L'Europe et la crise....et la France , pour avril, poisson ou un poison pour l'UE ?

Publié le par AL de Bx

Après la Grèce et l'Irlande, le Portugal, l'Espagne et l'Italie ?

 

Les coupes annoncées par les gouvernements suscitent la grogne dans la population.
L'Europe des derniers mois est un champ de bataille financier où la provenance des tirs n'est pas toujours
connue et où les refuges sont rares. Les problèmes sont réels. Mais certains s'indignent contre un ennemi
bien connu: l'humeur des marchés. Pour ponctuer le mélodrame des dernières semaines, permettons-nous
cette récente citation de source anonyme, relayée lundi par l'Agence France-Presse. Une sorte de cri du coeur
qui n'a eu aucun effet concret si ce n'est de traduire une frustration et de forcer la réflexion sur l'état des
lieux.

 

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«La Grèce est [considérée comme] plus risquée que la Jamaïque, que le Pakistan et que l'Argentine. L'Irlande aujourd'hui est plus risquée que le Portugal, que l'Irak, la Hongrie et la Roumanie. L'Espagne est beaucoup moins sûre que le Liban... la situation des marchés, c'est celle-là. Ceci n'est pas raisonnable»,

 

a dit cette source, décrite comme étant une «source diplomatique de haut rang». Deux ans après la crise financière qui
semblait secouer une banque après l'autre — souvent avec raison —, une autre joute a pris forme. À
l'époque, il était question d'éclatement de la bulle immobilière aux États-Unis et de récession. Aujourd'hui,
c'est l'état des finances publiques en Europe. L'action se déroule sur le marché obligataire, où les pays
émettent des titres pour se financer, et sur celui des devises. Qui sera le prochain? D'abord la Grèce, puis
l'Irlande... Ensuite? Des doutes à propos du Portugal, des interrogations sur l'Espagne. Les marchés
s'inquiètent, se départent des obligations émises par ces pays, et on continue, on se nourrit des commentaires
de tel ou tel chef d'État, de tel ministre, de tel stratège. L'Italie? La Belgique? La France?
«Environ 80 % de la dette du Portugal est détenue à l'extérieur du pays, dit François Dupuis, économiste en
chef au Mouvement Desjardins. Il y a des pays très vulnérables à l'humeur des étrangers. Et ces titres sont
souvent libellés en d'autres devises... Mais plus on avance dans le temps, plus on voit que ces pays semblent
avoir épuisé leurs réserves et leurs moyens, et c'est là qu'ils vont cogner à la porte des grands organismes.»
D'autant plus, rappelle M. Dupuis, que les marchés ont tendance à faire dans le mouvement de troupeau.
«Souvent, ça entraîne un effet de cascade. Mais ça devient clair: les problèmes de finances publiques
semblent assez répandus et assez profonds.»


Comment ça fonctionne
Pour financer leurs budgets de dépenses, les pays émettent des obligations auprès des investisseurs, lesquels
peuvent être des banques, des fonds de placement, des caisses de retraite, etc. À l'échéance, ceux-ci recevront
tout leur capital; entre-temps, le pays émetteur verse des paiements d'intérêt. Exemple: une obligation de 100
$ à 6 % d'intérêt annuel. Un jour, les investisseurs s'inquiètent du risque et décident de vendre leurs
obligations. La valeur du titre descend à 80 $. Puisque l'acheteur paiera moins cher pour ce titre, le montant
total qu'il recevra en bout de piste sera plus grand. Par conséquent, le rendement final que va générer ce titre
vient d'augmenter. Plutôt que de se situer à 6 %, il est maintenant de 9 %. Concrètement, cela signifie que, si
le pays voulait émettre de nouvelles obligations, les marchés exigeraient qu'il verse au moins 9 % d'intérêt.
Quand les finances publiques sont déjà en mauvaise posture, l'impact budgétaire est colossal. Plutôt que de
faire face aux marchés, les pays se tournent alors vers d'autres pour demander de l'aide. Dans le cas de
l'Irlande, par exemple, l'Union européenne a accepté de verser 89 milliards d'euros, ce qui comprend des
prêts à 6 %. Pour calmer les marchés et entamer l'assainissement de leurs finances, certains pays, comme la
Grèce et l'Espagne, ont annoncé des compressions budgétaires importantes. Suivies de manifestations. Il n'y
a pas que le marché obligataire. L'euro a lui aussi fait l'objet de volatilité. En début d'année, l'euro achetait
1,48 $US. Aujourd'hui, c'est 1,32 $US. Selon Hendrix Vachon, économiste chez Desjardins, les positions
spéculatives nettes sur la devise européenne ont pris de l'ampleur au cours des semaines. À tel point, dit-il,
qu'il y a présentement 20 % plus de positions «vendeur» que de positions «acheteur». On s'attend donc à ce
que ça baisse encore. Après avoir conçu des plans d'aide pour deux pays, l'Europe s'interroge maintenant sur
la question de savoir s'il ne vaudrait pas mieux avoir un fonds d'aide permanent, plutôt que conjoncturel ou
temporaire. Cette année, l'Union européenne et le Fonds monétaire international ont mis sur pied un fonds de
750 milliards d'euros. Certains se demandent aussi s'il ne faudrait pas tisser le continent un peu plus serré:
plutôt qu'un système dans lequel chacun émet ses propres obligations, pourquoi pas un système où seule la
Banque centrale européenne jouerait ce rôle? La mondialisation des marchés a fait en sorte que certaines
réalités doivent être surveillées et gérées, dit Luc Savard, professeur et directeur du Groupe de recherche en
économie et développement international à l'Université de Sherbrooke. «On n'a pas vraiment d'institution de
surveillance de l'économie mondiale. Il y a le FMI, mais son pouvoir est limité.» Encore faudrait-il
convaincre les pays de laisser aller «une part de leur souveraineté», dit-il. Sur le terrain, on craint une sorte
de contagion. «La tension est forte, en partie parce que le marché a déjà attaqué trois pays», a dit au Wall
Street Journal un haut dirigeant de la banque italienne Unicredit, Luca Cazzulani. Saute d'humeur venue de
nulle part? «En fait, ça s'est détérioré assez vite», dit Hendrix Vachon, économiste au Mouvement
Desjardins. On peut trouver que les marchés sont émotifs et enclins aux sautes d'humeur, mais «il ne faut pas
être complaisant et penser que le Portugal va quand même bien malgré tout».


Le spéculateur
La crise n'est pas la première. Il y a eu la crise asiatique de 1997, qui a touché plusieurs pays coup sur coup,
la crise du rouble en 1998, etc. De manière générale, toutefois, il faut faire des distinctions, dit François
Barrière, vice-président aux marchés internationaux chez Valeurs mobilières Banque Laurentienne. «Le
spéculateur, c'est le vautour qui est assis sur la branche et qui regarde le troupeau passer. Il n'attaque pas le
gros. Il attaque le petit, le malade ou celui qui traîne en arrière. Il sait que le troupeau va le laisser aller», dit
M. Barrière, lui-même un ancien opérateur. Le spéculateur est là temporairement, mais son rôle a une utilité,
selon lui, du fait que ses activités «amènent» de la liquidité sur le marché. À contre-courant, il travaille sur
quelque chose de fondamental. «Quand on commence à parler de spéculation, c'est parce que les
spéculateurs sont en train de sortir du marché», dit-il. L'humeur, c'est autre chose, c'est du court terme.
«L'humeur, c'est le café du matin, dit M. Barrière. Le matin, mes gars n'ont aucune position. À la fin de la
journée, ils n'ont plus de position. Entre-temps, ils ont négocié pour quelques centaines de millions, ont
gagné ou perdu. Chaque journée est différente.» Le problème n'est pas tant la spéculation que la facilité avec
laquelle les marchés fonctionnent, selon M. Barrière. «On leur a laissé trop de latitude pour faire n'importe
quoi. Il y a des leviers financiers trop élevés», dit-il. Autrement dit, on permet peut-être trop facilement aux
établissements de s'endetter ou d'utiliser des instruments financiers complexes pour investir davantage.
«Avec 100 millions, ils peuvent faire des transactions de deux ou trois milliards.»

 

L'Europe en crise - L'humeur des marchés
Source, journal ou site Internet : Le Devoir
Date : 4 décembre 2010
Auteur : François Desjardins

Publié dans Europe

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