Le SMIC allemand : Une grande avancée sociale ..

Publié le par Alain Genestine

Les Français l’ignorent en général, mais l’Allemagne ne connaît pas de salaire minimum au niveau national, et les salariés allemands ne s’en portent pas plus mal : les salaires sont librement négociés entre syndicats et employeurs, qui déterminent, sans aucune intervention publique, le minimum de salaire dans chaque entreprise, parfois dans chaque branche. Le SPD, qui semble avoir oublié les réformes SCHRÖDER, et qui a déjà les prochaines élections en ligne de mire, cherche à se démarquer de ses alliés CDU-CSU et vire de plus en plus à gauche, par peur du nouveau parti d’extrême-gauche, qui mord sur son électorat. Dans cette ligne, il pousse la coalition au pouvoir à mettre en place sinon un SMIC national, du moins dans un premier temps un SMIC par branche.

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Le SPD vient d’obtenir une première victoire avec la mise en place d’un salaire minimum dans le secteur postal. Le parlement allemand a entériné la décision, soumise par le gouvernement, d’un salaire minimum pour les facteurs de l’ordre de 9 euros (8 à 9,80 selon les cas) de l’heure. Or cette décision, entrée en vigueur au 1er janvier 2008, intervient à un moment très particulier, où l’Allemagne, en avance sur les décisions européennes, connaît son big bang postal, avec l’ouverture totale à la concurrence, y compris pour les plis de moins de 50 grammes.

L’ancien monopole, la Deutsche Post, craignait évidemment l’arrivée de nouveaux concurrents. Deux d’entre eux pouvaient jouer un rôle important, et avaient déjà pris 10% du marché pour les lettres de plus de 50 grammes, le néerlandais TNT Post et Pin Group. Ils pouvaient concurrencer l’ancien monopole, en particulier par le paiement de salaires plus faibles. L’instauration d’un SMIC dans le secteur postal, fixé artificiellement à un niveau élevé, leur porte un coup fatal. Déjà TNT Post a fait savoir qu’elle renonçait à entrer sur le segment des petites entreprises et des particuliers, alors qu’elle avait prévu de le faire. Quant à Pin Group, il menace purement et simplement de fermer l’entreprise : le groupe de médias Axel Springer, qui possède cette filiale, parle même de la fermer totalement. Ses prix étaient jusque là inférieurs de 20% à ceux de la Deutsche Post, mais le salaire minimum lui impose une hausse des coûts salariaux de 30% : il n’est plus question alors de la moindre rentabilité. Et cela d’autant plus qu’elle devait dégager des marges de profits pour investir dans de nouvelles techniques de tri : tout cela tombe à l’eau.

Commentaire du Monde, pour une fois fort lucide en matière économique : « Un salaire minimum pour les facteurs : La deutsche Post tente de se débarrasser de la concurrence ». Et d’ajouter « une telle législation menace les emplois et met à mal l’ouverture prochaine du marché à la concurrence ». Dommage que Le Monde ne soit pas aussi lucide sur le SMIC français. Et l’impact de cette mesure allemande va encore plus loin que les frontières de ce pays, puisque du coup le gouvernement néerlandais a dû revenir, à cause de cette décision, sur son projet d’ouvrir le marché postal à la concurrence au 1er janvier 2008, l’écart étant trop grand entre les salaires pratiqués en Hollande et le nouveau SMIC postal allemand. Pour La Haye, ce sont les conditions de libre concurrence en Europe qui sont compromises.

Déjà, 900 personnes ont dû être immédiatement licenciées, mais à terme, ce sont 20 000 emplois au moins qui sont en cause chez les concurrents de Deutsche Post. Et bien sûr les projets d’investissements, comme ceux de création massive d’emplois, tombent à l’eau. Quant aux clients, ils perdent tous les bénéfices de la concurrence et devront payer le prix fort : plus question de prix plus avantageux. La coalition au pouvoir en Allemagne peut être fière de cet immense progrès social et déjà elle envisage d’étendre ce SMIC sectoriel à d’autres branches. Seuls les libéraux du FDP ont protesté, parlant à cette occasion de « la RDA, sans le mur » pour caractériser les méfaits de cette politique. Quant aux experts, ils ont calculé que si ce SMIC postal était étendu à tous les secteurs, comme le souhaite le SPD, ce serait 1,9 millions d’emplois qui seraient détruits : de quoi être fiers de cette grande avancée sociale.

Source: Libre (Garello)

Publié dans Social

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