Oups!!! les journalistes dans la campagne, çà décoiffe!!!

Publié le par Alain Genestine

Il y  a peu le journal Libération avait organisé en son bastion, un grand colloque. La question posée était la suivante «  Qu?est-ce qu?être de gauche en 2007 ? «. Les débats avaient été soigneusement consignés dans les colonnes du journal. Les conclusions partaient en eau de boudin. Générosité ?  Social ? Redistribution ? Il est vrai que cela se passait du temps de l?ancien Directeur, Serge July. Il avait de la gueule, une sacrée passion européenne, et l?art d?aller droit au but en faisant voler les clichés en éclat. C?est peut-être cette façon de faire voler les clichés en éclat, qui est révolutionnaire. Et on sait bien depuis Freud, être révolutionnaire, n?a rien à voir avec la position géographique qu?on occupe à gauche, à droite ou au centre. Etre révolutionnaire dans la pensée, c?est être capable de s?opposer au Père, déconstruire l?ancien, créer du neuf, avec l?ancien, réarranger la vieille maison pour faire du neuf.  Au sens de Freud on peut dire que  Bayrou est un révolutionnaire.   

Dans la mythologie indienne Bayrou serait du côté de Shiva. Quand un cycle de vie  vient à son terme, Shiva le créateur, veut créer un nouvel ordre du monde, et s?oppose à Vishnu, le conservateur (symbolisé chez nous par Royal et Sarkozy qui veulent à tout prix maintenir l?ordre ancien).  Shiva et Vishnu coexistent toujours. Pas de création sans réaction. 


C?est  plutôt à cette tendance Vishnouite, conservatrice, qu?appartient le nouveau Directeur de Libération, Laurent Joffrin, qui semble moins  épris d?Europe, que de socialisme français. Les deux  en ce moment ne font pas très bon ménage. Et dans un article récent, assez lénifiant, genre béton armé, qui a séché avant même que la pensée n?y pénètre, il recommande pour choisir notre futur Président, oubliant totalement le régime de la Vème, non pas de s?attarder sur la personne même du Président, ses qualités, ouverture, culture, esprit d?équipe, ou ses défauts, autoritarisme, difficulté à rassembler, égotisme, mais de ?voter au centre si on est centriste, voter  à droite si on est à droite, voter à gauche si on est à gauche?.  

Garde à vous ! Aux ordres ! Les doigts sur la couture du pantalon.  Et que rien ne bouge ! Que tout reste dans l?ordre.  On sait combien l?appel au sempiternel ordre, est une valeur on ne peut plus réactionnaire, conservatrice et bourgeoise. L?article est donc un rappel à l?ordre, qui fait froid dans le dos. On a l?impression qu?après Montebourg, c?est nous qui pourrions être grondés et envoyés au piquet,  si on n?obéissait pas à l?ordre juste de Mr Joffrin.   

Et dites Mr Joffrin, selon vous, est-ce qu?on peut lire un journal de ?gauche? si on n?est pas de gauche ?    

Mais comment même obéir à l?ordre juste de Mr Joffrin, « voter à gauche, si vous êtes de gauche », puisqu?on ne sait plus, à en croire son journal, répondre précisément à la question ? c?est quoi être de gauche en 2007 ? ?.  

Madame Royal, elle,  a l?air de le savoir. Car depuis que Bayrou s?est hissé dans les sondages, et l?a obligé à  lui faire un peu de place,  sur sa droite, c?est-à-dire au centre, la poussant un peu plus, elle,  à gauche, elle le  traite, sur un ton sévère,  tour à tour d?abominable homme de droite, ou d?homme qui ferait une politique du centre, or «  le centre »,  dit-elle, « c?est bien connu c?est   l?immobilisme », « ce n?est pas gouvernable ». Avouons que passer de 6% à 22% dans les sondages, c?est tout sauf de l?immobilisme, et si elle n?entend rien au centre, d?où pense-t-elle donc gouverner ?   

 

Alors bon, finalement Me Royal,  il est où Bayrou, à droite, ou au centre ? Décidez-vous, Mr Joffrin s?impatiente, il colle des étiquettes sur des boîtes pour enfermer sa pensée à l?intérieur,  et surtout que rien ne bouge. Avouez que même assis sur ses boîtes,  à l?heure du TGV, du portable, et du net, il aura un mal fou à ce que rien ne bouge.   

 Car Jo-frein, est bien décidé à  mettre le frein à B-roue,  qui roulait trop vite dans les sondages.  

Un ami allemand, plus amoureux que je ne le suis de Paris, me disait, il y a peu, ce qu?il y a de détestable en France c?est votre presse, elle n?est pas indépendante. Elle n?est jamais critique, avec le pouvoir politique. Elle fait toujours allégeance. Je comprends mieux où il voulait  en venir. 

Voyez un autre journaliste qui a décidé  de courir pour Ségolène. Jacques Julliard, vous vous souvenez,  Directeur Adjoint du magazine le Nouvel Observateur. Ce n?est pas rien tout de même. Directeur Adjoint. Moi qui ne suis rien. La campagne référendaire, souvenez-vous, se mobilisant pour le oui, fustigeant les nonistes, évoquant à juste titre le retour des années 30, et le vertige social-nationaliste.  

Et est-ce que le Parti a changé depuis ? Est-ce que le Parti a choisi entre la sociale-démocratie européenne, ou le souverainisme de gauche. Non. Mais il semble que Mr Julliard, lui, a choisi, de se lancer à corps perdu dans une  charge anti- Bayrou, d?abord dans le journal Libération «  le centrisme imaginaire » , lui le social-démocrate,  puis plus étonnant dans des feuilles de chou de très mauvaise qualité. L?hebdo des socialistes ?  

Qui connaît l?hebdo des socialistes ? Que Mr Julliard aille s?aventurer dans ce journal moribond, catéchisme de l?anti-libéralisme où le  pauvre de Tocqueville y est lapidé, pour avoir osé flirter avec l?Amérique, en dit long. Pauvre Julliard, l?hebdo des socialistes, comme fin de carrière d?un Directeur Adjoint du Nouvel Obs, triste tribune.  

Mais que donc Mr Julliard est-il allé faire dans cette galère ? Quelles raisons poussent Mr Julliard, le chantre de la sociale-démocratie, le réformiste par excellence, à donner ainsi la charge anti-Bayrou, en sortant l?artillerie lourde, on cherche.  

Bayrou serait-il trop honnête, et ce serait là un défaut majeur dans ce pays de cocagne, où on aime les frais de bouche et  la corona en fût, bougre, il n?aurait pas fait l?ENA, promo Voltaire, comme tous les grands de ce monde,  parbleu, on cherche encore, à moins qu?il serait tout simplement intolérable que Bayrou ose, s?attaquer au bastion de la Présidence par le centre, là où ni Delors, ni Rocard, n?ont  osé, malgré l?envie. Reconnaissez tout bonnement, qu?il n?est pas facile de s?affronter au Père, fût-il de la Nation, et le tuer (psychiquement) pour  lui succéder.  

Quand même Mr Julliard, Rocard, Delors, nous qui vous connûmes, si européens, dans le passé, vous seriez donc prêts à vous inféoder, au souverainisme de gauche le plus sectaire, par pur plaisir de casser du Bayrou.  On voyait en vous le socialisme à visage ouvert, on découvre des pépés flingueurs.  

Après les Spartakus, les Gracque, et si on songe à l?Europe, à la sociale démocratie qu?il faut reconstruire, on ne comprend pas.  Mr Rocard,  souvenez-vous, vous-même disiez  en novembre dernier,  «  la scission du Parti plutôt que la confusion ». Et bien nous y sommes, presque?.avec Bayrou.  

Autour de nous, les jeunes disent, quand même tous ces Julliard, Rocard, Delors, qui l?eût crû, on ne les reconnaît plus. On dirait qu?ils ont vieilli.  Après Simone Veil, d?autres mythes  tombent à terre. Un saloon de  western.   Bayrou dépoussière, balaie pour faire de la lumière.   

 

Plus j?y pense, plus j?y vois la fin d?une époque. Un deuil est en train de se faire devant nous. Tous ces Julliard, Rocard, Delors, s?accrochent à leur époque, à leur parti qui fût leur jeunesse, ce parti qu?ils ont construit. Songez ! Une page se tourne ! Une nouvelle ère pourrait s?ouvrir ! Sans nous ! Diable !  Serait-on si  peu de chose ! 


Mr Rocard, Delors, Julliard,  nous qui vous avons tant aimé, on s?effraie tout de même un peu pour vous, prenez garde à ne pas prendre froid, repliés dans un socialisme sectaire, suffit d?un  climat glacial, et  les années 30, et leurs nationalismes arrivent plus vite qu?on ne pense. On vous aura prévenu. Rien à faire. Ils veulent sauver leur appareil ! Ils tiennent à leur parti ! C?est leur jeunesse qu?ils veulent sauver. Pour ça y?a rien à faire.

Publié dans Europe

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