Hermann Van der Wee est économiste belge renommé, il considère la mondialisation dans son contexte historique

Publié le par Alain Genestine

Selon un des grands spécialistes mondiaux de l'histoire économique, le professeur Hermann Van der Wee (Belgique), la mondialisation est un nouveau terme pour un phénomène qui se produit depuis des siècles.

Hermann Van der Wee et James Billington
MM. Hermann Van der Wee et James Billington. (Photo Bibliothèque du Congrès des É.-U./Jane Sargus)

Lors de la conférence intitulée « La mondialisation économique dans le miroir de l'histoire » qu'il a donnée le 17 janvier à la Bibliothèque du Congrès à Washington, M. Van der Wee a indiqué que la mondialisation en Europe avait commencé du temps de la Grèce antique et de Rome et qu'elle avait abouti à l'intégration des marchés du bassin méditerranéen et de l'Europe du Nord-Ouest. Cette mondialisation prit fin avec les invasions germaniques de l'Empire romain, a-t-il dit en soulignant sa volonté de faire porter sa conférence uniquement sur l'Europe.

 

La prochaine vague de mondialisation en Europe eut lieu du XIe siècle au milieu du XIVe siècle, lorsque les grands seigneurs de château entamèrent une révolution industrielle qui augmenta les rendements agricoles et qui créa des excédents au profit tant des paysans que des nobles. Pendant cette même période, des réformes religieuses aboutirent à la création dans les zones rurales de paroisses, ce qui contribua à améliorer la production agricole et à mettre en place des mécanismes destinés à réduire les conflits. C'est ainsi que les propriétaires fonciers acquirent un contrôle dans les domaines politique, militaire et judiciaire. Grâce aux excédents agricoles, les marchés prirent de l'ampleur.

 

Toutefois, l'accroissement des conflits armés, notamment la guerre de Cent ans entre l'Angleterre et la France, eut des effets désastreux sur le commerce dans le continent européen du milieu du XIVe siècle au milieu du XVe. Pendant cette période, la peste décima la population européenne, et la peur de la maladie diminua les déplacements et le commerce. Néanmoins, le commerce maritime entre des ports européens tels que Venise en Italie et Bruges en Belgique continua de se développer.

 

Après le règlement des conflits armés, la mondialisation entra dans une nouvelle période d'expansion plus active jusqu'au milieu du XVIIe siècle. Les timbres-poste virent alors le jour. Les frais de transport baissèrent fortement. Les Portugais exploraient alors la côte de l'Afrique de l'Ouest à la recherche d'esclaves et d'or. En outre, la vitesse à laquelle l'information se répandait s'accrut, facilitant ainsi les échanges commerciaux.

 

En conclusion, M. Van der Wee a indiqué que la mondialisation n'était ni nouvelle ni linéaire. On ne devrait pas être surpris selon lui si l'intégration actuelle des marchés à travers le monde prenait fin et si une période de contraction prolongée commençait. Après tout, a-t-il fait remarquer, le mercantilisme, la doctrine économique dominante pendant la période allant du milieu du XVIe siècle au milieu du XVIIe, fut une réaction à la mondialisation, de la même manière que le protectionnisme est une réaction à la libéralisation des marchés à l'heure actuelle.

Par Phillip Kurata (USA)

Publié dans Culture

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