Parfaire la société parfaite par Jacques Garello; La France, terre d’élection du socialisme

Publié le par AL de Bx

Nantis d’un plan rationnel de la société parfaite à construire, les socialistes n’ont de cesse que de l’imposer. La construction ne souffre ni contestation ni retard. Ceux qui se mettront en travers du sens de l’histoire éclairée par la science seront par définition des ennemis du progrès et du bonheur de l’humanité. Ces réactionnaires méritent d’être neutralisés, et finalement éliminés. La science ne tolère pas d’opposition ni de contestation.


Le socialisme appelle donc le despotisme. Mais alors que le pouvoir d’un dictateur peut être tenu pour illégitime, car il n’a d’autre source que l’usage de la violence et de la terreur, le despotisme socialiste est pleinement légitimé, car il n’est que l’instrument d’organisation de la société parfaite. D’ailleurs quelle est la dictature socialiste qui n’ait été tôt ou tard avalisée par un vote démocratique ? Lénine, Hitler, Mussolini, Castro, Chavez, entre autres, ont tous été des « élus ». Les communistes avaient une belle expression pour décrire cette réalité : le centralisme démocratique.

 

La diversité et la concurrence, ennemies du socialisme 

Tout ce qui est entre le pouvoir et l’individu peut faire obstacle à l’installation de la société parfaite. Les « corps intermédiaires », corporations, églises, associations, ne peuvent faire le contrepoids du pouvoir central. A la limite, on pourra les organiser pour démultiplier l’action gouvernementale : c’est la mode fasciste, la mise en place de réseaux, de faisceaux, qui drainent les individus vers le pouvoir central.


De la même manière, les libertés locales doivent être supprimées, ou mises sous la tutelle bienveillante du pouvoir central. Les Girondins avaient voulu une France fédérale, les Jacobins ont instauré une France absolutiste, une République « une et indivisible ». 


Pour les socialistes, il ne saurait y avoir plusieurs lieux du pouvoir, ni plusieurs modes de construire ou de vivre la société parfaite. Ils invoqueront d’ailleurs avec insistance l’idéal d’égalité.


Certains socialistes se sont lancés dans la voie d’un socialisme décentralisé. A la belle époque de l’autogestion, Michel Rocard recommandait l’organisation « à la yougoslave » (L’autogestion à l’épreuve, avec Milojko Drulovic). Mais il observait tout de suite l’existence « d’égoïsmes d’entreprises » : les ouvriers s’autogèrent en fonction de leurs intérêts personnels et en oublient l’intérêt général, ils préfèrent des salaires plus élevés et en oublient d’abaisser les prix de leur production. De même, les tentatives de socialisme coopératif ont-elles échoué (à part quelques expériences de coopératives ouvrières de production qui unissent de vrais actionnaires salariés).


En fait les socialistes sont des « niveleurs » : rien ne doit s’écarter du modèle théorique. Si quelque anomalie ou blocage se révèle, il faut procéder à son élimination ou à son intrusion dans le modèle.

 

 Etienne de La Boëtie l www.libres.org

Etat centralisé, Etat Providence 

Un seul pouvoir, un pouvoir omnipotent, mais aussi un pouvoir omniprésent. Si le pouvoir socialiste ne se partage pas, il ne peut non plus laisser l’initiative aux individus ou aux groupes dans l’exercice de la plupart des activités, voire de toutes les activités (version totalitaire). C’est tout le pouvoir pour tout.


En effet, il est dans la logique de la société parfaitement organisée de plier chaque individualité à l’objectif commun. Donc, chaque détail doit être prévu, et les actes de la vie quotidienne prennent une consonance collective. S’agit-il d’élever les enfants, de veiller à la santé, de donner un emploi, de fournir un logement ? Voilà autant de « droits sociaux », de créances des citoyens sur l’Etat, symbole et instrument du pouvoir centralisé. Le prix de ces droits est le monopole : les individus doivent attendre tout de l’Etat, il doit honorer ses obligations – mais nul ne saurait les lui rappeler, puisqu’il n’y a pas de concurrence possible, pas d’alternative à l’intervention publique. Chez les totalitaires, on pousse l’intervention encore plus loin : organisation de la vie (eugénisme, euthanasie), ingérence dans ce qui est le plus intime de la personne humaine (amour, charité, beauté).


Le socialisme se veut donc providentiel, il décharge les hommes de toute responsabilité et, quand la société sera parfaite, de tout souci, de toute contrainte. L’homme libéré par l’Etat : beau programme, même s’il paraît assez bancal. En attendant, des hommes naguère libres vivent maintenant dans une « servitude consentie » jadis décrite par La Boëtie, qui expliquait fort bien comment, faute de s’en libérer, on finit par caresser la main qui vous enserre.

 

La France, terre d’élection du socialisme 

« Quand la France sera libérale, c’est que tous les pays au monde l’auront été ». Ce pronostic sévère et pessimiste de Hayek a hélas quelque fondement historique. L’Etat Providence n’a pas été inventé par les socialistes, il préexistait au 18ème siècle. Le despotisme absolu a été la règle sous l’Ancien Régime, et a atteint son sommet avec Richelieu et Louis XIV. Robespierre et les Jacobins ont mis en place une République sans partage, qui a broyé les provinces et les coutumes. Le Consulat et l’Empire ont centralisé, normalisé, codifié, « harmonisé » les lois, les mesures, les monnaies, les écoles. De la sorte, quand les Français pensent Europe, ils voient un gouvernement central, des impôts uniques, une législation uniforme.


« Ce mal, qui répand la terreur » explique l’impasse politique française : on ne peut échapper au socialisme qu’en adhérant au jacobinisme et finalement, sous couvert d’Etat Providence, de souverainisme ou d’égalitarisme, on alterne avec bonheur socialisme de droite et socialisme de gauche.


Bien des causes expliquent cette triste histoire. Par sa position, par ses ressources naturelles, la France n’a pas eu besoin de recourir aux échanges ni au crédit. Commerce, banque, et marché ouvert ne sont pas dans la tradition d’un peuple d’artisans locaux, de paysans, ni d’une noblesse d’épée ou de robe. Cet héritage est lourd à porter à l’heure de l’inéluctable et exigeante mondialisation. Cet héritage se traduit par la présence incessante à la tête du pays de socialistes « de tous les partis ».

 


Source: Libres.org , Aleps par Jacques Garello

L'Etat providence par wikibéral:

 

Pour les libéraux, l'État-providence résulte de l'influence des idéologies collectivistes couplée à la présomption scientiste et constructiviste de pouvoir diriger la société dans l'intérêt de tous :

Un dieu nouveau va naître de l'union de la connaissance avec la force. L'union de la science et du gouvernement donnera naissance à un État-providence, qui sait tout et est assez fort pour tout faire. C'est ainsi que le rêve de Platon se trouvera enfin réalisé : la raison triomphera et le souverain sera rationnel. Les philosophes seront rois ; c'est-à-dire que les premiers ministres et leurs parlements, les dictateurs et leurs commissaires obéiront aux ingénieurs, aux biologistes et aux économistes qui organiseront tout. Les « experts » dirigeront les affaires de l'humanité, et les gouvernants les écouteront. L’état-providence de l'avenir possédera toute l'autorité du plus absolu des États du passé, mais il sera très différent ; les techniciens consacrés remplaceront les courtisans et les favorites des rois, et le gouvernement, armé d'un pouvoir irrésistible, disposera à son gré de l'humanité. (Walter Lippmann, La Cité libre, 1937)

Les libéraux, depuis Tocqueville, considèrent que l'État-providence chasse et remplace les solidarités primaires, isole les individus, développe l'assistanat, et décourage les producteurs de richesse et nuit à la croissance. Les libéraux remettent en cause l’État-providence en critiquant la redistribution passive et bureaucratique, le coût exorbitant des politiques sociales (qui n'est jamais comparé aux bienfaits prétendument apportés), la progression continue du taux de prélèvements obligatoires, le manque de transparence et de gestion de l'État-providence. Ce dernier s'accompagne de l'apparition d'une "nouvelle pauvreté" (montée du chômage) et d'un taux de croissance faible.

L'historien David G. Green a montré comment en Angleterre, au XIXe siècle, les "Friendly Societies" aidaient les plus pauvres et comment l'Etat-providence a peu à peu évincé ces institutions. Cette transformation s'est faite, non pas au profit des classes laborieuses, mais au profit d'un groupe de pression politique, en l'occurence le corps médical.

Pour les libertariens, l'État-providence est la plus vieille escroquerie du monde, pratiquée dans le passé par tous les dominants et tous les pouvoirs. Elle consiste seulement à prendre l'argent des gens, et à le leur rendre « généreusement » un peu sous forme de protection, comme peut le faire n'importe quel parrain de la mafia. Comme les ressources fiscales sont limitées et qu'on ne peut redistribuer aux gens plus qu'on ne leur prélève, l'État-providence finit par reposer principalement sur la dette publique jusqu'à ce que la faillite survienne.

En réalité, la société perpétue ainsi une vieille tradition de paternalisme qui remonte au Moyen-Age, où le seigneur se devait de protéger ses serfs, et la bourgeoisie du XIXe siècle, imprégnée de cette notion de charité, a consacré la tradition. L'individu est considéré comme un assisté, incapable de se prendre en charge.

 

 

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