Introduction au Libéralisme

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Introduction au libéralisme

Le libéralisme a généralement mauvaise presse en France. « La loi du plus fort », « le renard dans le poulailler »... Les qualificatifs diffamatoires à son encontre sont légion. Sont-ils pour autant pertinents et donnent-ils une image juste de ce qu’est le libéralisme ? Pour répondre à ces accusations et à ses accusateurs, il est nécessaire de redécouvrir et de comprendre la nature et les origines de cette philosophie qu’est le libéralisme. Notre objectif est de montrer que le libéralisme est aux antipodes de ce que veulent nous faire croire ses détracteurs. Pour cela il nous suffira tout simplement d’en donner une présentation objective, c’est-à-dire la plus communément admise, à travers les concepts qui lui sont liés.

Nous avons tendance à l’oublier, mais la pensée libérale est ancienne et profonde. Elle remonte à John Locke qui, dans son « Traité du gouvernement civil  » de 1790, propose le principe de séparation des pouvoirs dans le but de protéger la liberté des individus. C’est dans la promotion de la liberté individuelle que vont se plonger les penseurs libéraux. Parmis eux nous trouvons un grand nombre d’auteurs français reconnus tels que Montesquieu, Benjamin Constant, Alexis de Tocqueville, Frédéric Bastiat et bien d’autres encore. Ces écrivains prestigieux méritent de ne pas tomber dans l’oubli. Leur méconnaissance est probablement une des principales causes du rejet (injustifié et irrationnel) du libéralisme.

Le libéralisme est une philosophie morale qui repose sur une théorie du droit naturel. Contrairement à la pensée couramment admise, il ne se limite pas à une doctrine économique. Son origine se situe dans une morale qui repose un principe central : la liberté individuelle.

«  La liberté (individuelle) consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui ; ainsi l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. » L’homme est donc libre d’agir comme il l’entend, à condition que ses actions respectent la liberté des autres individus. Il est important de souligner que les expressions liberté et liberté individuelle sont équivalentes pour les libéraux. La liberté est effectivement considérée comme un droit naturel, c’est-à-dire qu’elle dérive de la nature même de l’être humain et des relations humaines. Nous considérons que l’homme a naturellement deux objectifs : le maintien de la vie et la recherche du bonheur. Seule la liberté permet à l’homme de mettre en oeuvre les moyens d’atteindre ces deux objectifs.
La liberté est donc un droit fondamental qui ne concerne que les hommes pris individuellement. Ainsi, parler de « liberté collective » (par exemple la liberté d’un pays à décider une politique) n’a aucun sens. Seuls les individus peuvent être libres et il ne peut y avoir de liberté sans individus.

Une fois le principe de la liberté individuelle admis, nous pouvons en tirer le deuxième concept de base du libéralisme qui en découle : la responsabilité. La responsabilité implique que l’homme assume la conséquence de ses actes sur autrui. Etre responsable, c’est reconnaître et assumer les effets de ses actions sur les autres individus.

Le principe de responsabilité est indissociable de celui de liberté. Nous ne pouvons être responsables de nos actes que si nous disposons de la liberté d’agir. Inversement, c’est seulement en engageant notre responsabilité sur nos actions que nous respectons la liberté des autres. La responsabilité est la contrepartie logique de la liberté des autres. Elle a pour conséquence de garantir la liberté de l’ensemble des hommes vivant en société.
Dans une société libérale, les hommes, libres et responsables, peuvent agir en vue de maintenir leur vie et de rechercher le bonheur. Toutes les actions qui permettent d’atteindre ces objectifs sont considérées comme bonnes, celles qui nous en éloignent sont mauvaises. C’est le fondement même de la morale libérale.

Une remarque importante s’impose à ce stade : la recherche du bonheur est propre à chaque individu. Elle diffère d’un individu à l’autre selon ses préférences. Nous avons chacun une définition différente du bonheur, certains d’entre nous souhaitent devenir des artistes célèbres tandis que d’autres rêvent de mener une vie paisible à la campagne. Le bonheur est une notion subjective, ce qui signifie que seul l’individu peut connaître les moyens d’y parvenir. C’est pourquoi il faut se méfier lorsque les hommes de pouvoir proposent de décider à la place des individus de ce qui est bon pour eux.

L’homme a la particularité, par rapport aux autres espèces animales, d’être doté d’une faculté qu’on appelle la raison. La raison lui permet d’analyser son environnement et d’en tirer un plan d’action qui lui permettra de réaliser ses objectifs. Nous pouvons dire que l’homme se comporte de façon rationnelle lorsque ses actions vont dans le sens des bons objectifs.
L’homme va donc poursuivre ses objectifs en utilisant sa raison pour agir. Il va pour cela entrer dans un processus de production qui exigera de lui un effort. La production qui résultera de ses efforts servira à maintenir sa vie (ex. : nourriture) et à lui apporter des satisfactions (ex. : loisirs).
La production créée par un individu engendre le troisième grand principe du libéralisme : le droit de propriété. Il signifie que celui qui crée une richesse en est le seul et légitime propriétaire. La propriété s’acquiert par un acte de création ou par un acte d’échange volontaire (ce qui comprend aussi la donation). L’utilisation de la force ou du vol pour obtenir des avantages ou s’accaparer des biens est parfaitement illégitime du point de vue libéral.
Le droit de propriété est par définition un droit d’exclusion. Le producteur est l’unique décideur de l’usage de la production en question (dans la mesure où cet usage respecte la liberté et donc la propriété d’autrui). Le créateur d’un bien pourra, soit décider de le consommer lui-même, soit entrer dans un processus d’échange avec ceux qui consentent à échanger avec lui. L’échange libre entre deux individus est conforme à la morale libérale, car profitable aux deux parties. En effet, si nos deux échangistes sont libres d’accepter ou de refuser la transaction, ils trouveront logiquement un gain à pratiquer l’échange. Sinon, bien évidemment, ils décideraient de ne pas le faire.

La liberté d’utiliser le produit de ses efforts, que ce soit pour soi-même ou pour l’échange, est fondamentale. Un homme qui n’y aurait pas droit ne pourrait pas réaliser sa vie comme il le désire. Le droit de propriété, parce qu’il permet à l’homme de poursuivre ses objectifs « vitaux », est donc un droit naturel et individuel.

Nous avons énoncé les trois piliers sur lesquels repose le libéralisme : la liberté, la propriété et la responsabilité. De ces trois concepts découle une organisation de la vie en société, ainsi qu’un type d’organisation du pouvoir chargé de faire respecter ces concepts.

Lorsque les individus vivent en société, il leur est possible d’échanger leurs productions. L’homme n’a alors plus besoin de produire lui-même tout ce dont il a besoin. Il peut se spécialiser dans une production dans laquelle il est relativement plus doué que les autres, pour ensuite échanger le surplus contre des produits réalisés par autrui. Chaque individu agissant de la sorte, il en résulte une organisation complexe des activités humaines basée sur la division du travail et la division des connaissances. Cette organisation peut être définie comme un ordre spontané .
Les actions des hommes dans cette organisation sont coordonnées par le système des prix. Le prix est la source d’information à partir de laquelle les hommes ajustent leurs actions de consommation et de production. Par exemple, si un bien (la tomate) devient relativement plus rare par rapport aux autres biens, son prix augmente. La hausse du prix de la tomate en décourage la consommation. Les individus vont alors se tourner vers d’autres produits, ce qui permet d’économiser la tomate devenue plus rare. Le système des prix transmet les informations pertinentes de telle sorte que les individus utilisent les ressources de manière optimale.

La confrontation des intérêts individuels mène naturellement à la concurrence. Cette dernière conduit les individus à produire ce dont la société a besoin. L’homme est conduit par une sorte de main invisible à remplir une fin qui n’entre pas dans ses intérêts. Par exemple, le boulanger rend un service précieux à tous les amateurs de pain frais, alors qu’il produit son pain pour son propre intérêt personnel avant tout. Il en va également de même pour les autres activités productives.

La conclusion que nous devons tirer du principe de l’ordre spontané est : lorsque les hommes sont libres de rechercher leur bonheur, l’organisation sociale qui en résulte n’est pas chaotique, elle est au contraire harmonieuse. Pour autant, le libéral se garde bien de prôner l’égoïsme comme une vertu. Il ne fait que respecter le souhait des individus égoïstes à vivre sans se soucier des autres à partir du moment où leurs actions ne réduisent pas les droits d’autrui. La solidarité est une valeur essentielle, seulement celle-ci doit s’exercer de manière volontaire, par exemple à travers des mutuelles ou des associations de bienfaisance. La «  solidarité » mise en oeuvre par l’Etat au moyen de contributions obligatoires n’a pas de valeur morale, et ne peut donc être appelée solidarité.

Pour arriver à une société harmonieuse, c’est-à-dire respectant les libertés individuelles, il faut mettre en place des institutions qui permettent de garantir la liberté de tous ses membres. Le libéralisme a une vocation universelle, tous les hommes ont droit à la liberté telle que définie ci-dessus, et ce sans exception. Il s’ensuit que les hommes doivent tous être librement égaux devant la loi, c’est le principe d’isonomie. La même loi pour tous, voilà le principe d’égalité du libéralisme. Il exclut toute forme de privilège obtenu par la force.
La seule forme d’inégalité tolérée par le libéralisme est l’inégalité de situation causée par des choix personnels portant sur les actions et efforts entrepris par les individus. En clair, les libéraux acceptent le fait que quelqu’un qui travaille plus ou qui est plus doué que les autres gagne mieux sa vie que ses congénères.
Pour exclure les privilèges et protéger la liberté des individus, les libéraux ont proposé de séparer les pouvoirs. La séparation des pouvoirs est une technique juridique destinée à limiter le pouvoir du gouvernement, pouvoir qui pourrait mettre en cause les libertés individuelles. L’Etat détient par définition le monopole de la contrainte sur un territoire donné, c’est à dire qu’il est le seul à pouvoir utiliser la force de manière légale. Ce monopole est potentiellement dangereux, c’est pourquoi il convient de délimiter l’action des pouvoirs publics.
L’action principale de l’Etat doit être de protéger les individus d’éventuelles agressions pour leur permettre de jouir pleinement de leur liberté. C’est ce qu’on appelle les fonctions régaliennes, qui comprennent l’armée, la police et la justice. Le rôle de l’Etat n’est pas de réaliser le bonheur des hommes. Nous avons vu que la notion de bonheur est subjective, seul l’individu peut savoir ce qui est bon pour lui-même. Ainsi un gouvernement ne peut prétendre satisfaire les besoins des gens ; il s’agit bien souvent d’un prétexte pour s’arroger plus de pouvoir sur ses assujettis.
En plus des fonctions régaliennes, la plupart des libéraux acceptent un minimum de redistribution forcée entre les individus, de telle sorte que les plus démunis puissent vivre dans la dignité et jouir eux aussi de leur liberté. Certains problèmes, comme la pollution, peuvent également rendre souhaitable une intervention publique. Le libéralisme n’est pas une doctrine rigide, à appliquer quel qu’en soit le coût. Il s’agit d’un état d’esprit qui fait du réalisme une vertu.

En conclusion, le libéralisme n’est pas une idéologie « sauvage » basée sur la domination et « l’exploitation de l’homme par l’homme ». Il repose au contraire sur le respect et l’égalité de tous les individus devant la loi. Cette dernière étant garante de la liberté de chacun à poursuivre ses objectifs. La liberté ne connaît de limite que celle d’autrui, elle s’étend donc à tous les domaines de la vie et ne reconnaît pas de frontière autre que celle de l’imagination et du talent des individus. Liberté d’expression, liberté d’association, liberté économique, etc.. sont indissociables. Le libéralisme est un système cohérent et complet en ce sens qu’il ne distingue pas différents types de libertés. La liberté constitue un tout unique et indivisible.
Le libéralisme est une philosophie morale dont les principes fondateurs sont le respect de la liberté et de la dignité de tous les hommes. La manière dont il est caricaturé de nos jours en France est indigne d’une société se réclamant justement des « droits de l’Homme ». Il est donc urgent de rétablir la vérité sur ce qu’est le libéralisme. On peut ne pas être en accord sur ses principes et rejeter ses conséquences, mais une connaissance plus juste de cette philosophie est indispensable au fonctionnement d’une démocratie saine.

Bibliographie

Hayek, F. A. Droit, législation et liberté. PUF. Trois volumes : 1973, 1976, 1979

Hayek, F. A. La route de la servitude. Ed. PUF. 1944

Revel, J-F. La grande parade. Ed. pocket. 2001

Salin, P. Libéralisme. Ed. Odile Jacob. 2000


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