Dossier grippe aviaire: Savoir être informé et réactif.

Publié le par Alain Genestine

Les récentes contaminations en Europe, en Asie et maintenant en Afrique relancent les craintes d'une pandémie de grippe aviaire à l'échelle planétaire. Depuis 2003, le virus à l'origine de cette grippe a provoqué la mort de 186 humains et de centaines de millions d'oiseaux.
 

En outre, le virus ne cesse de se diversifier. De plus en plus d'espèces animales sont infectées, ce qui multiplie les risques de propagation chez l'humain.

 
 

Que sait-on de la maladie? D'où vient-elle? Existe-t-il un vaccin? Nos gouvernements sont-ils prêts? Voilà des questions qui réclament des réponses.


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remerciement à A. Labelle
Où en sommes-nous?

Le 29 mai 2007, l'Organisation mondiale de la Santé Animale (OIE) a affirmé que 63 pays avaient recensé des oiseaux et des animaux porteurs du virus H5N1, H5 ou H5N2 de la grippe aviaire sur leur territoire (voir tableau à la suite de la chronologie). La maladie a gagné l'humain dans 12 de ces pays. L'Indonésie (97 personnes atteintes) est le pays le plus touché par la contamination humaine, ainsi que le Vietnam (93 personnes atteintes), l'Égypte (34 personnes atteintes), la Thaïlande (25 personnes atteintes) et la Chine (24 personnes atteintes).

Chronologie des événements

1996 - 2003

La situation actuelle provient d'une émergence de la grippe en Chine, selon l'OMS. En effet, en 1996, une oie porteuse du virus est découverte dans une ferme de la province chinoise de Guangdong.

Quelques mois plus tard, le virus se répand dans des fermes et dans certains marchés de Hong-Kong. Les premiers cas d'infection chez l'humain sont alors recensés: 18 personnes sont contaminées; 6 d'entre elles succombent.

À l'époque, une vaccination massive mais inadéquate des volailles aurait permis au virus de se propager dans la région sans être détecté. Les autorités chinoises nient cependant cette information.

Deux autres cas de contamination humaine sont signalés en février 2003, avant ce que l'OMS appelle la première vague de la crise.

Juin 2003 à mars 2004

Première vague

Dès juin 2003, le virus H5N1 se répand chez des oiseaux en Asie. En décembre, deux tigres et deux léopards meurent subitement dans un zoo thaïlandais après avoir mangé des carcasses infectées de poulet.

L'enquête révèle la présence du virus dans leurs tissus. Ce sont les premiers cas de grippe aviaire décelés chez des félins.

Début 2004, la situation s'envenime. Des cas de volailles contaminées sont localisés au Vietnam, au Japon, en Thaïlande, au Laos, en Indonésie et en Chine.

Des contaminations humaines sont également signalées au Vietnam et en Thaïlande.

Les autorités sanitaires enquêtent même sur la possibilité d'une première contamination d'humain à humain au Vietnam. Toutefois, cette hypothèse est rapidement écartée.

Mi-mars 2004, c'est la fin de la première vague: le virus a atteint 35 personnes; 24 en sont mortes.

Juin 2004 à novembre 2004

Deuxième vague

De nouveaux foyers d'infection sont découverts en Chine, en Indonésie, en Thaïlande et au Vietnam.

Durant l'été, des chercheurs constatent que les oiseaux sauvages peuvent propager la contamination.

En août, les autorités chinoises recensent des cas de grippe aviaire chez des porcs. Des recherches prouvent également que les chats peuvent être infectés et se transmettre le virus.

Pourtant, le chat domestique était considéré comme résistant au virus d'influenza de type A.

La crise se poursuit dans les zoos thaïlandais. Pas moins de 147 tigres meurent ou sont euthanasiés à la suite de l'infection.

Fin octobre, c'est l'Europe qui est touchée: deux aigles importés illégalement de la Thaïlande sont atteints du virus H5N1.

Fin novembre 2004, le virus a contaminé neuf personnes; huit ont succombé.

Décembre 2004 à aujourd'hui

Troisième vague

La troisième vague de l'épidémie commence en décembre 2004. Elle s'étend à une allure inquiétante chez les oiseaux et gagne l'Europe et l'Afrique. Le nombre de cas recensés chez les humains augmente aussi, surtout en Asie.

Début 2005, des chercheurs affirment qu'une jeune Thaïlandaise a transmis le virus à sa mère en septembre 2004. C'est le premier cas répertorié de contamination secondaire d'humain à humain.

Mi-février, un cas particulier est détecté au Vietnam. La personne décédée avait eu des migraines, de la diarrhée, mais aucun problème pulmonaire.

Au printemps, plus de 6300 oiseaux migrateurs meurent en quelques semaines dans une région centrale de Chine.

Durant l'été, une variante du virus H5N1, plus contagieuse, est observée chez des oiseaux migrateurs en Chine. Elle est aussi plus mortelle pour les oiseaux sauvages. En outre, les experts constatent que le virus peut se transmettre tout au long de la migration hivernale des oiseaux.

De même, des tests menés sur des civets (carnivores de la taille d'un chat) morts au Vietnam confirment la présence du H5N1. C'est la première infection recensée chez cet animal.

À cette période, la Russie s'ajoute aux pays touchés par le virus: des oiseaux migrateurs et de la volaille sont contaminés.

En août, 21 des 64 personnes infectées depuis le début de la troisième vague sont mortes.

À la fin de l'été, les autorités chinoises tuent 20 millions d'oiseaux afin de contenir les foyers d'infection.

Début février 2005, la grippe gagne le continent africain: des poulets sont porteurs du virus au Nigeria.

Le H5N1 est aussi détecté pour la première fois sur le territoire de l'Union européenne. La Grèce, l'Italie, la Slovénie et la Bulgarie découvrent des cygnes sauvages emportés par la maladie.

De surcroît, Le virus est décelé chez des oiseaux migrateurs sains. Ces résultats révèlent que ces oiseaux peuvent transporter le virus sur de longues distances.

Fin février, la France doit faire face à la première infection de volailles signalée en Europe: un élevage de dindes est mis en quarantaine.

À la même période, l'Allemagne confirme la mort d'un chat atteint du H5N1.

En mars, l'Autriche détecte le virus chez trois chats. Des tests montreront que deux de ces chats l'avaient éradiqué.

Un chien errant en Azerbaïdjan (Asie occidentale), une buse retrouvée morte au Danemark et une martre en Allemagne prouvent que le virus s'attaque à des espèces animales de plus en plus variées.

À la même période, l'Égypte déclare trois premiers cas de contamination humaine et, en Israël, le virus contamine de la volaille.

Début avril, un hibou est mort de la grippe aviaire en Roumanie.

Enfin, pour la première fois au Royaume-Uni, le virus H5N1 est détecté sur un cygne sauvage mort en Écosse.

Durant l'été, les autorités américaines trouvent le virus LPAI H5N1 sur un cygne et des canards.

 

 Qu'est-ce que le virus H5N1?

 

Détectée pour la première fois en Italie il y a une centaine d'années, la grippe aviaire, appelée aussi grippe du poulet, peste des oiseaux ou influenza aviaire, est une infection virale très contagieuse. Elle touche surtout les oiseaux sauvages et domestiques.

En fait, les oiseaux migrateurs constituent un réservoir naturel du virus. Ces volatiles sont aussi les plus résistants à l'infection. Quant aux volailles, comme le poulet et la dinde, elles sont très vulnérables à cette grippe mortelle.

Influenza aviaire 101

L'infection actuelle provient d'une souche A, de sous-types H5 et H7 du virus de la grippe. Ces souches, peu pathogènes, ont muté génétiquement en se propageant d'un foyer d'infection à un autre. Elles ont ainsi atteint une certaine virulence et créé l'infection que l'on nomme influenza aviaire.

La forme la plus pathogène de cette infection provient du H5N1, car cette forme mute rapidement. De plus, comme elle s'approprie les gènes des virus qui infectent d'autres espèces, elle est dangereuse pour l'humain.

Comment les animaux peuvent-ils être contaminés?

La plupart des espèces animales peuvent contracter le virus. Des sécrétions respiratoires ou un contact direct avec les matières fécales de bêtes infectées peuvent les contaminer.

Ces espèces peuvent également être contaminées par l'exposition indirecte à des matières telles que le foin, la nourriture, l'eau, le matériel agricole et les vêtements des éleveurs. Les espaces fermés favorisent aussi la transmission du virus.

Les animaux sauvages peuvent attraper le virus par voie digestive en fréquentant une zone aquatique polluée par des déjections contaminées ou en mangeant de la viande infectée.

Chez les oiseaux, comme chez la plupart des animaux, les symptômes apparaissent après une période d'incubation de trois à cinq jours:

  • perte d'appétit
  • plumes ébouriffées
  • fièvre
  • diarrhée
  • gonflements autour des yeux
  • soif excessive
  • Le porc, certains animaux domestiques comme le chat et des mammifères aquatiques comme le phoque seraient particulièrement à risque. En outre, le virus a touché des félidés et des mustélidés (chats, furets, loutres, fouines, etc.). D'autres espèces seraient sensibles au virus, notamment les animaux de laboratoire (souris, rat, cobaye, lapin).

    Quel est le risque pour l'humain?

    Actuellement, le risque est faible pour les humains. Toutefois, la souche H5N1 peut muter rapidement et ressurgir sous une autre forme.

    Elle pourrait donc échanger des gènes avec le virus de la grippe humaine. Cet échange entraînerait la formation d'un nouveau virus transmissible d'un humain à un autre. Cependant, les experts ont des avis divergents quant à la rapidité avec laquelle le virus franchira ces étapes. Selon certains, il n'atteint que les cellules des poumons de l'homme, mais ne parvient pas à s'attaquer aux voies respiratoires supérieures, auquel cas cela le rendrait très virulent.

    Pour le moment, des humains n'ont contracté le virus H5N1 qu'en ayant eu contact avec des oiseaux malades. Certains cas sont plus douteux, car personne ne peut affirmer que la transmission de personne à personne n'ait pas eu lieu. Néanmoins, les personnes concernées entretenaient des liens très étroits avec une personne infectée. De plus, aucune autre transmission n'a été relevée.

    Les virologues ont créé des tests diagnostiques de même que des antiviraux efficaces. Toutefois, la capacité de mutation du virus les oblige à mener sans cesse de nouvelles recherches.

    Les symptômes de la maladie s'apparentent à ceux d'une simple grippe.

    Dans les cas les plus graves, des infections pulmonaires mortelles peuvent se développer. Selon l'OMS, le H5N1 tue plus de la moitié des personnes qu'il infecte.

    En zone contaminée

    Dans les régions et les pays touchés par la grippe aviaire (victimes animales et humaines), les personnes à risque sont :

    • les agriculteurs;
    • les éleveurs ainsi que leur famille quand elles résident à proximité des élevages;
    • les employés de ferme;
    • les vétérinaires;
    • les équipes qui procèdent à l'euthanasie d'animaux infectés;
    • les équipes de nettoyage et de désinfection;
    • le personnel technique des laboratoires de diagnostic et de recherche.

    • Comment se protéger?

      En France, le risque de contracter la grippe aviaire est actuellement faible. Les mesures d'hygiène de base sont suffisantes pour assurer une protection adéquate.

      À l'étranger

      Les voyageurs sont invités à être plus prudents.

      Les médecins conseillent de:

      • se faire vacciner contre la grippe;
      • se laver les mains fréquemment avec du savon et de l'eau chaude pendant au moins 30 secondes;
      • rester à la maison en cas de maladie;
      • se munir d'une solution antiseptique sans eau, à base d'alcool, pour se désinfecter les mains.
      • On recommande également aux voyageurs d'éviter les marchés où sont vendus des animaux vivants, comme des poulets, des canards et des cochons. En effet, le virus de l'influenza aviaire peut adhérer aux cheveux ou aux vêtements et peut être inhalé.

        Sur le plan de l'alimentation, l'OMS affirme que la consommation de poulet ou d'autres volailles ne présente aucun risque. En fait, la grippe aviaire n'est pas une maladie d'origine alimentaire.

        Toutefois, les précautions habituelles de conservation, de manipulation et de préparation des viandes doivent être observées.

        Quoi qu'il en soit, si le virus de la grippe aviaire était présent dans de la viande de poulet, il serait détruit lors de la cuisson. En effet, la température interne de la viande de poulet cuite atteint normalement 77 à 80 degrés Celsius.

        Or, une température interne de 72 degrés Celsius suffit à tuer un virus. Il est conseillé de vérifier la température interne à l'aide d'un thermomètre.

        La consommation de plats de volaille ou d'oeufs insuffisamment cuits est contre-indiquée.

        Des armes contre la pandémie?

        Deux catégories de médicaments, des antiviraux et des vaccins, seront les principales ressources des autorités sanitaires lors d'une pandémie.

        Les antiviraux

        Ces médicaments se divisent en deux groupes: les inhibiteurs de la neuraminidase (comme le Relenza et le Tamiflu) et les inhibiteurs de la protéine virale M2 (Amantadine et Rimantadine).

        Les premiers réduisent l'intensité et la durée des symptômes s'ils sont administrés dans les 48 heures après leur apparition. Ils possèdent également une action préventive contre la grippe.

        Les seconds s'attaquent à l'influenza A. Ils sont toutefois mal tolérés par les reins, le foie et le système nerveux. De plus, des résistances apparaissent rapidement.

        Ces antiviraux seraient utilisés dès l'apparition d'une pandémie pour réduire le risque d'émergence d'un virus transmissible ou pour retarder sa propagation.

        Cette période « de grâce » permettrait de gagner du temps et d'accroître les stocks de vaccins.

        Les vaccins

        Les compagnies pharmaceutiques testent actuellement une série de vaccins inventés à partir de la souche H5N1. Dans l'éventualité d'une contamination d'humain à humain, ces vaccins ne seraient efficaces que si le nouveau virus s'apparente au virus prépandémique.

        Un vaccin totalement efficace ne sera créé que lorsque le virus responsable de la pandémie humaine sera isolé. Une période de quatre à six mois sera alors nécessaire pour le fabriquer et le distribuer.

        Les dernières percées

        En mai 2007, des scientifiques américains, suisses, britanniques et vietnamiens annoncent être parvenus à immuniser des souris contre le virus H5N1 en utilisant des anticorps humains prélevés sur des survivants de cette infection particulièrement mortelle.

        Sommes-nous prêts?

        Personne ne peut prévoir où et quand le virus se transmettra d'humain à humain. Les autorités sanitaires doivent ainsi composer avec plusieurs aspects inconnus, dont la virulence du mal et le temps nécessaire à la préparation d'un vaccin.

        C'est pourquoi l'OMS a envoyé en août 2005 à tous les pays un document présentant les mesures stratégiques recommandées pour faire face à la menace d'une pandémie.

        Ces mesures visent à :

        • contrôler les oiseaux à la source en améliorant les services vétérinaires, l'intervention d'urgence et les          mesures de lutte (abattage et vaccination);
        • aider les pays à ralentir l'infection des animaux;
        • surveiller des territoires afin de réduire l'émergence du virus. Pour ce faire, l'OMS veut renforcer les systèmes de détection des grippes humaine et aviaire et augmenter l'efficacité de ses laboratoires;
        • préparer les pays en s'assurant que des plans nationaux existent et que tous les secteurs (santé, gouvernements, etc.) coordonnent leurs actions;
        • communiquer pour garantir une circulation factuelle et transparente de l'information.

        • L'économie sera-t-elle touchée? 

Une pandémie aurait un « impact prononcé, mais de courte durée » sur l'économie mondiale, note le Fonds monétaire international. C'est pourquoi, en mars 2006, l'organisation a recommandé aux nations d'établir des plans stratégiques pour renforcer leurs infrastructures financières.

Une telle crise frapperait d'abord les industries aérienne et touristique. Elle entraînerait aussi un nombre record de faillites dans tous les secteurs de l'économie. Les compagnies d'assurances péricliteraient.

L'immobilier serait également atteint d'une dépréciation. Les entreprises connaîtraient un fort taux d'absentéisme. Seuls le commerce électronique et les compagnies de livraison profiteraient de la crise.

 

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