L’impopularité démocratique.

Publié le par Alain Genestine

La récession économique, qui commence, va conduire, partout en Europe, et dans quelques autres régions du monde, à une réduction massive de la croissance et donc à l’impossibilité pour les hommes politique de tenir les promesses faites antérieurement en matière de pouvoir d’achat, d’emploi et de dépenses sociales.

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Tous les gouvernements au pouvoir cette année sont donc, par construction, en situation de décevoir leurs opinions publiques, et seront donc, d’une façon ou d’une autre, impopulaires. Peu, sinon aucun, ne gagnera d’élections significatives. Les gouvernants des pays comme la France, où les échéances électorales sont les plus lointaines, devront se faire à l’idée d’affronter des opinions durablement hostiles, et des mouvements sociaux majeurs : mai 2008 ne sera sans doute pas que le moment d’une commémoration.
Ces gouvernements seront d’autant plus impopulaires qu’ils continueront à faire l’erreur de promettre d’apporter à court terme des solutions à des problèmes de long terme. En particulier, faire croire qu’on peut significativement augmenter le pouvoir d’achat des Français en 2008 est une illusion.
Avoir fait du pouvoir d’achat un slogan électoral était sans doute une idée efficace pour gagner l’élection présidentielle de l’an dernier. Mais continuer à prétendre qu’on va l’augmenter significativement mois après mois est une illusion. Certes, le pouvoir d’achat de la majorité des Français est très bas. Certes, il va etre encore amputé par les hausses des produits agricoles et énergétiques; de plus, personne, dans une société de consommation, où la nouveauté, le progrès technique et la publicité tyrannisent les désirs, ne peut jamais considérer qu’il a atteint la satiété.
Mais la récession est là pour limiter les possibles. Aussi, faire de l’augmentation du pouvoir d’achat un objectif politique à court terme est aujourd’hui la certitude de l’impopularité.
Pour en sortir, il n’est qu’une solution : fixer des objectifs plus lointains, correspondant aux échéances électorales, et se donner les moyens de les atteindre. En France, un gouvernement courageux ne parlerait que du pouvoir d’achat, de l’emploi, de la croissance, de mai 2012. Il se fixerait des objectifs clairs pour cette date et se donnerait les moyens de les atteindre. Il expliquerait au pays que, pour y parvenir, il faudra passer par des réformes profondes, qui n’ont que trop attendues, qui n’étaient pas toutes, et de loin, prévues dans le programme du candidat, et qui n’auront pas d’effet immédiat. Il cesserait de promettre pour agir.

j@attali.com

Publié dans Politique

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