Croissance économique et progrès social : quelques réflexions sur les grands enjeux mondiaux

Publié le par Alain Genestine



L’OCDE est un lieu où les pays membres viennent partager leurs expériences de politique économique, dans divers domaines, afin de faire émerger les meilleures pratiques et de s’en inspirer pour accélérer leur potentiel de croissance à long terme.
Accélérer la convergence constitue donc un défi pour l’économie mondiale, et une mission pour l’OCDE. Pour autant, ce n’est qu’un moyen, pas une fin. Comme le rappelle la convention fondatrice de l’OCDE, l’objectif ultime est de promouvoir le « bien-être social »

par Angel Gurría, Secrétaire général de l'OCDE

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En effet, les pays doivent mettre un accent particulier sur les politiques qui améliorent à la fois la croissance du PIB par habitant et d’autres aspects du progrès social. Je pense, par exemple, à l’éducation, qui est non seulement une source majeure de croissance mais aussi un facteur de cohésion sociale. Je pense également à la santé, particulièrement dans les pays les moins développés. (Enfin, il nous faut minimiser les effets négatifs de la croissance économique sur d’autres dimensions du bien-être. Je pense ici, par exemple, aux dégâts en matière d’environnement.) ??

C’est en gardant ces considérations à l’esprit que je souhaiterais aujourd’hui évoquer avec vous quatre des grands enjeux actuels en matière de croissance économique et de progrès social : l’éducation, la santé, les migrations et l’environnement.

Education

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L’éducation est une source majeure de productivité et de croissance. C’est aussi la meilleure façon de réaliser la cohésion sociale et de préparer les individus à devenir des citoyens. L’éducation est essentielle pour consolider la démocratie.

Le capital humain est fondamental dans l’économie d’aujourd’hui, pour deux raisons principalement. Il faut mentionner, premièrement, le rôle croissant de la connaissance dans nos économies et, deuxièmement, la forte complémentarité entre capital humain et nouvelles technologies. Les économies modernes reposent de plus en plus sur le savoir et de moins en moins sur le capital physique ou les ressources naturelles.

Les récentes analyses de l’OCDE confirment que l’éducation favorise la croissance. Elles montrent qu’une année supplémentaire de scolarité, pour les actifs, en moyenne, dans un pays de l’OCDE, augmente la production à long terme par personne dans la proportion de 4 à 7 %, compte tenu d’un gain de productivité, des méthodes de travail et des progrès technologiques. L’amélioration du capital humain est un facteur que l’on retrouve à l’arrière-plan du processus de croissance, ces dernières décennies, dans tous les pays de l’OCDE, mais particulièrement dans certains pays comme la Corée, l’Irlande ou l’Espagne, qui ont beaucoup progressé.

L’amélioration s’explique, pour l’essentiel, par l’avancée spectaculaire des femmes, sur le plan de l’éducation, ces dernières années. Dans 22 des 30 pays de l’OCDE, les jeunes femmes atteignent aujourd’hui un niveau d’éducation supérieur à celui des hommes. C’est une révolution sociale dont il faut se réjouir. Mais il y a encore des défis importants à relever.

Beaucoup avaient espéré qu’une offre éducative plus large constituerait une base solide pour une société plus juste – dans laquelle les chances de chacun, dans la vie, dépendraient moins de ses origines sociales. La politique éducative peut, de fait, contribuer à l’équité et à la cohésion sociale, mais elle ne peut les garantir. En dépit des grands progrès enregistrés sur le plan de l’éducation, les inégalités se sont même accentuées en certains endroits. Combattre les inégalités est un défi important à relever, et la politique éducative ne peut suffire à elle seule pour le résoudre.

Santé

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La santé est un autre domaine d’action important qui mérite une attention croissante de la part des responsables gouvernementaux. Une bonne santé est indispensable à chacun pour s’épanouir en tant que citoyen, en tant que travailleur, au sein de sa famille et en tant que consommateur dans les sociétés des pays de l’OCDE. Les progrès de la médecine, dans sa capacité de traiter et de prévenir les problèmes de santé, ont contribué à l’allongement de la longévité et à l’amélioration de l’état de santé des populations, au cours des dernières décennies. L’espérance de vie à la naissance excède aujourd’hui 80 ans dans de nombreux pays de l’OCDE.

Actuellement, l’espérance de vie continuant d’augmenter, la génération issue du baby-boom approchant de l’âge de la retraite et le taux de fécondité restant en deçà du taux de remplacement, la plupart des pays de l’OCDE s’apprêtent à connaître une nette contraction de la part de la population d’âge actif dans leur population totale. Face à ce défi, de nombreux pays de l’OCDE relèvent l’âge officiel de la retraite et encouragent les travailleurs à rester en activité plus longtemps. Cependant, la réussite de ces mesures suppose de nouvelles améliorations de l’état de santé des travailleurs seniors qui souffrent, plus souvent que les plus jeunes, de maladies chroniques.

Il est clair qu’il y a un intérêt économique notable à investir davantage de ressources dans la santé. Il est toutefois essentiel de veiller au rapport coût-efficacité des ressources ainsi engagées. Or, la tâche est rendue plus complexe par les lacunes de l’information et une capacité technique insuffisante pour mesurer et comparer les performances. C’est précisément ce que nous nous efforçons de faire à l’OCDE : élaborer des instruments plus performants pour mesurer, étalonner et évaluer les systèmes de santé.

L’enjeu est important car les dépenses de santé représentent 9 % environ du PIB, en moyenne, dans les pays de l’OCDE. Compte tenu des pressions constantes en termes de coûts et des tensions qui s’exercent sur les budgets publics, les systèmes de santé, dans tous les pays de l’OCDE, s’efforcent d’optimiser la dépense et de faire en sorte que les ressources consacrées à la santé contribuent effectivement à améliorer le bien-être des citoyens.

La santé est aussi un aspect essentiel de toute politique de développement. Nul doute que les investissements dans la santé, particulièrement concernant des maladies transmissibles comme le sida et le paludisme, peuvent grandement contribuer à la croissance économique dans les pays en développement. De ce point de vue, les travaux de l’OCDE ont montré comment l’assistance des donneurs en matière d’investissements dans les systèmes de santé peuvent améliorer les taux de croissance économique et aider à briser le « piège de la pauvreté » qui constitue un frein à la croissance économique dans de nombreux pays.

Migrations

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Le processus de mondialisation des économies, le vieillissement des populations et l’apparition de pénuries de main d’œuvre dans certains secteurs font qu’un recours accru à l’immigration est plus que probable dans les années à venir.

Il y a actuellement à peu près 3 millions d’immigrants qui entrent légalement dans les pays de l’OCDE tous les ans, et encore plus de mouvements temporaires, en particulier si l’on inclut les étudiants étrangers. Pour que l’afflux d’immigrants de plus en plus nombreux contribue pleinement aux économies des pays de l’OCDE, il est crucial qu’ils puissent s’intégrer sans difficultés dans la société d’accueil.

Les gouvernements doivent donc relever un défi majeur qui consiste à trouver un équilibre harmonieux entre l’ouverture de leurs frontières aux migrations internationales afin d’attirer les compétences nécessaires à l’économie de leurs pays et la mise en œuvre de politiques efficaces pour une meilleure intégration des immigrés.

Le cas de l’Espagne est intéressant à cet égard. L’apport massif d’immigrés, au cours des cinq dernières années, a accompagné la forte croissance économique de l’Espagne (3.6 % en moyenne annuelle). Cet apport a permis de réduire les pénuries de main d’œuvre et, en même temps, a contribué à la création d’emplois, non seulement pour les étrangers mais aussi pour les Espagnols. Pour l’instant, les cotisations payées, tant au régime de la sécurité sociale qu’à celui des retraites, par les « nouveaux immigrés » améliorent l’équilibre des régimes sociaux.

Tous les pays recherchent des immigrants qualifiés et la concurrence est vive pour attirer et retenir ces travailleurs. Ayant choisi la question des migrations comme une des trois priorités de mon début de mandat à l’OCDE, j’ai souhaité que l’OCDE réfléchisse de manière plus approfondie aux mesures appropriées qui viseraient à faciliter une plus grande circulation des cerveaux tout en renforçant la coopération entre les pays d’accueil et les pays d’origine.

Environnement

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Les politiques en faveur de l’environnement sont essentielles aussi pour améliorer le bien être. Si l’on adopte une perspective à long terme, le coût de la mise en œuvre de ces politiques, aujourd’hui, apparaîtra sans doute modeste au regard des avantages qu’elles peuvent amener à l’avenir. Les politiques qui visent à traiter le problème du changement climatique sont un bon exemple à cet égard, ainsi que le montre à juste titre le rapport de Nicholas Stern. Cependant, les politiques à mettre en œuvre face à ce problème induisent des coûts à court terme, et l’OCDE s’emploie à repérer les cas où les objectifs environnementaux ont été réalisés de la façon la plus efficiente.

Les technologies nécessaires pour stabiliser le changement climatique sont soit déjà disponibles soit sur le point de le devenir. Mais elles sont souvent coûteuses, de sorte que de nombreuses industries préfèrent continuer de polluer. Il y a manifestement un dysfonctionnement du marché qui favorise les activités et les technologies à forte intensité de carbone. Il faut donc que les gouvernements agissent et oeuvrent ensemble à la solution du problème du changement climatique.

D’abord, nous avons besoin d’un accord international auquel prennent part toutes les grandes économies. C’est primordial pour faire baisser le plus possible le coût des mesures dans l’ensemble des pays et des secteurs, et pour que les technologies de remplacement soient plus concurrentielles. Comme le montrent les analyses de l’OCDE, plus les pays engagés et les secteurs visés seront nombreux, moins il sera coûteux de passer à l’action.

Ensuite, l’utilisation de l’atmosphère comme réceptacle de gaz à effet de serre devrait avoir le même prix pour tous. La référence à un prix mondial du carbone aiderait à harmoniser les règles du jeu entre les pays et à rassurer les entreprises qui craignent d’être commercialement pénalisées face à des concurrents soumis à des politiques d’environnement moins rigoureuses. Des systèmes d’échange d’émissions de dioxyde de carbone ou des dispositifs fiscaux existent déjà dans plusieurs pays, mais, tant qu’ils ne seront pas reliés à l’échelle internationale ou que des exemptions subsisteront, ils ne pourront pas régler véritablement le problème du changement climatique.

Enfin – et ce n’est pas le moindre des aspects – les gouvernements doivent élaborer des politiques d’« adaptation » face aux changements qui sont d’ores et déjà inévitables du fait des émissions passées. Cela implique des modifications dans les domaines de l’agriculture, des transports et des politiques de développement, pour ne citer que quelques exemples.



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Publié dans Travail et Economie

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