Hantise de la mondialisation! et pourtant

Publié le par Alain Genestine


C’est bien connu : la mondialisation, ce sont des emplois en moins en France. Tout le monde, ou presque, est d’accord là-dessus. On oublie un peu vite que la mondialisation offre des opportunités d’exportations, donc des emplois en plus.

Mais on oublie aussi que la mondialisation ne se fait pas à sens unique. Si des entreprises françaises vont investir à l’étranger, la réciproque est vraie. Les investisseurs étrangers viennent en France et y créent des emplois. C’est ce que montre le bilan présenté par l’Agence française pour les investissements internationaux (AFII). Jamais, depuis 1993, les entreprises étrangères n’avaient créé autant d‘emplois chez nous.

En 2006, ce sont 40 000 emplois qui ont été créés par l’investissement étranger. En 2005, c’était seulement 30 100 : la hausse est de 32% en un an.  Il y a eu en 2006 environ 660 projets réalisés, soit une création moyenne d’emplois de 60 par projet. Le nombre de projets n’a pas beaucoup augmenté, mais chacun a créé plus d’emplois.

65% des emplois créés par les investissements étrangers l’ont été par des entreprises européennes, Allemagne en tête, puis Suède, Pays-Bas, Espagne. Les Etats-Unis, pourtant si décriés, représentent 27% des emplois créés, ce qui en fait, si on raisonne par pays, le premier investisseur étranger en France. Mais l’Asie est aussi présente, Chine en tête (devant le Japon) avec 7,1% des emplois. Preuve là encore que la mondialisation ne joue pas à sens unique, puisque les entreprises chinoises créent des emplois chez nous. La Chine arrive au septième rang des investisseurs étrangers.

La France attire des investissements, y compris industriels, aussi bien pour des extensions de sites existants que pour des créations. En même temps, nous sommes certains que ces emplois ne représentent rien par rapport au potentiel français. Nous devrions bien mieux profiter de la mondialisation, car nous avons des atouts à faire valoir. Mais il y a des conditions pour profiter à plein de la mondialisation et des opportunités qu’elle offre.

Or nous avons des handicaps très lourds. Les impôts sont trop élevés : une entreprise hésite avant d’investir chez nous, pour payer un impôt sur les bénéfices de 33% (sans parler des impôts locaux), alors que l’on peut trouver, même en Europe, des pays avec un taux de 12,5%, voire moins. Les charges sociales trop lourdes : nous en avons donné un exemple la semaine dernière en examinant le poids des charges sur les salaires, même au niveau du SMIC. La sécu plombe notre compétitivité et décourage de nombreux investisseurs étrangers.

Les rigidités de notre marché du travail sont bien connues. Bien des entreprises, françaises et étrangères, hésitent à embaucher, parce qu’il est quasi-impossible et ruineux de licencier en cas de nécessité. Enfin le poids des réglementations et de la bureaucratie publique est considérable : l’Etat obèse fait fuir les entrepreneurs les plus dynamiques. Et que dire de la lourdeur de nos services publics, leur inefficacité et les grèves permanentes, ou encore des privilèges des syndicats, de leur refus du dialogue, de  leur politisation ?

On pourrait multiplier les exemples. Ce qui est admirable, c’est qu’en dépit de tous ces handicaps, les investissements étrangers aient pu créer 40 000 emplois. C’est bien la preuve que la mondialisation est un processus gagnant-gagnant.

En conclusion, si le gouvernement avait tiré toutes les conséquences de l’ouverture des frontières, en baissant impôts et charges, réglementations et étatisme, bureaucratie et syndicratie, nous aurions bien mieux bénéficié de cette ouverture des frontières. La mondialisation nous est bénéfique, en dépit de toutes nos contraintes étatistes. Elle sera encore plus bénéfique le jour où elle convaincra nos dirigeants qu’il faut s’adapter pour tirer tous les avantages de ce jeu à somme positive, puisque tout le monde est gagnant.

Les anti-mondialistes sont incapables de comprendre le phénomène de la croissance économique et du développement subséquents à la pratique du commerce international. Alors que l’échange constitue la base de la civilisation, alors que le commerce international a permis de vaincre les déterminismes géographiques et de pacifier les relations entre les peuples tout en augmentant leurs revenus grâce à la spécialisation, les anti-mondialistes, eux, ne voient dans tout cela qu’une sordide machine à créer des inégalités. Scandant leur slogans dans des mégaphones fabriqués en Corée ou aux Etats Unis, distribuant des tracts imprimés sur des photocopieuses japonaises, brandissant des banderoles dont le tissu provient peut-être de Tunisie, ils crient au scandale de la globalisation inégalitaire. Comme si des pays avec des niveaux de capital humain différents, des niveaux de développement économique différents pouvaient être, comme par décret, « égaux ». C’est justement l’échange international qui leur permet de rentrer dans une logique de développement et de rattraper leurs retards. Et les chiffres le prouvent : les pays intégrés au commerce mondial voient la situation de leurs riches comme de leurs pauvres, progresser.

Ils y aura toujours des inégalités relatives mais les niveaux absolus de revenus, et donc de bien être, augmentent et ce, en plus, sans que les inégalités ne se creusent. Par souci d’esthétisme social ou par simple réflexe primaire d’envie, l’inégalité « ça n’est pas beau ». Et pourtant ce sont bien les inégalités qui font progresser le monde. L’inégalité a plusieurs fonctions. Elle est d’abord le moteur de l’échange, lui même moteur du progrès. Les inégalités de revenus permettent de motiver les moins riches à se hisser au niveau des plus favorisés. Le fait que les plus riches puissent avoir accès à certains marchés permet d’initier un processus de test et de rendements d’échelle qui bénéficie bientôt aux moins favorisés, en abaissant les coûts et les prix (Réfléchissons à la façon dont était considéré il n’y a que cinq ou six ans quelqu’un avec un téléphone portable ... : « parvenu, bourgeois, frimeur de riche, etc... » Et pourtant qui aujourd’hui aurait encore l’idée de soutenir de telles opinions ?).

Une conclusion amusante de l’étude mérite qu’on s’y arrête un instant : les politiques sociales et les dépenses publiques sont profondément inégalitaires car ce sont les riches ... qui en profitent le plus. Et ce d’autant plus que ces politiques sont souvent financées par l’inflation qui érode beaucoup plus le pouvoir d’achat des pauvres, qui ont des marges de manœuvre plus étroites, que celles des riches... Moins de social donc, plus d’ouverture au commerce international. Bill Clinton avait résumé la formule lors de négociations avec des PVD : « trade not aid » (L’échange, oui. L’aide, non). Autant de leçons d’économie que nos marxistes recyclés et leurs disciples d’Attac & Co feraient bien d’apprendre. Et ce ne sont pas des leçons d’une science abstraite coupée de la réalité, mais celle d’une logique limpide fondée sur l’expérience de tous les jours et qu’eux mêmes mettent en pratique sans même s’en rendre compte : pour preuve, les multiples incohérences de leur discours avec leur action.

Publié dans Travail et Economie

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