Après Oussama Ben Laden, voici le ressuscité de 2006, Aymane al-Zawahiri

Publié le par AL de Bx

À l’instar du fondateur d’el-Qaëda, Aymane al-Zawahiri s’est caché après les attentats du 11- Septembre et a été vu une dernière fois un mois après, en octobre 2001, à la frontière afghanopakistanaise.

 

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Son épouse, son fils et ses deux filles avaient été tués par des frappes américaines à Kandahar deux mois plus tard. Photo AFP Terrorisme El-Qaëda a désigné hier Ayman al-Zawahiri pour succéder à Oussama Ben Laden. Le nouveau chef de la nébuleuse a promis de poursuivre le jihad, mais le chef d’état-major US, Mike Mullen, a assuré que les États-Unis élimineront Zawahiri comme ils ont éliminé Ben Laden. El-Qaëda a désigné son numéro deux, Aymane al-Zawahiri, pour succéder à Oussama Ben Laden, tué début mai par un commando américain au Pakistan, et s’est engagé à poursuivre le jihad contre les États- Unis et Israël, dans un communiqué mis en ligne hier. « Le commandement général d’el- Qaëda annonce, après consultations, la désignation de cheikh Aymane al-Zawahiri à la tête de l’organisation », selon le texte signé du commandement général et publié sur des sites islamistes. Aymane al-Zawahiri, âgé de 59 ans, le « cerveau » et principal porte-parole d’el- Qaëda, devient ainsi l’homme le plus recherché du monde. Sa tête est mise à prix 25 millions de dollars par le département d’État américain. El-Qaëda va poursuivre « le jihad contre les apostats qui agressent la terre d’islam et à leur tête l’Amérique croisée et son acolyte Israël », affirme d’emblée le commandement d’el-Qaëda dans son communiqué. « Nous les combattrons avec toutes nos capacités et nous exhortons la nation (islamique) à les combattre (...) par tous les moyens possibles jusqu’à l’expulsion de toutes les armées d’invasion de la terre d’islam et l’instauration de la charia », la loi islamique, ajoute le texte.


En nommant à sa tête l’Égyptien Aymane al-Zawahiri, le commandement général d’el-Qaëda a exposé dans le communiqué les principes guidant sa future action. Ainsi, il rassure les Palestiniens qu’il « ne les lâchera pas jusqu’à la victoire » et « la libération de l’ensemble de la Palestine ». « Nous n’accepterons aucune concession sur la Palestine » et « nous ne reconnaîtrons pas de légitimité au prétendu État d’Israël » comme « nous ne nous engagerons par aucun accord ou convention » reconnaissant Israël, ajoute-t-il.

 

Exprimant en outre son « soutien au soulèvement des peuples musulmans » en Égypte, en Tunisie, en Libye, au Yémen, en Syrie et au Maroc, el-Qaëda appelle à la poursuite de la contestation dans les pays arabes pour « éliminer les régimes corrompus et injustes imposés par l’Occident à nos pays ».

 

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Mais « le véritable changement souhaité ne se réalisera qu’avec le retour de la oumma vers la charia », poursuit-il, indiquant sa disposition à « coopérer avec tous les groupes islamiques » pour faire « triompher la charia » et « éliminer les régimes corrompus ». S’agissant de l’Afghanistan, el-Qaëda assure le chef suprême des talibans, le mollah Mohammad Omar, que le réseau continuera à agir « sous son commandement (...) pour repousser l’occupation américaine croisée de l’ensemble du pays ». Il rassure aussi « les frères combattants » en Irak, en Somalie, dans la péninsule Arabique et au Maghreb, où opèrent des branches d’el-Qaëda, ainsi qu’en Tchétchénie, affirmant qu’il « poursuivra sur la même voie (...) pour combattre un ennemi unique même s’il prend différentes formes ». Le nouveau chef d’el-Qaëda s’était engagé à poursuivre la voie du jihad contre l’Occident et avait renouvelé son allégeance au mollah Omar, « émir des croyants », dans une vidéo mise en ligne le 8 juin par le groupe de renseignement américain SITE. « Aymane al-Zawahiri est le cerveau d’Oussama Ben Laden.


C’est après la rencontre entre les deux hommes (en Afghanistan) que Ben Laden a pris cette importance », affirmait l’avocat islamiste égyptien Mountasser al-Zayat, qui l’avait bien
connu. « Zawahiri est loin d’avoir l’envergure d’Oussama Ben Laden », a toutefois tempéré
hier un haut responsable américain réagissant à l’information de sa désignation à la tête d’el- Qaëda, estimant par ailleurs que l’Égyptien aurait du mal à diriger la nébuleuse « tout en s’occupant de sa propre survie ». Pour les experts, le choix de Zawahiri pour succéder à Ben Laden est celui de la logique et de la continuité, même s’il ne jouit pas de la même aura que le fondateur du mouvement. Pour Dominique Thomas, spécialiste de l’islamisme radical à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), « Zawahiri dispose avant tout de la légitimité historique : il fait partie du même groupe générationnel né dans le jihad antisoviétique en Afghanistan dans les années 1980 ». « Il fallait que ce soit une figure qui serve de repère aux militants. Et il n’y en avait pas d’autre : Zawahiri est apparu aux côtés de Ben Laden depuis 15 ans, il a fait le jihad en Afghanistan, c’est une figure de l’islamisme égyptien. C’est aussi un idéologue qui a beaucoup écrit. »

 

Zawahiri sera éliminé comme Ben Laden, assure Washington
Source, journal ou site Internet : L’Orient le Jour
Date : 17 juin 2011

 

L’homme n’a rien à perdre. En décembre 2001, alors qu’il fuit l’Afghanistan pour se réfugier
dans les zones tribales pakistanaises, son épouse, ses deux filles et son fils, restés à Kandahar,
le fief des talibans, sont tués par des bombes américaines qui lui étaient destinées. Ayman al-
Zawahiri – une fois de plus – n’a alors qu’une idée en tête : se venger. C’est aussi en 2001 que
le grand public découvre ce curieux personnage à la barbe poivre et sel mal taillée. On le
distingue – souvent assis en tailleur – au côté d’Oussama ben Laden sur les rares documents
filmés où apparaît l’ancien chef d’al-Qaida. Toujours coiffé d’un turban, portant de grandes
lunettes rondes, son allure s’apparente plus à celle d’un professeur, ou d’un vieux sage, qu’à
celle d’un féroce terroriste. L’habit n’a jamais aussi peu fait le moine. Né au Caire le 19 juin
1951, descendant d’une famille d’universitaires et de dignitaires religieux, le nouveau numéro
un d’al-Qaida est un dur, plus radical encore que son supposé mentor, ben Laden. Son grandpère
fut le directeur de l’université du Caire avant de fonder celle du Roi-Fahd, en Arabie
saoudite. L’un de ses oncles fut, quant à lui, dans les années 1930, le grand imam de la
mosquée al-Azhar, haut lieu de l’enseignement et de la pensée islamiques dans le monde.
« C’était un garçon mystérieux, renfermé et introverti », raconte Zaki Mohammed, un
journaliste cairote, à propos du jeune Zawahiri (*). « Mais il comprenait en cinq minutes ce
que les autres élèves mettaient une heure à saisir. Il avait quelque chose de génial »,
témoigne encore cet ancien condisciple.
Un rat de bibliothèque
Décrit comme un fervent pratiquant doublé d’un rat de bibliothèque, Ayman al-Zawahiri est
séduit par les théories des Frères musulmans dès l’âge de 15 ans. Déçu par le président
égyptien Nasser, défait par les Israéliens en 1967 lors de la guerre des Six-Jours, il considère
l’islam comme l’unique planche de salut pour le monde arabe. Jeune homme, tout en
poursuivant des études de chirurgien à la faculté de médecine du Caire, il demeure dans la
mouvance islamiste, où il fait figure de modéré. En 1980, établi dans une clinique tenue par
les Frères musulmans, il accepte de se rendre au Pakistan, dans le cadre d’une mission
humanitaire organisée par le Croissant-Rouge. A cette époque, des milliers d’Afghans, fuyant
leur pays envahi par les Soviétiques, y sont réfugiés. Il écrira plus tard qu’il considère le
djihad afghan comme « un entraînement de la plus haute importance qui préparait les
moudjahidin à mener la bataille tant attendue contre la superpuissance qui, désormais,
exerce seule sa domination sur le monde, à savoir les Etats-Unis ».
Le promoteur des attentats suicides
Revenu chez lui, en Egypte, il est arrêté à la fin octobre 1981, quelques jours après
l’assassinat du président Anouar al-Sadate. Une opération menée par les Frères musulmans et
à laquelle il nie avoir participé. A l’issue d’une incarcération (longue de trois ans) où il est
régulièrement frappé et torturé, il décide de quitter son pays natal. Nous sommes en 1984,
Zawahiri, âgé de 32 ans, est devenu un extrémiste religieux, un radical assoiffé de vengeance.
Il se rend alors à Djedda, en Arabie saoudite, ville où est installé un certain Oussama ben
Laden. Dès lors, les deux hommes feront route et cause communes. Ayman al-Zawahiri est
celui qui a pensé et conçu la structure al-Qaida (« la Base »). Des attentats contre les
ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie, en août 1998, à ceux de Madrid (2004) et
de Londres (2005) – sans oublier ceux du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis –, la plupart des
opérations montées ou soutenues par l’organisation à travers le monde portent sa marque. Il
est d’ailleurs l’un des premiers islamistes à avoir eu recours aux attentats kamikazes, en dépit
des préceptes du Coran qui proscrivent le suicide et le meurtre d’innocents. Selon de
nombreux spécialistes des mouvements islamistes, ben Laden, issue d’une famille fortunée,
était, en définitive, devenu le chef d’al-Qaida parce qu’il en était le principal financier. Enfin,
le Dr Zawahiri savait se rendre indispensable. « ben Laden avait une pression sanguine
insuffisante. Il lui arrivait d’éprouver des vertiges qui l’obligeaient à s’allonger. Ayman
venait le soigner », se souvient Essam Deraz, un réalisateur égyptien qui a connu les chefs
terroristes à la fin des années 1980. Après le 11 septembre, la tête du numéro deux d’al-Qaida
avait été mise à prix par les autorités américaines pour la somme de 25 millions de dollars.
Cette récompense, promise à d’éventuels informateurs, pourrait rapidement augmenter : placé
au sommet de la « liste noire » du département d’Etat américain, condamné à mort, par
contumace, en Egypte pour sa participation dans l’attentat de Louxor perpétré en 1997
(58 touristes exécutés), Ayam al-Zawahiri est désormais l’homme le plus recherché au
monde.
(*) Lawrence Wright (The New Yorker, septembre 2001).
Où en est al-Qaida ?
La mort d’Oussama Ben Laden n’aurait pas entraîné de changement majeur dans le
fonctionnement de l’organisation terroriste, décrite comme étant en perte d’influence et de
vitesse. Obligé de se terrer, le Saoudien n’exerçait plus qu’un leadership symbolique sur elle.
C’est l’une des raisons qui expliquent le fait que les grandes capitales occidentales n’aient
plus été touchées depuis 2005 (attentats de Londres). Les spécialistes des mouvements
islamistes estiment que « l’exécution » de Ben Laden entraînera cependant un déplacement du
théâtre de la guerre, de l’Afghanistan vers le Pakistan. Force est de constater que les attentats
se sont multipliés, ces dernières semaines, sur le sol pakistanais (notamment contre les forces
armées). Les dirigeants d’al-Qaida (et les talibans) considèrent avoir été trahis par le
gouvernement d’Islamabad, qu’ils accusent d’avoir aidé les forces spéciales américaines à
liquider leur chef historique. La crainte des représailles qui s’annoncent explique, en partie,
les difficultés actuelles qu’éprouvent les services de renseignement américains à renouer le
contact avec leurs homologues pakistanais. Sur le plan international, l’intronisation d’al-
Zawahiri pourrait relancer les actions terroristes contre les intérêts occidentaux. Dans son
dernier message audio, le nouveau numéro un d’al-Qaida demande ainsi aux Libyens de se
retourner contre la coalition internationale (et donc contre la France) venue pourtant les aider
à se débarrasser du colonel Kadhafi.

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