La liberté de la presse entre pression et oppression !

Publié le par Alain Genestine

 
Les journalistes, cibles de choix en 2007

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Reporters sans frontières (RSF) et la Fédération internationale des journalistes (FIJ) ont publié leurs bilans respectifs sur la liberté de la presse en 2007.

 

Selon RSF, 86 journalistes ont été tués l'an dernier contre 85 en 2006. La hausse paraît faible, mais elle ne doit pas faire oublier que 2007 a été l'année la plus meurtrière depuis 1994. Entre ces deux dates, le nombre de journalistes tués a augmenté de 244 %, souligne RSF.

 

Le bilan publié par la FIJ est plus élevé avec 171 meurtres, assassinats et morts violentes inexpliquées en 2007. Un chiffre en légère baisse par rapport à 2006 (177 tués), précise la FIJ.

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La disparité entre les chiffres s'explique par un mode de calcul différent. RSF ne prend en compte que les journalistes dont la mort est directement et de façon certaine reliée à leur devoir d'informer.

Plusieurs cas n'ont pas été comptabilisés, explique RSF, « soit parce qu'ils sont encore en investigation, soit parce qu'ils ne relèvent pas du domaine de la liberté de la presse », comme les morts accidentelles. RSF fait également la distinction entre journalistes et collaborateurs des médias (chauffeurs, traducteurs, etc.). Vingt d'entre eux ont perdu la vie en 2007.

La définition de la FIJ est plus large puisqu'elle inclut tous les journalistes tués dans l'exercice de leur fonction qu'il s'agisse de meurtres délibérés, de morts intervenues pendant la couverture d'événements violents ou de morts accidentelles (37 victimes sur 177). De plus, la FIJ comptabilise ensemble journalistes et collaborateurs des médias.

L'Irak, pays le plus meurtrier

Plus de la moitié des journalistes tués en 2007 ont été tués en Irak, rapporte RSF. « Aucun pays n'a jamais connu un aussi grand nombre de journalistes tués que l'Irak. Depuis l'invasion américaine, en mars 2003, au moins 207 professionnels des médias y ont été tués. Ni la guerre du Vietnam, ni le conflit dans l'ex-Yougoslavie, ni même les massacres en Algérie ou le génocide rwandais n'avaient fait autant de victimes parmi les professionnels de la presse », rappelle Reporter sans frontières.

 

RSF observe par ailleurs que tous les journalistes tués en Irak étaient de nationalité irakienne, exception faite d'un reporter russe. Les journalistes locaux sont donc les plus exposés. Une observation qui recoupe le point de vue de Jim Boulmelha, le président de la FIJ. « Comme d'habitude, les travailleurs qui courent le risque le plus élevé sont ceux qui opèrent dans leur propre pays », a-t-il déclaré.

Les autres pays les plus meurtriers sont le Pakistan et la Somalie, indiquent les deux organisations.

« Seule bonne nouvelle cette année, il n'y a pas eu de journalistes assassinés en raison de leur travail en Colombie. C'est la première fois depuis quinze ans », ajoute RSF.

La mort n'est pas le seul danger

Meurtres et assassinats ne sont pas les seules menaces qui planent sur les journalistes. En 2007, selon RSF, plus de 880 d'entre eux ont été arrêtés dans le monde et 135 sont toujours emprisonnés. Le Pakistan arrive en tête avec 195 interpellations, suivi par Cuba (55) et l'Iran (54).

Cette pratique n'a rien d'exceptionnel, déplore RSF. « Une trentaine de gouvernements dans le monde continuent de faire jeter en prison les journalistes qui les dérangent. Pour ces dirigeants d'un autre temps, l'emprisonnement reste la seule réponse aux critiques formulées par les hommes et les femmes de presse ».

La Chine (33 journalistes emprisonnés) et Cuba (24) sont les deux plus grandes prisons du monde pour les professionnels de la presse ».

Aux arrestations, il faut ajouter les enlèvements (67) et les agressions ou les menaces (1511). L'Irak prend une fois de plus la tête de ce triste palmarès puisque 14 journalistes y sont actuellement retenus en otages.

Internet, espace de répression

Aux 135 journalistes emprisonnés, il faut ajouter 65 personnes détenues pour s'être exprimées sur Internet. La Chine prend la tête dans ce domaine avec 50 personnes emprisonnées, indique RSF. Huit autres sont en prison au Vietnam.

On trouve aussi en Afrique du Nord d'autres spécialistes de ce type de répression. RSF cite notamment l'exemple de Kareem Amer, un internaute égyptien « condamné à quatre ans de réclusion pour avoir critiqué le chef de l'État sur son blogue et dénoncé la mainmise des islamistes sur les universités du pays ».

Au moins 2676 sites Internet ont été fermés ou suspendus dans le monde en 2007, rappelle RSF. La majorité de ces sites étaient des forums de discussion.

Punir les responsables

RSF et la FIJ sont unanimes pour condamner ces violences et exiger un engagement d'envergure internationale pour y mettre fin.

 

Le secrétaire général de la FIJ Aidan White, accompagné du dirigeant syndical des journalistes canadiens Peter Murdoch et du coordinateur de la FIJ pour le Moyen-Orient Monir Zaarour, prévoit se rendre à Bagdad pour discuter de la sécurité avec les affiliés locaux de la FIJ, le Syndicat irakien des journalistes et le Syndicat des journalistes du Kurdistan.

RSF réclame de son côté que l'assassinat des journalistes ne demeure plus impuni, comme c'est trop souvent le cas aujourd'hui. « Souvent, les gouvernements des pays dans lesquels des journalistes ont été tués parient sur le temps et l'oubli pour protéger les assassins de toute sanction », déplore RSF.

Deux procès qui se tiendront en 2008 permettront d'initier un cercle vertueux, espère RSF. Il s'agit du procès des assassins de Hrant Dink, en Turquie, et celui des assassins d'Anna Politkovskaïa, en Russie.

La sécurité et la protection des journalistes sont garanties par le droit international, mais la situation dans les zones de conflit, le manque de volonté des gouvernements et de la communauté internationale empêche souvent qu'il soit appliqué. Selon l'article 79 du Protocole I additionnel aux Conventions de Genève, les journalistes qui accomplissent des missions professionnelles périlleuses dans des zones de conflit armé seront considérés comme des personnes civiles. L'article stipule qu'ils doivent être protégés en tant que tels conformément aux Conventions et au Protocole, à la condition de n'entreprendre aucune action qui porte atteinte à leur statut de personnes civiles.

 

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Alexandra Boulat - octobre 2007........

 

Publié dans Liberté individuelle

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