Morale et franchise par JM. Aphatie. Et si nous parlions syndicalisme!!

Publié le par Alain Genestine

Xavier Bertrand, ministre du Travail, était l'invité de RTL, ce matin, à 7h50. Il s'agissait, pour l'essentiel, de recueillir son point de vue sur la crise qui secoue actuellement le monde patronal français. J'y reviendrai. La question de fin, volontairement plus légère mais pas sans intérêt, s'appuyait sur une citation du premier ministre, parue dans le Canard Enchainé la semaine dernière. "Quand j'ai appris [dans l'Express] que Xavier Bertrand appartenait à la franc-maçonnerie, explique François Fillon, je ne me suis pas étonné de le découvrir maçon. Mais franc, ça m'en a bouché un coin."
Confronté à cette citation, Xavier Bertrand a évité d'y répondre au micro. Sorti du studio, s'approchant de la table du petit déjeuner, il a exprimé le fond de sa pensée. "En matière de franchise, cela vient d'un expert", a-t-il dit en riant, confirmant ainsi, c'était le sens de la question, les mauvaises relations qu'il entretient avec le chef du gouvernement.
Entendant Xavier Bertrand s'exprimer ainsi, je lui ai demandé si je pouvais la faire figurer sur ce blog. Il a donné son accord, avec cette précision: "J'assume totalement".

L'affaire de l'UIMM. Ministre du Travail, il était intéressant d'écouter Xavier Bertrand sur la crise que traverse le Medef. Deux points, au moins, peuvent choquer sur le plan des principes.
Denis Gautier-Sauvagnac, pilier de l'organisation patronale depuis quinze ans, quitte l'UIMM à la suite du scandale que l'on sait. L'idée même de lui verser une prime, alors qu'il se trouve mis en examen, peut choquer en ceci qu'elle est contraire aux principes élémentaires et aux valeurs d'une communauté. Le ministre, s'il a cherché à prendre ses distances avec cette prime, a néanmoins été assez prudent dans son expression sur ce thème.

 

Mais il y a autre chose qui mérite d'être dénoncé avec encore plus de vigueur que cette prime, c'est le refus de collaboration avec la justice qu'a choisi Denis Gautier-Sauvagnac.
Il n'est certes pas le premier à agir ainsi. Voilà quinze ans, et même vingt, quand les juges faisaient valser les partis politiques, tous les partis, PS, RPR, UDF, PC, tous coupables de la même transgression de la loi, fausses factures et compagnie, mécanismes frauduleux qui aboutissaient tous à détournement de l'impôt, chacun des responsables politiques concernés qui s'est retrouvé devant un juge d'instruction a pratiqué l'omerta. Aucun des élus du peuple en cause n'a jugé bon ou digne, ou simplement moral, donc évident, d'aider la justice de son pays. Tous se sont tus et ainsi chacun est passé entre les gouttes, la justice ne parvenant pas à établir finalement l'exactitude des faits pour la seule et bonne raison que ceux qui savaient se sont tus.

 

Ce silence des élites soupçonnés de ne pas avoir respecté la loi est profondément choquant. Il ne s'est hélas pas trouvé de voix assez forte pour porter au niveau où elle aurait dû l'être l'indignation que suscitent de tels comportements. C'est pour cette raison profonde, pour cette occasion précise manquée, que Denis Gautier-Sauvagnac peut aujourd'hui se murer dans un silence qui va à rebours de la conception la plus évidente de la citoyenneté. La même cause aura les mêmes effets. Si l'ancien délégué général de l'UIMM garde ses secrets, le fin mot de l'histoire ne sera pas connu. Seul demeurera le soupçon, quant aux personnes bénéficiaires de cette somme ahurissante de 19 millions d'euros distribués en liquide, qui renforcera, comme dans les affaires non résolues de financement des partis politiques, un soupçon de malhonnêteté vis-à-vis des organisations représentatives.

 

Ce matin, Xavier Bertrand a répondu avec la même prudence que ses lointains prédécesseurs. Faire confiance à la justice, souhaiter qu'elle aille vite, tourner la page. Mais en l'espèce, la justice est entravée, son action, voire perturbée. Ne pas condamner l'attitude de Denis Gautier-Sauvagnac, son choix du silence, et souhaiter en même temps une résolution rapide du dossier, constitue une contradiction flagrante. Pour l'instant, nous en sommes là, et c'est bien de cela qu'il faudrait sortir.

 

En attendant, il faut scruter les déclarations de chacun. Bernard Van Craeynest, président de la CFE-CGC, a déclaré ceci sur Public Sénat, qui est repris dans le journal Libération du mardi 4 mars: "Pourquoi ne pas s'intéresser à certains parlementaires dont chacun sait que, pendant des années, ils présentaient des amendements qui leur avaient été soigneusement rédigés par l'UIMM?"
La phrase est terrible. Et elle dit bien l'état de notre culture collective. Voilà un dirigeant syndical qui présente comme une évidence l'achat par une organisation patronale d'amendements parlementaires. Convaincre et faire du lobbying est une chose. Payer pour modifier le contenu de la loi en est une autre. La marge doit être nommée: corruption, ni plus ni moins, et quand il s'agit de corruption d'élus de la République, alors le scandale est à son maximum.

 

Observons bien la situation. Le président de la CGC a dit cela. Quelles réactions a-t-on enregistrés? Aucune. Pourquoi? Pourquoi accepte-t-on des accusations d'une telle gravité sans réagir? Que veut-il dire? A qui pense-t-il? A-t-il des exemples précis en tête? Accuse-t-il en l'air ou bien parle-t-il en ayant à l'esprit des sujets concrets?

 

Confronté à la déclaration de Bernard Van Craeynest, ce matin, au micro de RTL, Xavier Bertrand a répondu ceci: "Si quelqu'un a des informations, qu'il les porte à la connaissance de la justice." Chiche?

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