Ambivalence d'un socialisme populaire américanisée marqué d'antiaméricanisme primaire. Le confort primerait-il sur l'idéologie?

Publié le par AL de Bx

La France se pique d'antiaméricanisme et ne cesse de singer les États-Unis dans ce qu'ils ont de pire.

 

francois-hollande-gay-julien-piraud.jpgyeah!! that's cool, free into my head!

rich and american people are bad, But !!

 

Que nos actuels dirigeants restent coincés entre une social-démocratie frileuse et un marxisme résiduel, chacun peut le voir - sauf les aveugles, bien entendu. Mais ce qui est plus surprenant, c'est le degré d'américanisation qui prévaut dans une France pourtant marquée par des décennies d'antiaméricanisme primaire.

 

 

 

Par Professeur Kuing Yaman: Le célèbre présentateur américain Jimmy Kimmel se moque de François Hollande en reprenant avec délectation ce cliché peu flatteur.
Il est même allé jusqu'à comparer la tête de François Hollande à celle d'un mari pris "en flagrant délit en train de regarder un porno".

 

Nous ne parlons pas là de la multiplication exponentielle des Kevin, Samantha, Sue Ellen et autres J.R., des fast-foods, des gay prides, des jeans, des sitcoms, des talk-shows, du chewing-gum, des bandes ethniques, du speed-dating, du crack, du rap, des sectes prédatrices et des théories du complot, mais bien de l'influence démesurée qu'exerce sur nos politiques et nos institutions cet "impérialisme américain" tant décrié.

 

 Hommage a feu jean-François REVEL

Fin 2002, Patrick Buisson recevait dans son émission "Un livre, un débat", Jean-François Revel pour son livre "L'obsession anti-américaine". Ils en débattent en compagnie de Max Gallo et Philippe Roger, auteur de "L'ennemi américain".

 

Spin doctors, First Lady et primaires...

Il faut bien l'admettre : depuis quarante ans au moins, la plupart de nos innovations les plus hardies ne sont que des imitations serviles et approximatives des pratiques américaines :

 

la méthode globale, importée en France au moment même où les Américains constataient ses effets délétères ;

 

le politiquement correct, une lubie bêtifiante maintenant tournée en dérision aux États-Unis, mais encore prise au sérieux chez des Français réputés cartésiens ;

 

la prolifération anarchique des spécialistes de la communication, calqués sur les "spin doctors" anglo-saxons qui transforment tout discours politique en jargon synthétique préformaté ;

 

le quinquennat, un effort maladroit pour se rapprocher du mandat présidentiel américain, avec les mêmes inconvénients en termes de paralysie gouvernementale et d'électoralisme forcené ;

 

la "première dame",une traduction un peu primitive de la "First Lady" américaine;

 

la discrimination positive, copie conforme d'une "affirmative action" devenue nuisible pour ceux-là mêmes qu'elle devait épauler ;

 

la toute nouvelle "peine de probation", autre pâle imitation vouée à l'échec faute des moyens de la justice américaine ;

 

les primaires, une géniale invention socialiste recopiée directement de "primaries" américaines jadis tant brocardées dans notre pays ;

 

le "care" de Martine Aubry, sorte de maternage à visage renfrogné qu'elle n'a même pas pris le temps de traduire en français ;

 

la théorie du genre, une foucade américaine pseudo-scientifique visant à transformer les hommes et les femmes en êtres asexués, avec tous les dégâts psychiques et sociaux qui subsisteront bien après son abandon outre-Atlantique;

 

l'absence de discipline à l'école, une plaie de l'instruction scolaire américaine d'après-guerre, calquée et caricaturée dans notre enseignement à partir des années soixante-dix - précisément au moment où les Américains commençaient à y remédier ;

 

la judiciarisation à outrance, inventée par des avocats américains cupides, et si bien imitée en France qu'il nous faut dorénavant découvrir et poursuivre des responsables à l'occasion de tout incident fortuit, depuis le raz-de-marée jusqu'à la crise cardiaque...

 

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"Nous nous donnons beaucoup de mal pour faire les mêmes bêtises que les Américains"

Est-ce pour cela qu'un illustre politicien français disait naguère :

 

"Au fond, nous nous donnons beaucoup de mal pour faire les mêmes bêtises que les Américains" ?

 

La différence est pourtant que ces derniers sont pragmatiques : les théories et les pratiques les plus farfelues ont beau fleurir aux États-Unis comme des pâquerettes au printemps, celles qui dysfonctionnent ou dépassent les limites du raisonnable sont recadrées ou supprimées sans états d'âme : la méthode globale a été consignée aux poubelles de l'histoire, le politiquement correct outrancier n'est plus pris au sérieux, la discrimination positive est dorénavant interdite par la Constitution de plusieurs États, et l'ardeur des chicaneurs de prétoires s'est calmée lorsque les juges ont imposé de fortes amendes pour "frivolous lawsuits" - procès sans fondement. En France, par contre, l'idéologie domine : peu importe que les lubies importées et francisées s'avèrent contre-productives, pourvu qu'elles constituent des marqueurs politiques. Ainsi, la méthode globale, le politiquement correct, la discrimination positive, l'antiracisme sélectif et la théorie du genre resteront sans doute des totems intangibles, quels qu'en soient par ailleurs les effets pervers...

 

 

Alors qu'en France la création d'entreprises est en berne, aux États-Unis, c'est le plein-emploi, grâce entre autres aux bénéfices de l'exploitation du gaz de schiste.
De jeunes français partent par milliers pour réussir outre-Atlantique même s'ils doivent y vivre clandestinement.

 

La France croule sous le poids de ses exceptions

Les Américains pourront en outre nous faire remarquer que nous traînons bien des boulets uniques au monde, qui ne doivent absolument rien à leur exemple :

 

les 35 heures,

la dictature des syndicats politisés de la fonction publique,

la détestation des patrons,

l'assistanat débridé,

le mille-feuille administratif,

l'ISF,

les RTT,

le RSA,

la fonctionnarisation de l'économie,

le prurit de l'imposition maximale,

la tendresse envers les délinquants "victimes de la société" - et même le fantôme du maréchal Pétain, promené en épouvantail pour faire accepter le laxisme récurrent en matière de sécurité et d'immigration.


Dès lors, ces mêmes Américains auront beau jeu de nous rappeler la phrase de Tocqueville :

 

"En politique, ce qu'il y a souvent de plus difficile à comprendre, c'est ce qui se passe sous nos yeux."

 

En réalité, nous le comprenons parfaitement, mais nous refusons simplement de l'admettre...

 


Par François Kersaudy

 

 

François Kersaudy, Professeur émérite de langue et civilisation anglo-saxonne à l'université de Paris I. Auteur de Winston Churchill (Tallandier) et De Gaulle et Roosevelt (Perrin.

Source:

 

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Richard Kuisel : "L’anti-américanisme est lié aux politiques"

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L'historien américain Richard Kuisel a découvert la France pour la première fois en 1960. Fasciné par les différences culturelles entre sa nation et l'Hexagone, ce professeur à l'Université de Georgetown publie en 2012 The French Way - How France Embraced and Rejected American Values and Power, qui analyse les relations franco-américaines des années 1980 à 2000. Entretien.

 

France-Amérique : Qu’est-ce qui vous a amené à écrire ce livre ?

Richard Kuisel : Après la guerre en Irak, l’administration Bush était désireuse de comprendre l’anti-américanisme en tant qu’enjeu mondial et le gouvernement a invité des experts – dont je faisais partie – à participer à des discussions à ce sujet. Plus j’y réfléchissais et plus il était clair que l'anti-américanisme était une question historique, qui ne concernait pas que les trois dernières années.


Pourquoi vous arrêter au début des années 2000 ?

En tant qu’historien, je suis mal à l’aise avec le passé récent. Les années 2000, c’est déjà suffisamment proche. Par ailleurs, je ne voulais pas m’attaquer à 2003, la guerre en Irak, l’administration Bush, Chirac, etc. C’est un autre problème qui mérite un livre à lui tout seul.


L'année 2003 est considérée comme un tournant dans les relations franco-américaines. Comment a évolué l’anti-américanisme ?

A regarder les sondages, il y a toujours 10 à 15% de l’opinion qui ont un réflexe anti-américain. C’est une constante. Ce qui a changé, c’est que des années 20 aux années 50, l’anti-américanisme reposait sur l’idée qu’il fallait résister à la modernité américaine. Aujourd'hui, la France est trop américanisée pour tenir ce genre de propos. Et l’anti-américanisme est lié aux politiques. Autrement dit, la France ne rejette pas qui nous sommes mais ce que nous faisons : la peine de mort, le démantèlement des protections sociales, un marché fondamentaliste, notre politique étrangère, notre utilisation de la force…


Les Français ont-ils des idées arrêtées sur les Américains ?

Ils ont hérité d'un discours très daté sur les Etats-Unis, qui remonte au 19e siècle, si ce n’est plus loin. Les Américains sont matérialistes, violents, vulgaires, excessivement religieux, conformistes. Ces stéréotypes ont la peau dure. Quand j’étais en France, on me disait : "toi tu n’es pas un vrai Américain, tu es une exception !" parce que mes comportements ou mes opinions remettaient en question le stéréotype de l’Américain qu’ont les Français. Je n’aime pas manger à McDonald’s, aller à Disneyland, j’étais critique de l’administration Bush, je ne possède pas d’arme à feu, je suis contre la peine de mort, et ainsi de suite. Donc, pour les Français, je n’étais pas comme les Américains. C’est dangereux de penser ainsi.


Pourquoi ?

Parce que l'anti-américanisme est toujours là, latent, et à la moindre altercation, ces opinions vont ressurgir. Prenez l’exemple de l’Irak. Tout a changé en 2003 parce que le comportement de l’Amérique et de Bush confirmait toutes ces appréhensions, selon lesquelles nous voulons dominer, nous sommes prêts à utiliser notre force militaire pour obtenir ce que l’on veut, etc.


Les stéréotypes sur la France sont-ils également datés ?

Oui, les Américains se réfèrent encore au vin et au fromage. Jamais aux centrales nucléaires ou au TGV.


Vous analysez le point de vue français sur les Etats-Unis. L’inverse serait-il aussi pertinent ?

C’est une relation asymétrique. Si les Français se préoccupent des Américains, l’inverse n’est pas vrai. Les Français font l’erreur de penser qu’ils ont un rayonnement, que tout le monde respecte la culture française, mais ce n’est vrai que d’une petite élite en Amérique. Sauf peut-être quand la France se met en travers de notre chemin en matière de relations internationales... Là, ça nous intéresse.


Qu’en est-il alors pour les autres pays d’Europe : la France est-elle la seule à entretenir un rapport compliqué avec les Etats-Unis ?

La France est le seul pays européen – à part peut-être l’Angleterre – à avoir l’ambition d’une influence mondiale. Elle veut être alliée mais pas alignée comme l’a formulé Hubert Védrine. Une position qui n'inspire pas confiance aux Américains. Ensuite, il me semble que les critères français d’identité nationale sont plus menacés par l’américanisation que ceux d’autres pays. Les Français se définissent largement par leur culture, leur cinéma, leur langue, la mode, la cuisine, le vin… Toutes les choses qui sont ciblées par l’américanisation via Hollywood, McDo, les vins californiens, Ralph Lauren, etc.


Le nouveau président, François  Hollande, a-t-il un rôle à jouer aujourd’hui dans ces relations ?

Hollande n’a pas fait campagne sur un thème pro ou anti-américain. Je pense qu’il va être dans la continuité avec Sarkozy. Prenons par exemple les printemps arabes. Sarkozy a mené l’Occident dans une action en Libye et aujourd’hui Hollande prend les devants en Syrie. C’est une forme d’affirmation. Je ne m’attends pas à ce qu’il y ait de grandes initiatives mais il y a un tas d’enjeux sur lesquels la France et les Etats-Unis sont en désaccord et qui pourraient poser problème. On n’est pas d’accord sur la mondialisation, sur l’environnement, sur la Turquie, Israël, l’Iran, sur l’utilisation des forces de l’ONU, etc. Des sujets qui peuvent changer la donne.


The French Way - How France Embraced and Rejected American Values and Power, De Richard F. Kuisel. Chez Princeton University Press.


Source:
France-Amérique

Publié dans Question de bon sens

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