Faut-il oser quitter l'Euro ? Avantage et inconvénient d'un grand saut, visions d'un énarque J.Yves Archer et de libéraux.

Publié le par AL de Bx

Pour l'exportateur pénalisé par le taux de change euro-dollar, pour l'électeur qui prend connaissance du programme économique du Front National, pour l'agriculteur qui voit la politique agricole commune prendre des chemins de traverse, il est clair qu'il faut apparemment quitter la monnaie unique et se débarrasser de l'euro.

hollande-pujadas-mars-2013-france-2.jpg

 

Notre pays souffre, tant ses entrepreneurs que ses millions de salariés. Dès lors, la question de notre compétitivité est cruciale. On songe alors à la dimension du coût du travail aussi à la parité euro-dollar. Il y a quelques années, Louis Gallois alors président d'EADS avait montré que 10 cents de différence représentait des millions d'euros pour le compte de résultat d'Airbus.


L'euro et le balancier entre la valeur faciale pour l'épargnant et l'aide à l'export

L'euro, comme toute monnaie, est pris en étau entre son rôle d'appui tacite à l'action de nos exportateurs et son rôle de monnaie représentative du pouvoir d'achat des épargnants. Si l'on comprend l'importance de l'euro fort pour une Europe qui vieillit (l'image d'Épinal de la "veuve de Carpentras" et de ses placements), il serait illusoire et dangereux de ne pas prêter une oreille attentive aux cris de ses producteurs qui souffrent des conditions actuelles de parité.


Un objectif de baisse de l'euro de 5 % n'aurait rien de dramatique pour le rentier et aiderait l'industriel donc l'emploi. Et par ricochet, aurait un effet bénéfique sur la dépense publique que le chômage et les aides sociales corrélées viennent à aggraver.

 

 


Par Professeur Kuing Yaman: L'État français devrait prendre des leçons d'économie chez les PIGS, ces pays semblent voir le bout du tunnel.
La recette : des excédents commerciaux, de la compétitivité en réduisant le coût du travail et des baisses importantes des dépenses publiques et des impôts.
Il faut ajuster l'économie à la monnaie, combler les déséquilibres par la croissance et encourager l'investissement.
Nicolas Doze.


L'euro comme monnaie internationale d'envergure limitée

En fait, un des défis de l'euro, c'est qu'il n'ait pas réussi à s'imposer comme monnaie de libellé des échanges internationaux (exemple des livraisons pétrolières). Selon diverses sources, notre devise européenne était par ailleurs une monnaie de réserve à hauteur de 18 % en 1999 puis de 27 % en 2009.


Mais conséquence des "secousses" (incertitudes sur les dettes souveraines de certains pays d'Europe du Sud) depuis 2008, le taux de réserves en euros des banques centrales des pays émergents et autres est revenu à 24 % et semble encore orienté à la baisse. Autrement dit, la confiance attachée à notre monnaie commune n'est pas tournée vers un dynamisme prometteur aux yeux des grands argentiers des pays importants du futur planétaire.

 

 

Trop d'impôt tue l'impôt et les Français ressentent pleinement le grand ras-le-bol fiscal.
Bercy comprend enfin la courbe de Laffer et se rend compte qu'avec plus d'impôts, il y a moins d'emplois créés et moins de recettes fiscales.
Ce ras-le-bol s'explique aussi parce que en France, le rapport qualité-prix des services publics est vraiment très mauvais, le meilleur exemple étant l'Éducation nationale, si onéreuse par rapport à nos voisins alors que les résultats des petits Français s'écroulent dans les classement internationaux.
Emmanuel Lechypre.

 


L'impossible dévaluation, le contournement par la dépréciation

L'économie politique suppose d'utiliser des termes exacts et, s'agissant de l'euro, bien des approximations sémantiques regrettables ont lieu. Ainsi lorsqu'on parle de l'ajustement à la baisse des salaires qui s'est effectivement produit en Espagne, au Portugal et dans une moindre mesure en Italie, il est souvent évoqué la notion de déflation qui vise le niveau général des prix et est abusivement utilisée pour nommer la dépréciation relative salariale. Effectivement en zone monétaire unique telle que l'euroland, on imagine mal une décision collective juridique de dévaluation de la monnaie (surtout dans un univers de changes flottants).


Au sympathique café du commerce, les citoyens peuvent parler de dévaluation, cela n'en demeure pas moins une fiction juridique et le recours à un terme inadéquat. Des économistes réputés ont eu recours au terme de déflation pour évoquer le dumping salarial qu'a imposé la politique de rigueur (voire de franche austérité) qu'ont eu à subir avec âpreté les pays du Sud.


Là encore, ce terme est abusif par son extension. En revanche, ce qu'il faut impérativement noter, c'est que lorsque la monnaie unique est un corset excessif et que les finances publiques sont contraintes, la soupape de sûreté est hélas le niveau relatif des rémunérations d'où un euro antisocial à son corps défendant qui a accentué les dépréciations salariales.

 

 


 


L'euro et les mouvements géographiques

Selon la logique classique de quête de sécurité et de rendement de l'épargne ("fly to quality"), il a été observé des mouvements de fonds internes à la zone euro qui ont abouti à des placements accrus en obligations allemandes. Ainsi, la peur du défaut de certains pays a renforcé cette notion subliminale d'euro-mark au détriment des autres produits publics proposés par d'autres pays.


À regret, nous pouvons constater la montée d'un mouvement germanophobe dans notre pays – que l'éminent Pascal Ordonneau rapporte régulièrement sur ce site – que la réalité des transferts internes à la zone euro viendrait probablement renforcer voire décupler. Ce révélateur de l'inquiétude collective prouve de manière sonnante et trébuchante que si la zone euro venait à éclater, bien des investisseurs avisés ont compris quelle nouvelle monnaie nationale viendrait à s'apprécier contrairement à l'érosion des autres.

 

En 3 vidéos Etalon-Or: Le jour ou la France sortira de l'Euro

Le 19 novembre 2010 - Emmanuel Martin reçoit Philippe Simonnot pour l'interroger sur son dernier ouvrage : Le jour où la France sortira de l'Euro, aux éditions Michalon. Philippe Simonnot est ancien Professeur d'économie du droit à l'Université de Paris-Nanterre, directeur de l'Observatoire des religions, et directeur des séminaires d'économie monétaire de l'Institut Turgot.

 


Quitter l'euro pour créer un incinérateur de patrimoine

Pour ceux qui pensent que la France pourrait aisément quitter l'euro, il faut d'abord les rassurer. Les explications sur la complexité de l'opération sont à relativiser : une collectivité de décideurs a su nous faire migrer à la fin des années 90 vers l'euro, dès lors au nom de quelle logique impérieuse il serait impossible de faire le trajet inverse.


En revanche, plus fondamentale est la question du bilan macro-économique de notre pays. Nous sommes une nation marquée par un chômage de masse hélas durable et par une dette publique de plus de 1 900 milliards à laquelle il faut rajouter les 3 100 milliards de dettes publiques dites hors bilan (La dangereuse effervescence comptable de l'État et le vrai poids de la dette).


La seule charge de la dette (les intérêts hors remboursement du principal) représente déjà le premier poste budgétaire avec près de 48 milliards d'euros si les taux se mettent – comme c'est hautement probable – à remonter. Face à de tels fondamentaux, le nouveau franc subirait une dépréciation très certainement supérieure à 10 % et possiblement proche de 20 %.


Quitter l'euro, c'est regarder votre livret A ou votre compte d'assurance-vie et l'amputer de près de 20 % de sa valeur. C'est donc créer un incinérateur de patrimoine digne du billet de banque publiquement consumé par Serge Gainsbourg qui faisait déjà à l'époque référence à la pression fiscale.

 

 


 


Quitter l'euro pour vendre plus ?

Le véritable avantage de la sortie de l'euro est le coup de fouet, le booster, que cela induirait pour nos exportations. C'est assurément vrai pour l'agroalimentaire, pour les biens d'équipement et d'autres secteurs.


Mais si l'on prend le cas emblématique de l'automobile, il est connu que près de 60 % des composants des véhicules assemblés en France viennent de l'étranger. Autrement dit, notre gain net de compétitivité doit inclure absolument le fait que les intrants seront pour plus de la moitié majorés de 20 %.


À y regarder de près dans certains secteurs, une dépréciation de 20 % de notre nouvelle monnaie entraînerait un renchérissement des importations qui oblige à nuancer l'idée que la sortie de l'euro serait LA solution. 


En fait de solution, nous pourrions être d'autant plus contraints que l'interpénétration des économies est un fait et que nos partenaires continueraient leurs vies. Ainsi, diverses simulations ont montré que le nouveau mark s'apprécierait d'environ 15 % ce qui signifie que nous aurions un "gap" de près de 35 % entre l'Allemagne et nous.


Là encore, quitter l'euro pour vendre plus serait vite un slogan entouré d'épines au regard des réalités concurrentielles. Enfin, par précaution méthodologique, il faut rappeler que bien des éléments de notre compétitivité actuellement altérée viennent de facteurs hors prix : qualité des produits, design, respect des délais de livraison, etc.

 

 


 


Quitter l'euro pour se faire acheter ?

Nous avons tous en mémoire cette sinistre histoire d'Arcelor croquée par Mittal au terme d'une OPA où une grande partie du prix a été payée en titres Mittal et non en cash. Que des pays aussi puissants que l'Espagne, le Luxembourg, la France n'aient pas réussi à mobiliser, avec l'aide de banques d'affaires, les moins de 6 milliards qui manquaient pour réaliser une contre-offre se paye maintenant en démantèlement d'un groupe qui voit inexorablement fondre ses effectifs en Europe.


Cette histoire industrielle regrettable est à méditer. Tous les indicateurs convergent pour signaler que les groupes puissants des pays émergents souhaitent réaliser des acquisitions en Europe afin d'accélérer leur développement au travers de la maîtrise de technologies avancées que nous détenons. Quitter l'euro, c'est mettre une étiquette en baisse de 20 % sur le prix de nos entreprises.


Quitter l'euro, c'est organiser un bonus de 20 % pour tout émergent en proie à une velléité d'OPA. Or, 20 % dans une négociation de fusions-acquisitions est un chiffre plus que significatif.


Il n'est pas besoin d'être Mathieu Pigasse (Lazard Frères) pour comprendre la fenêtre de tir que la sortie de l'euro ouvrirait. Oui, pour nos fleurons industriels (Suez, Air Liquide, etc.) dont certains se croient intouchables, quitter l'euro c'est faire du discount avec leur prix d'achat et de la destruction d'emplois français dans une deuxième phase.

 

 

Christian Saint-Etienne dans l'émission Les Experts a traité la proposition de sortie de l'euro des «extrêmes» (Front National et Front de gauche) de tarée !

 


Quitter l'euro pour l'Everest de la dette ?

Les partisans de la sortie de l'euro sont très largement de bonne foi et gardent dans leur inconscient collectif l'agrément et l'efficacité des dévaluations compétitives, par exemple de nos amis italiens au début des années 80.


À l'époque où la politique agricole commune a failli exploser et qu'il a fallu inventer cette usine à gaz nommée : montants compensatoires monétaires (filière avicole en Bretagne en danger, déjà à l'époque).


Le seul défaut profond de leur approche est simple à visualiser. Nous devons actuellement des milliards de dettes publiques libellées en euros. Si nous dévaluons de fait en quittant l'euro, cette dette restera facilement en euro et sera convertie par nos créanciers dans leur monnaie d'origine ou dans notre nouvelle monnaie.


Autrement dit, quitter l'euro, c'est augmenter de 20 % la hauteur de l'Everest de notre dette en faisant le pari que notre choc positif de compétitivité nous permettra d'absorber ce delta additionnel nominal d'endettement.


Or, si l'on se remémore que nous sommes en face de plus de 5 000 milliards de dettes implicite (hors bilan) et explicite (1 900 mds), cela veut dire que nous nous engageons sur la route d'un pari à 1 000 milliards.


En conscience et posément, je considère humainement les personnes qui veulent quitter l'euro, mais j'attire leur attention sur cette roulette russe. Si le pari échoue, nous serons sous tutelle internationale comme bien des pays, dont la Grèce.

 

l-Europe-a-la-schlague.jpg


En guise de conclusion

Quitter l'euro ressemble à ce slogan de mai 68 : "Arrêtez la terre, j'ai le mal de mer" et représente un risque global qui nous parait trop fort au regard des inconvénients plus que probables.


Chacun aura sa conviction sur un tel sujet, mais n'oublions pas que l'euro souffre de déficit d'Europe (pas d'avancées depuis dix ans en matière de convergence économique, fiscale, budgétaire) et que des hommes d'immense qualité comme Jean-François Deniau manquent au débat. Les méandres de Bruxelles ont été le boa constricteur de l'euro dès que la conjoncture a été mauvaise.


Pendant des décennies, la France a apporté son parapluie nucléaire à l'Allemagne qui nous fournit actuellement un parapluie antispéculation sur nos taux d'OAT. Nous sommes trop fiers pour le voir : si nous quittions l'euro, à coup sûr, nous aurions à payer pour le comprendre. À moins que l'Allemagne exaspérée ne prenne les devants (Allemagne exaspérée et syndrome de la Mitteleuropa).


Par Jean-Yves Archer

 

Université de Paris 1 Sorbonne : Doctorat Economie.

Sciences-Po' PARIS.

Ecole Nationale d'Administration : 1985.

Ancien Commissaire aux comptes.

Associé-Gérant de ARCHER 58 RESEARCH.

Quitter l'euro ? Un saut sans parachute

Source: Le Cercle Les Echos

 

et aussi:


La dette publique : jusqu'où ?

 

 

Francois-Hollande-Yuan-Euro-2012-PS.jpg
Euro

De Wikiberal:

L'euro est la monnaie unique européenne, introduite en 1999. Elle est actuellement partagée par 17 pays de l'Union européenne : Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, Finlande, France, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Portugal, Grèce, Slovénie, Chypre, Malte, Slovaquie, Estonie, ainsi que par le Kosovo, le Monténégro et les micro-états de Saint-Marin, Vatican, Monaco, Andorre.

Pour les libéraux, deux opinions divergentes existent : pour les uns (Philippe Simonnot, Charles Gave...), l'euro est la cause même des problèmes économiques des États ; pour les autres (Pascal Salin...), ce n'est pas la monnaie qui est en cause, mais la dette publique excessive.


Funny-euro-coin.jpg

 

Comparé à l'étalon-or, l'euro partage tous les défauts des monnaies-fiat. En outre, la façon dont l'euro a été mis en place est une bonne illustration de la "tragédie des biens communs" résultant d'un constructivisme politique qui ignore complètement les lois de l'économie et prétend utiliser la monnaie pour réaliser une intégration politique :

L'euro se rattache à une vision qui implique nationalisme monétaire, politisation de la monnaie, substitution d'une pseudo-indépendance au contrôle externe par la concurrence, recours à une procédure obligatoire et constructiviste au lieu d'un processus spontané dans la construction éventuelle d'un système monétaire européen. Tous ces éléments sont porteurs de dangers potentiels pour la gestion monétaire. (Pascal Salin, Libéralisme, 2000)
Le projet d'une monnaie unique, décrétée par des technocrates, est en lui-même une idée française. Delors en était l'ingénieur. Comme disait de Gaulle, à l'époque, la politique d'abord, l'intendance suivra. Mais l'économie est une intendance très résistante au volontarisme politique. Au lieu de faire une monnaie commune (qui aurait laissé intactes les monnaies nationales), on a voulu éviter toute concurrence monétaire. Le résultat est là. (Markus Kerber[1])

Le problème principal que pose l'euro n'est pas seulement l'emploi d'une monnaie unique par des économies très différentes entre elles (le dollar aux États-Unis est utilisé aussi par des états dont les économies sont très différentes entre elles, de même pour les pays africains de la "zone franc"), c'est surtout le fait que l'euro encourage l'irresponsabilité des pays les moins bien gérés :

  • ils bénéficient de taux d'intérêt plus bas, ce qui pousse les politiciens à augmenter l'endettement du pays pour en tirer des bénéfices politiques conséquents ; après l'arrivée de l'euro, l'argent s’est mis soudainement à couler à flots dans certains pays, générant bulles et mal-investissements (par exemple dans l'immobilier en Espagne) ;
  • un pays membre peut longtemps accumuler les déficits sans que rien, hormis la réaction politique de ses partenaires, ne l'en empêche (le traité européen ne prévoit pas d'exclure les pays qui ne respectent pas les critères) ; en pratique, la "socialisation" de la dette à l'échelle européenne n'a rencontré aucun opposant tant que ses conséquences ne se faisaient pas sentir dans les taux d'intérêt ;
  • la dévaluation monétaire étant impossible au niveau national, la monétisation de la dette accroît le niveau de l'inflation sur toute la zone ;
  • il n'y a pas de clause de sortie de l'euro[2], il est implicite que tout pays défaillant sera secouru par les autres ;
  • les règles du "Pacte de stabilité et de croissance" limitant les déficits ont été assouplies en 2005 et ne sont pas respectées (y compris par les pays réputés les plus vertueux, comme l'Allemagne), dans une totale impunité pour les pays concernés ;
  • les banques centrales nationales ont été conservées, ce qui crée un déséquilibre entre banques centrales des pays exportateurs et banques centrales des pays importateurs[3].

Le problème est donc bien à la source davantage politique qu'économique, l'excès de dette publique ne pouvant être résolu que politiquement. Les critères du Pacte de Stabilité et de Croissance n'étant plus respectés, chaque pays fait peser le poids de ses dépenses publiques sur les épaules de tous ses voisins.

Pour Charles Gave[4], les vices de l'euro, "monstruosité économique", sont les suivants :

  • les différences de taux de croissance et de productivité entre pays et les taux d'intérêt artificiellement bas encouragent la spéculation et les mal-investissements (immobilier en Espagne) : l'augmentation de la dette privée et des déficits budgétaires conduit certains pays (Espagne, France) au bord de la faillite ;
  • le différentiel taux de croissance (faible) / taux d'intérêt (plus élevé que le taux de croissance) fait croître la dette de façon exponentielle ;
  • les états européens (à la différence des États-Unis) ne peuvent imprimer à volonté de la monnaie pour éviter la faillite ;
  • l'Allemagne, seul pays européen en équilibre budgétaire, mettra les autres pays sous contrôle budgétaire et sous tutelle financière, ce qui aura des conséquences politiques et sociales dramatiques dans ces pays.

Gave conclut :

En fait, l’Euro est une stupidité économique inimaginable : bloquer le taux de change entre des pays qui ont des productivités différentes n’a jamais marché, nulle part et a en revanche toujours amené à des désastres économiques, politiques et sociaux . (...) La classe (au sens marxiste du terme) des technocrates qui l’a créé se rend cependant bien compte que son pouvoir ne tient que par l’Euro et fait tout pour que l’Euro survive, même si cela doit amener la ruine des populations Européennes.

Christian Saint-Etienne (d'orientation politique centriste) voit trois défauts importants dans l'euro (La fin de l'euro, 2009)[5] :

  • la zone euro n'est pas une "zone monétaire optimale" (il y a de nombreux freins à la mobilité du travail et du capital en comparaison par exemple avec les États-Unis) ;
  • pas d’État fédéral ni de budget fédéral pour compenser des niveaux et rythmes de développement très différents dans chaque pays ;
  • concurrence fiscale et sociale très violente dans les pays à l'intérieur de la zone euro, conduisant à un fort différentiel de compétitivité entre une zone euro nord excédentaire et une zone euro sud déficitaire.

En revanche, pour Pascal Salin, il n'y a pas de crise de l'euro, et il faut distinguer la monnaie et la dette publique :

Le problème des dettes publiques ne devient un problème de l'euro que dans la mesure où les gouvernements décident arbitrairement qu'il doit y avoir une certaine "solidarité européenne" à l'intérieur de la zone euro. Mais pourquoi une participation commune à la même devise devrait-elle logiquement impliquer que les États dépensiers obtiennent nécessairement l'aide des autres ?[6]

Pour lui, la crise de l’euro est une invention des politiciens européens, qui ont décidé de créer un lien artificiel entre leurs problèmes budgétaires et le système de l’euro. Pour aider ces gouvernements qui ont mal géré ces pays, la BCE achète des obligations souveraines de ces pays ou fournit des liquidités pour aider leurs banques. Ce faisant, elle pervertit les conditions de marché, tout en violant ses propres principes.

De même, pour Philipp Bagus[7], ce ne sont pas les structures économiques différentes des différents pays qui posent problème, c'est le fait qu'une redistribution s'opère à l'intérieur de la zone euro en faveur des pays qui accroissent davantage la masse monétaire via le déficit et l'endettement. La création de l'euro (à l'origine, un projet français de créer une espèce d'URSS pour contrebalancer la puissance allemande) est une illustration de la tragédie des biens communs, car tous les gouvernements peuvent utiliser la BCE pour financer leurs déficits :

La tragédie de l'euro résulte dans l'incitation à s'engager dans des déficits plus élevés en émettant des obligations d’État, et en faisant supporter à l'ensemble du groupe le coût des politiques irresponsables, sous la forme de la baisse du pouvoir d'achat de l'euro. Avec une telle incitation, les politiciens ont tendance à accumuler les déficits. Pourquoi s'engager dans des dépenses plus élevées en augmentant les impôts, ce qui est impopulaire ? Pourquoi ne pas simplement émettre des obligations qui seront achetées par la création de nouvelle monnaie, même si cela augmente en fin de compte les prix dans l'ensemble de l'union monétaire ? Pourquoi ne pas externaliser le coût des dépenses étatiques ?

Comment sortir de la crise de l'euro ?

Pour Christian Saint-Etienne, le seul pays qui peut sortir de l'euro est l'Allemagne (les autres pays sont "piégés" : ils verraient leur dette augmenter drastiquement s'ils le faisaient[8]). Si les 3 pays clés de la zone euro sud (Espagne, Italie, France) étaient attaqués, la facture deviendrait trop lourde pour l'Allemagne (2000 milliards selon Saint-Etienne) : elle sortirait de l'euro (avec probablement Pays-Bas, Autriche, Finlande) au prix d'une réévaluation de sa monnaie (15 à 20 %) tout à fait supportable pour elle. La France pourrait prendre la tête de la zone sud et redevenir compétitive suite à la dévaluation de sa monnaie et à une forte réduction de ses dépenses publiques. En 2012, Saint-Etienne donne une probabilité de 60 % pour ce scénario de sortie de l'Allemagne à échéance de 3 ans.

Simone Wapler ne croit pas à un tel scénario, parce qu'elle estime que le retour au mark coûterait à l'Allemagne autant que sa réunification. Elle anticipe un arrimage de la France à l'Allemagne avec une rigueur "à la schlague" ; ce scénario "à la grecque" est pour elle le plus probable.

Pour Olivier Delamarche, au lieu de rajouter de la dette à la dette, il faut faire sortir de l'euro les pays qui n'ont rien à y faire, quitte à assumer les pertes qui en découleront[9].

Pour d'autres économistes, c'est, comme toujours dans l'histoire, l'inflation qui viendra "régler" les problèmes d'endettement :

La mutualisation des dettes contraindrait l’Allemagne à régler indéfiniment la note des gouvernements déficitaires. Elle est donc inacceptable. En revanche, l’Allemagne se fera peut-être à l’idée (encore iconoclaste) que la BCE crée et prête autant que nécessaire aux financements ou refinancements des déficits de la zone. Conséquence inévitable : les liquidités colossales des banques commerciales induiront une hausse incontrôlable des prix. Et ainsi seraient concrétisées les prévisions d’un Milton Friedman et de quelques autres eurosceptiques pour qui la BCE finira par céder aux pressions politiques et « sauvera l’euro » par l’inflation. (Florin Aftalion[10])

Philipp Bagus donne les trois possibilités suivantes :

  • éclatement du système par retour à la monnaie nationale dans un pays (qui peut être l'Allemagne, ou un pays très endetté tenté par le défaut) ;
  • renforcement du système par réformes de structure et rigueur ; jugé peu probable par Bagus, car les États de la zone ont conservé intacte toute leur souveraineté et les politiciens ne veulent pas voir diminuer leur pouvoir  ;
  • fuite en avant par une "union de transferts permanents" entre pays de la zone et monétisation de la dette, avec comme conséquence un risque de sortie des pays "riches" ou une hyperinflation. Option la plus probable selon Bagus.

La faute au libéralisme ?

Comme pour le problème de la dette publique (ou plus généralement tout problème de crise économique), certains mettent en cause le libéralisme dans la crise de l'euro. A cela on peut répondre d'abord que l'euro est une construction étatique et non un résultat du marché libre, ensuite qu'il n'y a pas vraiment une "crise de l'euro", mais principalement une crise des états surendettés, de l'étatisme.

D'autres rappellent la fameuse affirmation du libéral Jacques Rueff en 1949 : « L’Europe se fera par la monnaie ou ne se fera pas », sans comprendre la portée de cette phrase :

Pour Rueff, la monnaie c'était la liberté de chacun, et la stabilité de la monnaie une confirmation de sa liberté. Pour Rueff, jouer avec la monnaie c'était créer des faux droits, conduire à l'esclavage. (Georges Lane[11])

578260_631031526926558_1080778646_n.png

 

Sur Contrepoints:

 

L’euro : l’irresponsabilité a trouvé son étalon monétaire !Par Loïc Abadie.

"
les États les plus solides, comme l’Allemagne. Leur modèle de croissance actuel se résume à faire crédit à l’Europe du Sud pour pouvoir continuer à exporter des produits à des clients devenus insolvables, ce qui finira aussi par rendre insolvable le système financier allemand.

Voilà pourquoi le retour aux monnaies nationales est aujourd’hui plus que jamais nécessaire. Vu la gravité des déséquilibres accumulés, il ne suffira bien sûr pas à écarter la récession, mais il permettra ensuite un nouveau départ, avec des pays redevenus responsables de leurs actes. Le plus tôt sera le mieux, parce que maintenant chaque semaine qui passe signifie des dizaines de milliards d’euros de dette en plus à éponger pour les membres de l’eurozone."

Publié dans Travail et Economie

Commenter cet article

Cédric Petit 13/07/2014 15:00

Avant nous n'y étions pas et cela ne posait aucuns problemes, si ce n'est l'incontrolable valeur du dollar dans les échanges internationaux.

Rémy Poix 19/10/2013 11:03


Rémy Poix
Ou bien s'organiser collectivement pour créer des monnaies locales, régionales.

Robert Bécude 17/10/2013 08:54


Robert
Bécude toujours là - supprimer le vote des femmes et.... je finirais par le croire....

Alain Genestine 16/10/2013 20:00


Alain
Genestine Merci Loïc
pour cette projection

Loïc Abadie 16/10/2013 19:59


Loïc Abadie
Quant à l'argument suivant lequel l'euro nous protègerait d'une crise de la dette souveraine, il n'est vraiment pas sérieux : En quoi 10 ou 15 (ou même 100 !) nations surendettées et vivant
au dessus de leur moyens seraient plus crédibles auprès des créanciers qu'une seule (d'autant que l'euro est une des causes majeures de ce surendettement !) ?