LES CHEFS D’ENTREPRISE DOIVENT S’EXPRIMER

Publié le par Alain Genestine


       Il a été souvent dit, dans cette campagne parfois si déprimante, l’une des raisons d’espérer, du moins à long   terme, c’est le réveil de la société civile et en particulier des chefs d’entreprise. Nous en avons une nouvelle preuve cette semaine, avec la longue interview accordée à notre confrère Les Echos par Bertrand COLLOMB, Président de Lafarge, Président de l’Association française des entreprises privées (AFEP).

 « La première partie de la campagne a été intéressante parce qu’elle a vraiment montré un besoin de changement de style autant que de réformes structurelles. Tout le monde reconnait désormais que la situation de la France depuis vingt ans s’est plutôt dégradée qu’améliorée (…). Malheureusement, la deuxième partie de la campagne, depuis quelques semaines, est retombée dans le consumérisme politique, avec un déluge de promesses et l’organisation de shows médiatiques qui obscurcissent les débats ».

 « Quand les Français travaillent, ils produisent autant que les autres et même parfois plus. Mais on leur a imposé de travailler moins (…). Le coût du travail y est plus élevé, il y a plus de rigidité, on protège l’existant au lieu de favoriser le nouveau et le futur. On demande souvent aux chefs d’entreprise pourquoi ils répètent la même chose depuis plusieurs années… Mais c’est parce que, pour l’essentiel, la réalité reste celle-là ! (...) La France peut être compétitive, à condition d’intervenir sur tous les facteurs de compétitivité. Les coûts de production, car nous ne sommes pas uniquement en concurrence avec les Chinois, mais aussi avec les Espagnols ou les Allemands. Mais aussi la flexibilité, la mobilité, l’innovation ».

« L’entreprise est faite pour créer de la valeur, elle n’a pas le choix de la répartition de cette valeur. La répartition résulte des forces du marché. Et en France, contrairement à ce qu’on lit, la part des salaires dans la valeur ajoutée a plutôt augmenté au cours des dernières années ».

« Les chefs d’entreprise doivent expliquer les choses, mais ils ne peuvent pas le faire tout seuls. Quand une entreprise doit se restructurer, peu d’hommes politiques ont le courage de la soutenir. Chez les élus de droite ou de gauche, j’entends un discours uniquement compassionnel. (…) Il y a une absence de pédagogie économique à l’école. Dans les manuels scolaires, l’entreprise est quasiment ignorée. (…). Faut-il punir ceux qui gagnent trop d’argent pour qu’ils aillent le faire ailleurs, ou, au contraire, tout en évitant des excès injustifiables, accepter que le succès soit récompensé ? Grâce à une transparence accrue, j’espère que l’opinion comprendra que les rémunérations des dirigeants correspondent à leurs responsabilités et à l’importance de leur action ».

« Les pays qui ont diminué la pression fiscale et les dépenses publiques sont ceux qui ont le plus de croissance et le moins de chômage. Imitons-les, plutôt que de vouloir leur imposer notre modèle. L’ISF, par exemple, est un impôt dont les conséquences économiques sont négatives et sans proportion avec son rendement financier (...). Favoriser le travail, c’est le récompenser en permettant à ceux qui le veulent de travailler plus et d’en récolter les fruits (…). Si le SMIC augmente fortement, le coût du travail augmentera, avec des pertes d’emplois et une perte de croissance (…). L’idée d’aides conditionnelles (aux entreprises), cela serait une sorte de micro dirigisme économique. Ce serait inquiétant, complexe et inefficace ».

Enfin deux questions sur certains candidats : l’idée de BAYROU d’exonérer les deux premiers emplois de charges : « Je préfère les mesures globales aux mini mesures. Cibler un cas très particulier risque de créer des effets de seuil et cela me paraît moins efficace que de prendre des mesures pérennes pour l’ensemble de l’économie ». Et la Sécurité Sociale professionnelle chère à l’UMP comme au PS ? « Je pense qu’on devrait protéger moins les emplois et davantage les personnes. Mais l’expression Sécurité Sociale n’est pas très rassurante, car elle signifie pour beaucoup un droit sans limite et sans devoirs ».

Jacques GARELLO l’a rappelé : les chefs d’entreprise, Laurence PARISOT en tête, apportent dans cette campagne un petit air rafraîchissant. Cela fait du bien. La vérité, ici comme ailleurs, nous rend plus libres.

Publié dans Travail et Economie

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