Le " Capitalisme créatif "

Publié le par Alain Genestine

Bill Gates recommande un « capitalisme créatif » pour lutter contre la pauvreté

Celui qui a contribué à faire de l'ordinateur un objet quotidien de la vie moderne, ce qui lui a valu de devenir l'homme le plus riche au monde, entend désormais faire porter son attention principalement sur la résolution des problèmes des pauvres.

Bill Gates, cofondateur et président de Microsoft Inc., abandonnera en juillet la direction au quotidien des affaires de la société pour se consacrer à celle des activités de la Fondation Bill et Melinda Gates, qu'il a créée avec son épouse en 2000, et pour promouvoir le concept du « capitalisme créatif ».

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« Il y a en gros un milliard de personnes de par le monde qui n'ont pas assez à manger, qui n'ont pas d'eau potable, qui n'ont pas l'électricité, choses que nous considérons comme fondamentalement acquises », a-t-il déclaré dans une récente allocution. C'est là une situation à laquelle Bill Gates est déterminé à remédier, à la fois par l'entremise de sa fondation et en recourant aux forces de l'économie mondiale dans son ensemble.

 

La Fondation Gates, dont les avoirs s'élevaient à 37,6 milliards de dollars à la mi-2007, s'est axée principalement sur des activités visant à améliorer les soins de santé et à lutter contre la pauvreté dans le monde en développement et à accroître l'accès à l'éducation et aux technologies de l'information aux États-Unis.

 

Bill Gates s'est maintenant fixé, ainsi qu'il l'a annoncé, un objectif ambitieux, celui de faire évoluer le monde des affaires dans la direction d'un « capitalisme créatif », démarche selon laquelle, explique-t-il, « les instances gouvernementales, les entreprises et le secteur associatif œuvrent de concert pour étendre la portée des forces du marché, de manière à ce que davantage de gens fassent des bénéfices, ou soient reconnus, en se livrant à des activités qui atténuent les inégalités dans le monde ».

 

Convaincu qu'il existe « deux grands principes de la nature humaine : la satisfaction de ses propres intérêts et l'altruisme », Bill Gates a exposé. dans une allocution prononcée au Forum économique mondial de Davos, sa vision d'un « système ou les incitatifs du marché, notamment les bénéfices et la reconnaissance, tireraient parti de ces principes pour en faire davantage en faveur des pauvres ».

 

Il a cité à l'appui de sa thèse l'économiste politique du XVIIIe siècle Adam Smith, très généralement considéré comme le père du capitalisme.

 

Bien que Smith ait été fermement persuadé de la valeur de l'intérêt personnel pour la société, a noté Bill Gates, il a également parlé de « certains principes … inhérents à la nature de l'être humain qui le font s'intéresser au sort des autres et qui rend leur bonheur nécessaire pour lui, bien qu'il n'en tire rien, hormis le plaisir de le voir ».

 

Effectivement, la reconnaissance du bien que fait une entreprise en venant en aide à autrui peut avoir une valeur économique, a déclaré Bill Gates à Davos. Cela « améliore la réputation de l'entreprise, attire les clients et incite des gens de valeur à travailler pour l'entreprise. Dans un marché où les profits ne sont pas possibles, la reconnaissance prend la place des bénéfices ». a-t-il noté.

 

Bill Gates a évoqué certains exemples de ce qui peut se faire dans le domaine essentiel de la santé publique.

 

Dans un cas, a-t-il dit, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a déterminé que le prix d'un vaccin contre la méningite devrait être de moins de 0,50 dollar la dose pour pouvoir être largement utilisé en Afrique. L'OMS a ensuite obtenu du Serum Institute de l'Inde, qui avait trouvé un nouveau procédé permettant de produire le vaccin pour 0,40 dollar la dose, qu'il fournisse 250 millions de doses aux systèmes de santé publique au cours de la décennie à venir, moyennant quoi il serait également autorisé à vendre le vaccin dans le secteur privé.

 

De même, a-t-il indiqué, une entreprise néerlandaise a autorisé les fabricants de pays en développement à produire un vaccin contre le choléra en franchise de droits, tout en percevant des redevances pour sa production sous licence dans le monde développé. Résultat : un vaccin fabriqué au Vietnam coûtant moins d'un dollar la dose.

 

Cette formule des « prix différenciés pour offrir aux pauvres des biens de valeurs qu'ils peuvent se payer » peut s'appliquer largement, a dit Bill Gates, dans d'autres domaines industriels essentiels.

 

Le patron de Microsoft a profité de son passage à Davos pour annoncer l'expansion des activités de sa fondation dans l'agriculture, en promettant 306 millions de dollars de subventions pour améliorer les semences, les sols et l'accès aux marchés en faveur des riziculteurs, caféiculteurs et autres producteurs de pays pauvres, principalement en Afrique et en Asie du Sud. « Si nous voulons sérieusement éliminer la pauvreté extrême et la faim dans le monde, nous devons tout aussi sérieusement entreprendre une transformation de l'agriculture pour les petits exploitants, dont la majorité sont des femmes », a-t-il déclaré à la presse.

 

Les ressources propres de Bill Gates à elles seules ne constituent qu'un point de départ de son action philanthropique et de celle de sa fondation.

 

Le financier Warren Buffett, PDG du groupe Berkshire Hathaway et deuxième fortune du monde derrière Bill Gates, s'est engagé en 2006 à verser une bonne part de ses avoirs à la Fondation Gates, sous forme de fonds de contrepartie qui auront pour effet de doubler le montant des dons annuels.

 

Bill Gates apporte son soutien au chanteur de rock et activiste social Bono et à son initiative des produits Red, dans le cadre de laquelle les entreprises partagent les bénéfices dégagés par certains produits de marque Red avec le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme.

 

Microsoft et Dell Inc. sont les deux grandes sociétés qui se sont jointes le plus récemment à la campagne. Elles ont fait savoir par courriel à leurs clients le 4 février, qu'elles verseraient de 50 à 80 dollars au Fonds mondial pour chaque achat d'un ordinateur Dell de marque Red tournant sous Windows Vista de Microsoft. « Cinquante dollars suffisent pour payer près de quatre mois de traitement antirétroviral à un sidéen », précisait le courriel.

 

Bill Gates estime que les fonds mobilisés par la campagne Red ont permis de sauver plus de 2 millions de vies humaines.

 

À Davos, parlant de la transition prochaine de Bill Gates à la philanthropie à plein temps, Bono a déclaré : « Je pense que c'est une chose extraordinaire que cet homme ne se soit pas contenté de changer le monde une fois mais qu'il ait à présent décidé de consacrer de nouveau à ce but la prochaine phase de son existence. »

Publié dans Libéralisme

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