Doubler le salaire des Français pour réduire les dépenses publiques

Publié le par Jacques Marseille


Et si on doublait ou presque le salaire des Français ? Quiconque ferait cette proposition serait taxé de populiste et d'irresponsable. Et pourtant, doubler ou presque le salaire des Français serait la mesure la plus à même de réduire les gaspillages de la dépense publique et de confier aux salariés le soin de gérer leurs affaires au mieux de leurs intérêts. Pour prendre la mesure de ce qui n'est évidemment pas un programme mais un exercice pédagogique propre à mieux faire comprendre la nature des enjeux, il faut, en premier lieu, prendre en compte le salaire brut mensuel moyen des Français, soit environ 1 800 euros par mois. De ce salaire brut il faut soustraire les cotisations salariales pour la sécurité sociale, la CSG et la CRDS, la cotisation Assedic et les diverses cotisations pour l'Ircem et l'AGFF (Association pour la gestion du fonds de financement de l'Agirc et l'Arrco), soit environ 420 euros par mois. Le salaire net payé au salarié, le seul que finalement il regarde en maugréant, s'élève donc à 1 380 euros net par mois.


Ce qu'il oublie, par contre, souvent de regarder est la part de ces mêmes cotisations versées pour lui aux mêmes organismes par son employeur, soit un peu plus de 750 euros par mois. Versées pour lui, en effet, car ce qu'on appelle les charges patronales est bien un complément de rémunération versé par l'employeur pour que soient couverts les besoins des salariés en dépenses de santé, en assurance contre le chômage, en retraite et en formation professionnelle. Comme le soulignent souvent sans être lus les comptables nationaux, les cotisations sociales patronales sont une partie de la rémunération des salariés.
Autant dire qu'il serait donc possible de verser à ces mêmes salariés l'ensemble des sommes que constitue leur rémunération, soit, ici, 2 250 euros au lieu des 1 380 euros net, une augmentation de 63 %. Pour le smic, cela permettrait de passer d'un peu plus de 920 euros net par mois à 1 700 euros, soit une augmentation de près de 85 %. Resterait, bien sûr, au salarié à assurer lui-même ses dépenses de santé, son assurance contre le chômage et ses placements pour la retraite. Il pourrait le faire soit en versant les sommes aux mêmes organismes qu'avant, soit - et c'est bien le sens de cette révolution - en se demandant si ces organismes sont performants et, surtout, si la solidarité que semble assurer l'Etat-providence est effectivement équitablement partagée.
Deux hypothèses qui font aujourd'hui sérieusement débat. Ainsi, comme nous l'avons déjà démontré pour les retraites (Le Point du 24 août), pilier du modèle social français, si l'on prend en compte le nombre d'années cotisées, le montant des cotisations, la pension versée et l'espérance de vie, là où une ouvrière touchera 1,04 euro pour 1 euro cotisé, un contrôleur à la SNCF percevra, lui, 3,42 euros. La solidarité dont on nous rebat sans cesse les oreilles est en fait un insidieux mécanisme de transfert des plus modestes vers les plus privilégiés. Des Français modestes qui auraient tout intérêt à percevoir la totalité de leur rémunération et à placer eux-mêmes les sommes nécessaires à leurs vieux jours, ne serait-ce qu'en devenant propriétaires de leur logement.
De même qu'ils auraient aussi intérêt à le faire pour leurs dépenses de santé. Le même type d'étude réalisée sur les travailleurs qualifiés démontre, de la même manière que pour les retraites, que ces travailleurs verseront tout au long d'une vie pour l'assurance-maladie plus qu'ils n'en recevront. Au bénéfice de ceux qui usent et abusent des dépenses de santé et des arrêts maladie.
Nul doute que si les Français avaient la responsabilité de confier cette assurance essentielle à des organismes mis en concurrence, ils seraient plus à même de réduire les gaspillages et les inefficacités de gestion, qui, selon toutes les estimations, atteignent au moins 15 % des 395 milliards d'euros qui se dirigent vers les caisses de Sécurité sociale, soit un gaspillage supérieur au montant de l'impôt sur le revenu. Et que dire des versements obligatoires prélevés sur la rémunération des salariés pour couvrir le risque du chômage ? De 1995 à 2005, les dépenses pour le chômage sont passées de 47 à 75 milliards d'euros pour un même nombre, ou presque, de demandeurs d'emploi !
Certes, estime-t-on souvent, mieux vaut imposer aux Français des systèmes obligatoires de couverture des risques tant ils seraient incapables de les maîtriser eux-mêmes. Une opinion que condamnent aussi bien les libéraux, qui font de la responsabilité individuelle et de la raison le moteur du progrès, que les partisans de Ségolène Royal, qui pensent que le peuple sait autant que ceux qui le dirigent et le ponctionnent où se trouvent ses intérêts et ses aspirations.


© le point 07/12/06 - N°1786 - Page 52 - 780 mots

Publié dans Travail et Economie

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Y
<br /> <br /> Yann Caherec Doubler les salaires des Français ??? ;-))<br /> Et c'est comme ça que vous voulez que nos entreprises puissent être concurrentielles ? Je vois que certains utopistes n'ont vraiment pas peur des délocalisations....pourtant...<br /> Les Français devraient prendre exemple sur l'Allemagne qui au contraire a diminué ou gelé les salaires:<br /> http://www.lemonde.fr/economie/article/2010/03/03/baisse-historique-des-salaires-en-allemagne_1313962_3234.html<br /> Il faut aussi en profiter pour diminuer les taxes sur l'emploi qui saignent également les entreprises.<br /> <br /> <br /> <br />
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