarisme d’État, en matière de grands projets économiques, est une extraordinaire machine à gaspiller, à prendre ses désirs pour des réalités et à confondre investissements et satisfaction d’impératifs politiques immédiats. La planification économique ne fonctionne pas ; le seul système qui ait jamais produit de l’innovation et de la croissance, c’est un système dans lequel des entrepreneurs privés proposent à un marché qui dispose – c’est ce que l’on appelle le capitalisme et l’économie de marché.

 

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Élites à la manœuvre

Et voilà que ce 19 avril, entre deux réformes sociétales destinées à occuper la une des journaux, notre actuel gouvernement a « installé » sa commission Innovation 2030 ; laquelle, présidée par Mme Anne Lauvergeon, a reçu pour mission – sans rire – de « proposer au gouvernement, d’ici à l’été, les secteurs et les technologies où la France est susceptible d’occuper des positions de leader à l’horizon 2030, en privilégiant les activités qui répondront aux besoins de la société de demain et créeront la plus grande valeur et le plus d’emplois sur notre territoire [5] »


Nous y revoilà. Dans la grande tradition de l’État stratège contre la myopie des marchés, nous allons encore une fois financer à grand renforts d’argent public une énième commission Théodule chargée de rien de moins que d’identifier les besoins de la société dans vingt ans. Entendez-moi bien : je n’ai aucun commentaire à faire sur le choix de Mme Lauvergeon pour présider ce nouvel ersatz du colbertisme technocratique à la française mais ce que je tiens en revanche pour certain, c’est qu’à la lecture de leurs conclusions dans quelques années, nos enfants se rouleront par terre. Les innovateurs des années 2030, vous ne les trouverez ni dans les couloirs de l’Assemblée nationale, ni à la direction des grandes entreprises : en ce moment, ils partagent leur temps entre l’école primaire et le bac à sable.

 

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Mais nos élites visionnaires sont sûres d’elles-mêmes. Après avoir consciencieusement massacré les capacités de financement du secteur privé à coup de taxes et de règlementations [6], les voici donc qui se piquent de prévoir le futur et de remplacer ce qu’ils ont détruit par une Banques publique d’investissement et une nouvelle commission technocratique. Je prends un pari avec qui le veut : d’ici 2030, la première aura fait faillite dans un grand scandale de détournement de fonds et aucun – je dis bien aucun – des investissements d’avenir sélectionnés par la seconde n’aura été autre chose qu’un gouffre financier.



Par Guillaume Nicoulaud


qui écrivait également sous le pseudonyme Georges Kaplan, est économiste de formation. Il travaille pour un fonds d’investissement tout en menant des activités de recherche (principalement la théorie de valorisation, l’hypothèse d’efficience des marchés et la théorie dite autrichienne du cycle) et en écrivant des articles pour diverses publications.

 

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Sultana Cora 12/10/2013 16:20


Sultana Cora
les besoins dans 20 ans???
tout dépend s'ils restent encore 6 mois, un an ou 3 ans!!
ça peut changer considérablement!!
en attendant dans moins de 6 mois vous pouvez leur envoyer un signal fort sur LEUR avenir!!
votez ! déplacez vous !!!aucune raison au monde ne doit vous empêcher de vous déplacer pour voter!i
et à chaque fois choisissez celui ou celle qui sera en position de faire battre la gauche, ce devrait être votre seul critère de choix ,même si c'est un âne ou si vous devez vous mettre une
pince à linge sur le nez !
en plus vous gagnerez du temps parce que vous n'aurez même pas à lire leurs programmes que de toutes les façons ils n'appliqueront pas
et en plus vous enverrez à ceux qui vont être élus un signal fort sur votre "capacité de nuisance"
virez les et on verra après!!

Romaric Cecillon 12/10/2013 15:56


Romaric Cecillon 


comme pour le plan Calcul ..ca va planter ^^

Xuân Cô-Guignot 12/10/2013 14:01


Xuân Cô-Guignot
...Si on tient jusque là !