L'Europe de la défense, les USA out?? - La défense avec Juppé!

Publié le par AL de Bx

En cette période de crise économique, les pays européens devraient coopérer plus activement à leur défense plutôt que de toujours compter sur les Etats-Unis.

 

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La question de savoir comment tirer le meilleur parti des maigres fonds affectés à la défense ne sera probablement pas débattue lors du sommet de l’OTAN à Lisbonne. Anders Fogh Rasmussen, secrétaire général de l’OTAN, va présenter le nouveau concept stratégique de l’Alliance. Les autres points qui retiendront l’attention des participants seront l’amélioration des relations avec la Russie, la recherche d’un accord sur le bouclier antimissile et la façon de faire face aux nouvelles menaces. Cependant, l’une des plus grandes menaces qui pèsent sur l’OTAN va selon toute probabilité demeurer à l’arrière-plan : la répugnance croissante des alliés européens à affronter les conséquences de la crise financière mondiale et à introduire des réformes dans le secteur de la défense. Cette attitude risque, selon les experts, d’avoir des retombées dévastatrices sur la sécurité de l’Europe. Elle pourrait rendre les Européens encore plus dépendants des Etats-Unis au moment où le gouvernement Obama se concentre sur l’Asie et souhaite voir l’Europe assumer une plus grande part du fardeau. “Ce qui m’inquiète, c’est que plus nos alliés réduisent leurs capacités militaires, plus on regarde vers les Etats-Unis pour boucher les trous”, a déclaré le ministre de la Défense américain, Robert Gates, lors d’une visite à Bruxelles, le mois dernier. “A l’heure où nous sommes nous-mêmes confrontés à des difficultés, c’est un véritable sujet de préoccupation.” Les ministres des Finances européens ont été conduits par le ralentissement économique mondial à réduire les dépenses, et la défense a été durement touchée. Les budgets de l’OTAN pour l’ensemble des membres européens sont passés de 228 milliards d’euros en 2001 à 197 milliards d’euros en 2009 – malgré la guerre en Afghanistan et la multiplication des missions de l’OTAN et l’UE. Certains pays ont commencé à apporter des réponses constructives à la crise financière. La Grande-Bretagne et la France, deux puissances nucléaires qui sont les pays les plus importants d’Europe sur le plan militaire, ont conclu le 2 novembre dernier un accord historique : elles sont convenues de mettre en commun leurs équipements et leurs centres de recherche sur les missiles nucléaires. Elles ont également décidé de constituer une force expéditionnaire commune interarmées susceptible de participer aux missions de l’OTAN, de l’UE, des Nations unies ainsi qu’à des missions bilatérales.


89 programmes d’armement
Karl-Theodor zu Guttenberg, ministre de la Défense allemand, a été prié de réaliser 14 milliards d’euros d’économies d’ici à 2013. Il a introduit des changements radicaux dans l’armée : fin de la conscription, réduction des forces de 250 000 à 190 000 hommes, rationalisation de la chaîne de commandement et fermeture de casernes et de bases sous-employées. D’autres pays européens réduisent également leurs forces armées. Tout cela est bien beau, avance Guy Ben-Ari, qui a supervisé un rapport sur les tendances en matière de défense européenne publié ce mois-ci par le Center for Strategic and International Studies de Washington, mais réduire la taille des armées ne résoudra pas le problème en soi. “Budgets affaiblis et structures réduites risquent d’avoir des effets négatifs sur les capacités et les missions de l’armée”, expliquet- il. La seule solution, c’est que l’industrie de la défense européenne se spécialise bien davantage. Or les intérêts nationaux constituent un obstacle. Même si l’argent se fait plus rare que jamais pour le secteur de la défense, les Européens tiennent à conserver 21 chantiers navals, contre 3 pour les Etats-Unis. Idem avec les programmes d’armement : “Les pays de l’UE ont 89 programmes d’armement différents alors que les Etats- Unis, dont le budget de la défense représente plus de deux fois celui de l’ensemble des budgets de la défense européens, n’en ont que 27”, souligne Clara Marina O’Donnell, du Center for European Reform de Londres.

 

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Trop peu d’investissements
La fragmentation des marchés de la défense européens revient cher et ne sert à rien. “Elle empêche en outre les armées européennes de coopérer dans des missions internationales”, ajoute-t-elle. Et le manque patent d’investissements n’a fait qu’exacerber la situation. La part de la recherche et du développement dans le budget européen de la défense a chuté de 13,6 % entre 2001 et 2008. Les Etats-Unis consacrent à ce secteur six fois plus que l’ensemble de l’Europe, ce qui accroît le fossé technologique entre eux. Aucune de ces tendances ne constitue une bonne nouvelle ni pour les Etats-Unis, ni pour l’OTAN ni pour les Européens.

 

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“L’Europe ne peut tabler sur un appui durable des Etats-Unis, précise Mme O’Donnell. En ce sens, la crise financière aura peut-être du bon : l’Europe va subir une pression sans précédent pour changer de comportement. C’est d’ailleurs ce que sont en train de faire la France et la Grande-Bretagne.” Cependant, tempère-t-elle, le Vieux Continent rate rarement une occasion de décevoir.

 

ENJEUX DE LA DEFENSE - DOCTRINE - CONCEPTS - MISSIONS
VU DES ÉTATS-UNIS • L’Europe doit s’inventer une défense commune
Source journal ou site Internet : Enjeux
Date : 19 novembre 2010

 

Alain Juppé, Ministre, une bonne nouvelle pour l’Europe de la défense par Nicolas Gros-Verheyde

Alain Juppé lors de la remise du Livre blanc "La France et l’Europe dans le monde" (crédit : Ministère Fr des Affaires étrangères)

 

Le maire de Bordeaux, le gaulliste Alain Juppé est le nouveau ministre français de la Défense, remplaçant le centriste Hervé Morin. Parmi tous les noms qui ont couru ces derniers temps, c’est certainement l’homme qui a le plus de convictions pour l’Europe, tout court, et l’Europe de la Défense en particulier. Son profil est d’autant particulièrement appréciable qu’il est numéro 2 du gouvernement (1er dans l’ordre protocolaire après le Premier ministre). Il aura notamment à gérer l’engagement en Afghanistan, la mise en application de l’accord de Londres sur la coopération franco-britannique en matière de Défense ainsi que le suivi de la réintégration dans l’OTAN. Mais il devra aussi gérer les crises… et promouvoir l’Europe de la Défense, qui en a bien besoin.

De fortes convictions européennes

A plusieurs reprises sur son blog, Alain Juppé s’est fait l’écho de ses convictions européennes. « L’Europe, c’est la chance de la France et des Français au XXIème siècle. Une fois encore, contre vents et marées, je veux faire cette profession de foi européenne. » (lire ici). Alain Juppé est, aussi, avec Jacques Toubon l’auteur, en 2000, d’un projet gaulliste et assez utopique de « Constitution pour l’Europe ». Situé à mi-chemin entre des projets plus fédéralistes (notamment celui de Joshka Fischer à l’époque) ou souverainistes, il prévoit une refonte des institutions européennes avec fusion du Conseil des ministres et de la Commission pour donner lieu à un « vrai » gouvernement de l’Union, nommé pour trois ans, création d’une Chambre des Nations, composée des représentants des parlements nationaux, élection des députés européens dans des circonscriptions nationales, et établissement d’un « partenariat renforcé » entre l’adhésion et l’accord d’association pour certains pays proches.

Et un enthousiasme pour l’Europe de la Défense

Coté défense, Alain Juppé défend des avancées dans ce domaine et parait sinon sceptique du moins dubitatif sur la réintégration de la France dans l’OTAN, comme il l’écrit dans Le Monde en février 2009, craignant notamment que l’administration américaine ne soit pas « prête à partager réellement les responsabilités militaires au sein de l’Alliance » ou mettant en doute le fait que les Européens ait « la même vision des intérêts européens au sein de l’Alliance » et la volonté d’avancer pour l’Europe de la défense (lire ici). Quelques mois plus tard, quand la décision a été entérinée, il fait une piqûre de rappel : « Lorsque la France a réintégré le commandement militaire de l’OTAN, le président Sarkozy avait clairement indiqué que cette décision s’accompagnerait du renforcement des capacités militaires propres de l’Europe. C’est sans aucun doute le moment. » écrivait-il en septembre 2009 (lire ici). A ce poste ministériel, on verra si Alain Juppé met en oeuvre cet enthousiasme qu’il a manifesté, dans les mots, depuis des années.

Un bémol cependant. Espérons qu’il n’en sera pas de même de la ferveur européenne d’Alain Juppé que de sa ferveur critique lors du conflit en ex-Yougoslavie. A l’époque, il avait fustigé l’attitude de François Mitterand et notamment ses vues du « passé » et sa sympathie pour les Serbes. Mais une fois aux commandes ministérielles, l’action n’avait pas automatiquement suivie. Après la chute de l’enclave de Srebrenica, en 1995 (il est alors Premier ministre), il soutient l’idée d’intervention aéroportée du chef d’état-major particulier de Jacques Chirac mais à une condition – que la France ne soit pas seule impliquée -. La solution était alors évidente… le refus britannique signifiera l’échec de cette option.

  • Alain Juppé, en quelques mots. Un fidèle de Jacques Chirac. Né en août 1945, Alain Juppé fait un parcours classique du bon élève doué (Louis-le-Grand, Sciences politiques, ENA et inspection des finances) mais c’est surtout un gaulliste, proche de Jacques Chirac. Il commence ainsi sa carrière politique comme chargé de mission quand celui-ci est Premier ministre de Giscard en 1976, le suit à la mairie de Paris ensuite (avec un intermède au Parlement européen de 1984 à 1986), a été son porte-parole durant les élections présidentielles de 1988. Ministère des affaires étrangères de 1993 à 1995, il devient Premier ministre jusqu’en 1997 (date du Traité d’Amsterdam), puis se « réfugie » ensuite dans son fief de Bordeaux dont il sera maire sans discontinuer depuis 1995 (mis à part un intermède pour inéligibilité entre 2004 et 2006).

Source Bruxelle2

Publié dans Europe

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