Hilarant et triste !! Leçon de Libéralisme par un membre du Parti Socialiste Ouvrier Espagnol

Publié le par Alain Genestine



A sa façon, la Commission européenne vient de participer à la campagne du premier tour des présidentielles, qui s’achève dans quelques jours. Mais elle le fait à la façon du MEDEF, non pour choisir un candidat, mais pour réaffirmer quelques vérités à tous les candidats. C’est en tous cas ce que vient de faire le commissaire européen aux affaires économiques et monétaires, Joaquin ALMUNIA, dans un entretien avec l’AFP. Il estime que « la France a besoin de plus de réformes pour améliorer sa croissance et l’état de ses finances publiques ». Et selon l’AFP, « il déplore le manque de courage politique et la démagogie dans la campagne présidentielle ».

Ce qui manque, « pour augmenter le potentiel de croissance », c’est une vision « à long terme », en particulier sur l’amélioration de l’emploi et de la productivité. Cela ressemble à ce que disait madame PARISOT quand elle demandait d’abandonner les politiques conjoncturelles de la demande pour se tourner vers les politiques structurelles de l’offre. Le moins qu’on puisse dire, c’est que les uns et les autres ne semblent pas déborder d’enthousiasme pour nos douze candidats.

Pourquoi la croissance française, demande ALMUNIA, est-elle si faible, même par rapport à la moyenne européenne ? Parce qu’il faut augmenter le potentiel de croissance en élevant le niveau d’emploi : en clair, travailler plus et plus nombreux. Et augmenter la productivité. « Pas seulement la productivité par heure, parce que si l’on augmente la productivité horaire, mais qu’on diminue le nombre d’heures où l’on travaille, le résultat est nul, cela se compense ». Et pan sur les 35 heures !

Il faut surtout encourager les responsables politiques à « faire preuve d’audace pour mettre en œuvre des réformes. Il y a toute une série de politiques structurelles qui sont plus faciles à mettre en marche dans les périodes de croissance économique, comme celle que nous vivons maintenant. Mais du point de vue politique, on oublié parfois de la faire ». Autrement dit, les blocages sont politiques.

J. ALMUNIA s’intéresse aussi à un autre chantier, celui des dépenses publiques. « Le niveau des dépenses publiques par rapport au PIB en France est très élevé et les résultats obtenus en terme de welfare state, c'est-à-dire de politique sociale, de services sociaux, ne sont pas si grands ». C’est dit poliment, mais clairement. Et la comparaison pour l’efficacité des dépenses publiques avec les pays scandinaves n’est pas en notre faveur. Et eux, bien que socio-démocrates, ne craignent pas de réformer l’Etat : ils viennent encore de le prouver, comme nous l’avons écrit il y a quinze jours, en supprimant l’ISF en Suède. Et le commissaire d’ajouter « Il y a en France un problème de structure des dépenses publiques et de système d’impôts qui mérite une discussion plus approfondie ». Et de se féliciter que, tout de même, on parle un peu de la dette publique dans la campagne, même si « d’autres pays européens ont adopté des programmes d’ajustement budgétaires plus ambitieux ».

Enfin, selon l’AFP, il déplore « certaines dérives démagogiques dans la campagne présidentielle, reprochant à mots couverts à certains candidats d’ignorer ou de travestir les données économiques ». « Parfois j’entends des arguments qui ne tiennent pas compte de la réalité économique, qui ignorent ce qui est en train de se passer dans les économies européennes ».

Il y a au moins deux points communs entre les interventions du MEDEF et celles de la commission européenne dans cette campagne. La première, c’est qu’ils s’expriment en termes courtois et mesurés, ce qui renforce la crédibilité de leur discours ; la seconde c’est que les uns et les autres s’expriment avec une certaine distance par rapport aux jeux politiques, n’ayant pas un intérêt direct et personnel dans cette campagne. C’est ce qui leur permet de critiquer librement tout le monde, sans arrière-pensée politicienne. C’est de la même liberté de ton dont nous nous réclamons ici même, n’ayant de comptes à rendre qu’aux idées libérales. Et n’attendant rien de la classe politique. A un petit détail près : monsieur ALMUNIA est l’ancien secrétaire général du parti socialiste ouvrier espagnol, ce qui en dit long sur les années-lumière qui séparent la classe politique française de ses homologues étrangers.

Publié dans Libéralisme

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