Hommage d'un des rares poètes libertaires, un rappeur précurseur

Publié le par Alain Genestine

Béranger et les rappeurs ou la liberté d'expression

par Marcela Lacub
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« Un homme d'esprit a dit de l'ancien gouvernement de la France qu'il s'agissait d'une monarchie absolue tempérée par les chansons. Cette habitude de faire des chansons sur les événements, même les plus sérieux, est chez nous si forte et si soutenue qu'elle a fait naître le proverbe qu'en France tout finit par des chansons. »


C'est à peu près en ces termes que le brillant avocat Dupin commença sa plaidoirie lors d'un des (nombreux) procès qui conduisirent à deux reprises en prison, sous la Restauration, Pierre Jean de Béranger (1780-1857), le célèbre poète et chansonnier.

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Béranger au pilori (texte)

« Aujourd'hui, continuait l'avocat, qu'il n'y a plus de monarchie absolue, mais un de ces gouvernements nommés constitutionnels, les ministres ne peuvent pas supporter la plus légère opposition ; ils ne veulent pas que leur pouvoir soit tempéré, même par les chansons. Leur susceptibilité est sans égale... »

Ne pourrait-on en dire autant de cette République qui veut traîner quelques rappeurs devant les tribunaux pour leurs chansons ?


Béranger avait été accusé des pires outrages : aux bonnes mœurs, à la morale publique et religieuse, offense envers la personne du Roi et provocation au port public d'un signe extérieur de ralliement.

[…] les accusations dont les rappeurs sont l'objet de nos jours sont les mêmes que subit jadis Béranger. Certes, les noms des qualifications pénales ont changé, mais pas leur esprit. On ne parle plus d'outrage aux bonnes mœurs, mais de messages pornographiques, ni d'offense à la personne du Roi, mais d'incitation à la haine de la France, etc.

Pourtant, entre les procès de Béranger et ceux à venir des rappeurs, une véritable rupture s'était produite à l'occasion de la loi libérale sur la presse de 1881. Sinon, des chanteurs très populaires comme Georges Brassens ou Serge Gainsbourg auraient connu le même sort que Béranger. Aujourd'hui, pourtant, les rappeurs ne bénéficient pas de cet esprit libéral.

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C'est que, depuis, une nouvelle censure s'est imposée, non pas au nom de l'obéissance à l'autorité politique, mais au nom du Bien. On veut purifier l'expression publique partout, et de cette arme se servent aussi bien les groupes de gauche que de droite.


D'un côté, on appelle à punir les rappeurs pour leur prétendu «racisme antiblanc» ; de l'autre, on a la velléité de traîner Alain Finkielkraut devant les tribunaux pour des propos qualifiés de racistes.

On n'invoque la liberté d'expression que pour défendre les groupes qui nous sont sympathiques. La même droite qui veut sanctionner les rappeurs crie au scandale quand on veut créer un délit d'homophobie. La même gauche qui s'inquiète pour les «chanteurs des cités» au nom de la liberté d'expression s'empresse de la refuser aux méchants d'en face. De sorte que, à chaque fois que quelqu'un est exposé à la censure, il se trouve au fond bien seul, n'étant entouré que d'amis avides de censure. Triste spectacle. […]

 

Publié dans Liberté individuelle

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