Environnement: Sommes-nous inconscient ou voulons nous, nous faire peur? Mercantilisme écologiste?

Publié le par AL de Bx

Rob Watson se lève, se dirige vers l’estrade, regarde le public, laisse échapper un soupir et déclare : « Nous refusons d’admettre l’état déplorable des choses. »

Ce n’est pas la première fois que Rob Watson tient un tel discours. En tant que dirigeant du cabinet de conseil EcoTech International, mais surtout connu comme le « père fondateur » du système de notation LEED (*) du conseil américain pour la construction écologique, ce ne sera pas non plus la dernière fois.

 

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Mais cette fois-ci, il s’adresse à une salle remplie de dirigeants d’entreprise, d’analystes et de journalistes assistant à un forum d’IBM sur les bâtiments intelligents au Metropolitan Museum of Art. En d’autres termes, des personnes qui ont le pouvoir de faire bouger les choses.

Ce qui signifie également qu’il prêche des convertis.

« La désillusion est un aspect très important que nous devons apprendre », déclare-t-il. « Notre espèce est sur le point de se retrouver dans la jungle sans la moindre excuse, et nous ne devons pas oublier à quel point la nature ne fait pas de cadeaux aux choses qui n’y ont pas leur place. »

« La nature est totalement amorale », prévient-il.

Comparant le bouleversement environnemental à venir à un « rappel à la réalité » comparable au naufrage du Titanic, il estime que la population mondiale n’est pas sans rappeler les passagers de ce funeste navire, totalement incrédules devant le fait que le paquebot était réellement en train de couler.

« Que cela nous plaise ou non, le navire des pratiques établies a déjà percuté l’iceberg, mais nous ne l’avons pas encore bien réalisé. Nous sommes parfaitement inconscients. »

Réalisant le côté mélodramatique de son analogie, Rob Watson opte pour une métaphore plus parlante pour les dirigeants présents dans la salle.

« Le rôle de la planète est d’assurer la vie », a-t-il rappelé. « Que faisons-nous en tant que filiale de l’entreprise Planète pour assurer la vie ? Nous empêchons toutes les autres unités opérationnelles de faire leur travail. En tant que dirigeant d’entreprise, que faites-vous aux ressources qui ne sont pas assez performantes ? Vous vous en débarrassez. »

« Si nous n’arrêtons pas de nous bercer d’illusions, nous nous préparons à une gifle magistrale. »

Le problème vient en partie de ce que le mouvement écologique se voit en « sauveteur de la planète », a expliqué Rob Watson. Or, ce n’est pas la planète qui a besoin d’être sauvée : c’est nous. Aujourd’hui, pour chaque hectare de terre arable, fertile et productive, deux hectares sont détruits par la surexploitation, la déforestation et le déboisement. L’année dernière, 40 % des récifs coralliens du monde étaient dans une situation de « détérioration grave ».

À qui la faute ? La nôtre, affirme-t-il. Les humains doivent être sauvés d’eux-mêmes, sous peine de périr de notre propre « stupidité fractale ».

« Il n’y a pas de crise énergétique sur la planète », soutient Rob Watson. « Chaque jour, le soleil se lève et fournit en 15 minutes de lumière du jour l’équivalent d’une quantité d’énergie suffisante pour alimenter la planète pendant une année entière. Là où il y a pénurie, c’est sur la façon de l’exploiter. »

Une partie du problème vient du fait que nous encourageons l’activité non durable et hostile à l’environnement. Nous pénalisons les énergies renouvelables en élevant les prix du marché. Le marché n’apprécie pas ? Tant pis. Changez le modèle opérationnel et changez la façon dont les gens pensent, préconise Rob Watson.

Statistiques à l’appui pour souligner son propos :

• Les trois dixièmes de 1 % de l’eau du monde sont à notre disposition. Un petit pourcentage de ce chiffre est de l’eau que nous pouvons boire.
• La demande énergétique du monde augmentera de 50 % en 25 ans.
• 30 % des émissions de CO2 des États-Unis viennent des transports. 22 % viennent de l’industrie autre que celle des matériaux. Les 48 % restants viennent des bâtiments et des matériaux de construction.

Le problème des émissions de carbone s’accélère ; nous en sommes déjà à 100 ppm/an de plus qu’à l’époque préindustrielle, soit 393 ppm contre 275 ppm.

• « Il y a un réacteur à fusion parfaitement sûr à 150 millions de kilomètres de la planète. Nous savons quand il s’allume et quand il s’éteint », a-t-il rappelé.

« La planète n’a pas besoin de vous… il n’y a absolument rien que nous puissions faire à cette planète qui, dans un million d’années (à peine deux secondes pour la planète), ne sera pas anéanti. Nous devons nous remettre en question. »

Cela commence par utiliser la plus unique des aptitudes humaines : la capacité à planifier. Si nous prenons cette information et l’utilisons intelligemment, au lieu de l’ignorer, nous pouvons arrêter d’être « les méchants » et, à la place, « devenir les héros de notre propre film », affirme Rob Watson.

Sinon, et si le changement climatique atteint le « point de non-retour », nous n’aurons plus le pouvoir de changer les choses.

Les premières solutions à portée de main : la construction de bâtiments plus intelligents

« Nous n’avons pas de recours », a-t-il martelé. « Nous ne pouvons pas négocier avec la nature. » Toutefois, les premières solutions à portée de main commencent par la construction de bâtiments plus intelligents.

« Les bâtiments écologiques relèvent d’une science difficile. Les bâtiments sont excessivement compliqués. Nous devons les voir comme des vaisseaux spatiaux. Nous avons besoin d’un programme spatial pour les bâtiments », estime-t-il.

Le bâtiment du futur ? Un bâtiment qui s’autocontrôle et qui s’adapte, avec des centrales électriques, des réservoirs, des installations de traitement des eaux usées et même des fermes à l’intérieur, d’après Rob Watson. Totalement autosuffisant et dense.

« Les gens veulent de l’écologie. C’est le plus pertinent. »

Mais si la politique et le statu quo continuent d’entraver la science, les humains se préparent à un réveil douloureux, a-t-il averti.

« Nous allons être une expérience biologique qui a mal tourné. Personne ne versera une larme, sauf peut-être nos proches », a conclu Rob Watson. « Nous pouvons diriger depuis n’importer quel siège de l’orchestre. Et ce siège, c’est peut-être celui du bâtiment. »


(*) Le Leadership in Energy and Environmental Design (LEED) est un système nord-américain de standardisation de bâtiments à haute qualité environnementale créé par le US Green Building Council en 1998.

LEED est aujourd’hui le système d’évaluation environnementale des bâtiments le plus utilisé au monde. Les critères d’évaluation incluent : l’efficacité énergétique, l’efficacité de la consommation d’eau, l’efficacité du chauffage, l’utilisation de matériaux de provenance locale et la réutilisation de leur surplus. (source Wikipedia)

 

source:

Rob Watson : les humains sont « parfaitement inconscients » de la crise climatique à venir

Dirigeant du cabinet de conseil EcoTech International et père du système de notation LEED, Rob Watson s’inquiète de l’aveuglement général face à l’état de la planète, la comparant au Titanic qui aurait déjà percuté l’iceberg sans susciter de réaction…

Par Andrew Nusca | 8 août 2011

Publié dans Ecologie-Environnement

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François Guillaumat 13/08/2011 19:12



François Guillaumat L'Appareil respiratoire de Frédéric Bastiat.