Alternative libérale évolue, mue, n'en soyez pas décu!!

Publié le par Alain Genestine


Tous ces candidats aux élections ressemblent à des coureurs qui consument toute leur énergie pour arriver avant les autres, dans l’espoir de goûter aux honneurs de la victoire. Leur envie de gagner est telle qu’ils n’hésiteront pas à faire trébucher leurs poursuivants. L’ambition brûle dans leurs regards.

Mais a-t-on vraiment affaire à des êtres mono-maniaques, dévorés par l’unique passion de commander ? Est-ce le seul amour du pouvoir qui les pousse en avant ?

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C’est sans doute accorder trop aux individus et trop peu aux réalités. Car ce qui presse avant tout un candidat qui brigue les suffrages, c’est la nécessité de ne pas se laisser piétiner par ses adversaires ; il lui faut parer les coups, se faire respecter sans susciter la haine, calmer par ses discours inquiétudes et soupçons.

S’il s’agite et s’enflamme, c’est qu’il ne peut se maintenir dans la course qu’au prix d’efforts incessants, se défendant et attaquant, rusant avec les uns, grondant devant les autres, tel un animal pourchassé.

En lisant Machiavel on devine les contraintes qui pèsent en secret sur l’homme qui veut atteindre et conserver le pouvoir. Malgré ses idéaux et son talent, c’est l’impérieux besoin de se faire craindre des uns et aimer des autres qui détermine ses actes.

Si l’ambition l’a d’abord lancé dans cette carrière, très vite c’est la nécessité d’être le plus fort et le plus rusé qui lui trace sa route. Dans ses yeux la lueur de l’ambition est assombrie par celle de la crainte.

Il est banal de distinguer les bons orateurs des piètres locuteurs. Il y a ceux qui nous ennuient à mourir, même en disant des choses justes, et ceux qui emballent les foules sans dire quoi que ce soit. Y a-t-il donc réellement un art du discours ? Devons-nous aussi apprendre à parler ?

Nous faisons souvent cette expérience désespérante : l’impuissance de n’avoir pas pu, ou pas su dire. La pensée était là, la conviction intime, les sentiments puissants, mais les mots n’ont pas réussi à dire et les idées ne se sont pas faites entendre. D’où naît l’idée qu’il nous faut en plus de réfléchir apprendre à dire – comme s’il était légitime de dissocier parole et pensée. Or, est-ce le cas ? Faut-il apprendre à « habiller » nos pensées ?

Cette hypothèse présuppose quelque chose d’étrange : que le discours est extérieur à la pensée, qu’il s’y rajoute après-coup, comme un (re)vêtement ou un ajout. Cela voudrait dire qu’on pourrait s’entraîner à parler, sans rien dire, enjoliver en ne disant rien, apprendre un style sur du vide… Peut-être, mais cette beauté creuse ne marcherait que sur des gens creux. La beauté ne trompe pas le sage si elle n’est pas un peu sage, et si le sage ne s’oublie pas…

Parler bien en ne disant rien ne marche que sur des idiots ou des imbéciles, sur ceux qui ne savent rien. Si bien qu’il ne peut y avoir de parole agissante que pensante. Voulez-vous convaincre ? Voulez-vous séduire ? Exercez votre pensée, affûtez-la et précisez-la, et sa puissance s’ensuivra. C’est pourquoi il vaut mieux apprendre à réfléchir, qu’à dire. Apprendre à dire, n’est rien dire.

Ainsi le discours ne peut-il naître qu’en réfléchissant, les paroles en pensant, indémêlables et indissociables, belles et justes en même temps. Il ne faut pas apprendre à parler, mais à penser.

Il y a ceux qui n’ont peur de rien, ceux qui sont pleins d’assurance face à la vie, qui jamais ne tremblent ni ne frémissent, les téméraires et les goguenards, les prétentieux et les fiers. Maîtres. Le maître ne recule devant rien, car le maître n’a pas peur. Ou plutôt, il ne connaît pas la peur, parce qu’il ignore les dangers. Il n’y pense pas, pas même à la mort. Sa force, c’est d’ignorer.

Et il y a ceux qui n’ignorent rien, qui ont conscience de ce qui est grave et douloureux, de ce qui est triste et tragique. Ils ont les yeux grand ouverts sur l’existence et ils ont peur. Ils tremblent et frémissent. Ils redoutent la mort et reculent d’effroi devant elle. Esclaves. Leur faiblesse, c’est de regarder.

Naturellement, celui qui est plein d’assurance domine celui qui a peur. Le fort commande au faible, l’intimide et l’utilise. Il donne des ordres, fait des caprices, attire et rejette, se fait servir et méprise. Pour lui, la vie est douce et facile. Il jouit, de lui-même, des autres et des choses. En un sens, il a tout – mais au fond il n’a rien, car il nie tout, il se moque de tout : les êtres et les choses. Il n’a que lui.

La dialectique est un renversement de perspective. En un sens, l’esclave est asservi. Il sert le maître et se tait. Il travaille et il souffre, tremble et obéit. Mais il a le monde entier autour de lui, foisonnant et complexe, qu’il regarde et transforme. Celui qui travaille, qui est en butte aux choses et aux êtres, à la difficulté et aux soucis, devient, progresse, s’élève – parce qu’il apprend et ne reste pas le même, lui.

La morale n’est pas qu’il faut abattre les maîtres. Nous sommes tous maîtres et esclaves, tour à tour, à des degrés divers. La morale, c’est de surmonter l’alternance de ces deux figures, pour devenir une troisième figure, une nouvelle conscience, au prix d’une véritable conquête, d’une douloureuse évolution.

Méditation et action, à nous tous de jouer - Merci

 

Publié dans Philosophie

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L
Bonne analyse, pleine de lucidité.C'était couru d'avance, j'avais déjà prévenu.
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